Le rapport annuel 2025 de l’Institution du Médiateur du Royaume marque un tournant stratégique majeur en faisant évoluer la mission de cette instance d’un simple rôle d’intermédiaire vers un véritable outil d’évaluation de la qualité des politiques publiques. Cette mutation s’inscrit dans un contexte institutionnel particulier, coïncidant avec le début d’un nouveau mandat et le neuvième anniversaire du texte de loi régissant cette institution, traduisant une volonté affirmée de renforcer les mécanismes de bonne gouvernance et d’ancrer la confiance au sein du service public, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce mercredi 29 juillet.
L’année 2025 a été caractérisée par une activité particulièrement soutenue. L’institution a enregistré un total de 9958 requêtes, soit une hausse de 25,29 % par rapport aux 7.948 affaires traitées en 2024. Ces dossiers se répartissent entre 6.770 griefs, 3.157 demandes d’orientation et 31 demandes de conciliation administrative, représentant ainsi le chiffre le plus élevé jamais atteint depuis la promulgation de la loi régissant le Médiateur.
Au-delà de cette augmentation du volume d’activité, le rapport décrit une transformation qualitative de la nature des réclamations. Aux côtés des dossiers financiers et administratifs traditionnels, une hausse significative des requêtes liées aux programmes sociaux a été observée. Celles-ci concernent notamment les conditions d’éligibilité, les critères de sélection, les modalités de suivi ainsi que les retombées économiques et sociales des décisions administratives. L’émergence de cette nouvelle génération de doléances reflète l’élargissement des missions d’intervention de l’État et fait de la carte des réclamations un indicateur précieux pour mesurer la qualité de l’action publique sur le terrain.
En examinant le profil des administrations les plus sollicitées, celles sous la tutelle du ministère de l’Intérieur arrive en tête avec 1918 réclamations, suivi par celles de la Justice avec 1421 dossiers, puis par celles de l’Économie et des Finances avec 1288 affaires. Le rapport note également un niveau de concentration élevé des plaintes envers l’administration centrale, particulièrement dans les domaines économiques et financiers, traduisant la persistance du poids des décisions centrales dans le traitement de situations individuelles complexes, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
Le fonctionnement interne de l’institution a fait preuve d’une adaptation notable pour absorber ce flux croissant. Durant l’année 2025, un total de 9.006 dossiers a été traité, contre 5.117 en 2019, témoignage d’une nette amélioration des procédures d’instruction et de la modernisation des outils de médiation. Cette efficacité opérationnelle s’est traduite par l’émission de 1653 décisions de règlement amiable réparties sur 28 secteurs, illustrant le rôle déterminant de la médiation pour corriger les dysfonctionnements administratifs et apporter des réponses concrètes aux usagers.
Concernant le suivi des recommandations, les données statistiques mettent en exergue des évolutions contrastées. D’un côté, le stock cumulé des recommandations non exécutées a enregistré une baisse notable, passant à 557 recommandations en 2025 contre 640 en 2024 et 845 en 2023, ce qui témoigne d’un effort réel pour résorber le retard accumulé. D’un autre côté, le délai moyen d’exécution des recommandations s’est allongé pour atteindre 815 jours, contre 672 jours l’année précédente, tandis que le délai moyen de traitement global des affaires closes s’est établi à 226 jours, avec un délai moyen de traitement des dossiers aboutis de 774 jours, écrit Al Ahdath Al Maghribia.
Ces indicateurs soulignent que le principal défi des administrations ne réside plus uniquement dans leur capacité formelle à répondre aux sollicitations du Médiateur, mais dans la célérité et la réactivité nécessaires pour traduire ces engagements en actes concrets. Le facteur temporel devient ainsi un élément fondamental pour évaluer la qualité de la mise en œuvre des politiques publiques, car l’effectivité d’un droit ne se mesure pas seulement à sa reconnaissance théorique, mais à la rapidité avec laquelle l’usager peut effectivement en bénéficier.
En définitive, la lecture du rapport 2025 va bien au-delà d’un simple bilan comptable ou d’une compilation de chiffres. Elle dresse un diagnostic précis des performances de l’administration et identifie les secteurs où le processus d’exécution rencontre le plus de résistances. Avec cette analyse, l’Institution du Médiateur ne se contente plus de mesurer son propre rendement, mais s’affirme comme un observatoire stratégique capable de mesurer la concrétisation réelle des politiques publiques, de réduire l’écart entre la décision politique et son application effective, et de garantir aux citoyens un accès équitable et rapide à leurs droits.




