Mali et Tindouf: l’Algérie face au mur de la réalité

Bernard Lugan.

ChroniqueÀ Tindouf, l’Algérie est pareillement au pied du mur. Ici également, mais avec le Polisario cette fois, il va en effet lui falloir faire un choix. Comme pour ce qui est des Touaregs, il apparaît désormais clairement que le Polisario qu’elle porte à bout de bras depuis des années lui pose maintenant des problèmes et constitue même un frein à ses véritables intérêts.

Le 28/07/2026 à 11h01

Au Mali et à Tindouf, l’Algérie va devoir choisir car, dans les deux cas, le contexte qui lui permettait d’agir contre le réel a changé.

Au Mali, durant plusieurs décennies, l’Algérie a exercé une sorte de protectorat y entretenant un foyer de dissidence afin d’y conserver tout à la fois son influence et interdire toute revendication à ses propres Touareg. Or, depuis quelques années cette politique est entrée en contradiction avec celle menée par la Russie qui est pourtant son alliée historique. Tout au contraire de l’Algérie, la Russie combat en effet la dissidence nordiste et soutient le régime de Bamako. Mais le flou a été levé le 10 juillet 2026, soit le lendemain de la victoire russo-malienne à Anéfis, quand l’Algérie et le Mali annoncèrent le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens aux vols civils et militaires.

En réalité, l’Algérie qui vient de se faire «tordre le bras» par la Russie se trouve dans une situation inconfortable. Avec une grande habileté et à peu de frais, Moscou a en effet réussi à transformer une victoire tactique en résultat politique, à savoir contraindre Alger qui n’a plus d’autonomie diplomatique à une reprise des négociations, c’est-à-dire à passer sous ses fourches caudines.

Résultat, l’Algérie qui soutient les Touaregs va devoir négocier avec le Mali qui les combat… À terme, elle va donc devoir faire un choix: soit elle poursuit son aide aux combattants touaregs et sa rupture avec la Russie va alors s’accentuer ainsi que son isolement diplomatique international. Soit, tout au contraire, le contexte ayant changé, elle se rallie à la stratégie russe qui suppose la réunification du Mali. Elle cherchera alors à justifier cette capitulation en disant qu’elle n’a jamais voulu la partition du Mali, ce qui est d’ailleurs exact. Les contradictions de la politique algérienne apparaissent là au grand jour.

—  Bernard Lugan

À Tindouf, l’Algérie est pareillement au pied du mur. Ici également, mais avec le Polisario cette fois, il va en effet lui falloir faire un choix. Comme pour ce qui est des Touaregs, il apparaît désormais clairement que le Polisario qu’elle porte à bout de bras depuis des années lui pose maintenant des problèmes et constitue même un frein à ses véritables intérêts.

La réalité est que la question du Sahara dit occidental a fini par apparaître aux yeux de la communauté internationale pour ce qu’elle est, à savoir une création algérienne. Il est ainsi désormais clair pour tout le monde, notamment pour ceux qui ne voulaient pas voir, qu’il s’agissait d’un enjeu primordial de l’Algérie. Cette dernière avait en effet engagé tous ses moyens pour briser son enclavement continental dans le but de s’ouvrir une fenêtre sur l’océan atlantique à travers la fiction d’un pseudo État saharaoui. Or, la reconnaissance du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine a brisé ses espoirs partitionnistes.

Ayant à ce point investi politiquement, militairement, économiquement et diplomatiquement dans cette cause artificielle, l’Algérie n’a pas su saisir à temps les opportunités de sortie de l’impasse dans laquelle elle s’était engagée. Tout au contraire, avec obstination, aveuglement ou pourquoi pas dépendance, elle a maintenu une position inflexible de soutien au Polisario. Cela a conduit Alger à s’opposer à ses partenaires européens et à s’isoler sur la scène internationale.

Contrainte par l’évolution des évènements, l’Algérie va donc devoir se séparer de ses proxys. Mais en les abandonnant elle va provoquer chez eux un lourd ressentiment. Et comme elle les a armés, cela pourrait provoquer une grave déstabilisation de tout l’espace saharo-sahélien. En effet, si l’Algérie cessait d’aider les Touaregs et le Polisario, ceux-ci perdraient leur base arrière et, dans les deux cas, leur demi-siècle de combat n’aurait donc servi à rien. Ils pourraient alors alimenter le terrorisme régional et se retourner contre Alger qu’ils accuseraient de les avoir utilisés avant de les trahir.

Par Bernard Lugan
Le 28/07/2026 à 11h01