Comment les FAR prennent soin de leurs soldats dans la zone Sud

Des membres des Forces armées royales lors d'un exercice militaire.

Des membres des Forces armées royales lors d'un exercice militaire (photo d'illustration). AFP or licensors

C’est tout un dispositif que les Forces armées royales ont mis en place pour leurs soldats dans la zone Sud, là où le désert, la chaleur et l’isolement testent les troupes en permanence. De l’eau potable acheminée jusqu’aux positions les plus lointaines aux stations satellitaires qui permettent d’appeler les familles, rien n’a été laissé au hasard. Les détails.

Le 14/06/2026 à 15h30

Des centaines de kilomètres de désert, des familles auxquelles on pense entre deux missions... les soldats des FAR déployés dans la zone Sud font face à des exigences particulières. La vastitude du territoire, la rudesse du climat, l’isolement des positions avancées et l’éloignement des centres urbains en font un espace qui teste en permanence les troupes sur place.

Les unités qui y servent ne font pas face aux mêmes contraintes que celles déployées ailleurs. Elles vivent dans un environnement que la revue des Forces armées royales, dans son dernier numéro (n° 432), décrit comme un milieu «qui teste continuellement les capacités des forces armées», imposant «un engagement complet et une aptitude à remplir les missions qui leur sont confiées».

C’est pourquoi les FAR ont construit, au fil des années, un dispositif global de prise en charge qui touche à tous les aspects de la vie du soldat. Formation, logistique, hébergement, santé, alimentation, connectivité, encadrement psychologique et religieux... Toutes les dimensions du quotidien du combattant font l’objet d’une attention institutionnelle structurée.

Une zone qui réclame le meilleur des troupes

Comprendre le dispositif des FAR dans la zone Sud suppose d’abord de comprendre ce que signifie y servir. Les températures extrêmes, les tempêtes de sable, le relief accidenté et les distances considérables entre les positions de déploiement et les centres d’appui créent des conditions dans lesquelles les exigences les plus banales de la vie quotidienne deviennent des défis logistiques. Acheminer de l’eau potable, maintenir une chaîne du froid, assurer une couverture téléphonique ou simplement organiser la rotation des permissions sont autant d’opérations qui, dans ce contexte, mobilisent des ressources et une planification que d’autres environnements n’exigent pas.

Le commandement de la zone Sud a répondu à ces contraintes par une planification rigoureuse. La rotation entre unités est programmée avec soin, les périodes de travail et de repos sont organisées de manière à réduire la pression opérationnelle sur les hommes et les capacités individuelles sont prises en compte dans l’affectation des missions. Le bureau des opérations joue dans ce dispositif un rôle de coordination centrale, assurant la liaison entre la planification stratégique et la gestion des ressources humaines sur le terrain, «contribuant efficacement à l’amélioration des conditions de vie des militaires et à l’élévation de la qualité de leurs performances sur les différents théâtres d’opérations», selon la revue des FAR.

La formation est le premier pilier du dispositif. Les FAR ont développé des programmes d’entraînement spécifiquement conçus pour les conditions désertiques, dispensés par les cellules de formation des différentes unités stationnées dans la région.

Ces programmes couvrent l’adaptation à l’environnement saharien, le renforcement de l’endurance physique, les premiers secours et la sécurité professionnelle. Ils visent à donner au soldat les outils qui lui permettront de «protéger sa santé et de maintenir son aptitude opérationnelle pendant l’exécution des missions».

La formation ne s’arrête pas à la préparation au combat. Les soldats peuvent suivre des cursus de spécialisation et poursuivre leurs études dans différentes facultés.

Des campagnes de sensibilisation régulières viennent compléter ce volet, ciblant les comportements sécuritaires à risque et les failles susceptibles de compromettre l’intégrité des hommes et des installations. Elles combinent séances interactives, briefings ciblés et exercices pratiques, avec un objectif: «construire un être humain équilibré», dont «la santé psychologique et spirituelle n’est pas moins importante que l’aptitude physique».

Le corps comme outil de guerre

La condition physique fait l’objet d’une attention institutionnelle soutenue. Des salles de sport équipées, des terrains extérieurs et des espaces de détente ont été créés au sein des unités déployées dans la région. Des séances sportives sont programmées régulièrement dans le cadre des formations suivies par les différents corps. Les programmes incluent des activités collectives comme le football et des exercices individuels de remise en forme, conçus pour maintenir «l’endurance et la résistance physique dans les conditions climatiques difficiles».

La revue des FAR insiste sur la dimension psychologique de la pratique sportive, qui «se transforme en un exutoire psychologique contribuant à la détente, à la déconnexion de la routine quotidienne et à l’évacuation du stress». Le sentiment d’accomplissement que procure l’activité physique régulière «renforce la confiance en soi, consolide la détermination et crée un état d’optimisme et de résilience psychologique», ce qui rend les unités «capables de faire face aux défis dans un esprit d’équipe et avec un moral élevé».

Dans l’isolement du désert, l’encadrement religieux joue un rôle que les FAR ont choisi d’institutionnaliser. Des cadres religieux qualifiés, sélectionnés avec soin par le commandement, sont présents dans les positions avancées. Ils sont, selon la revue des FAR, «à l’écoute, conseillers et bienveillants pour tous».

La dimension spirituelle agit sur plusieurs niveaux simultanément. Elle apporte au soldat «patience et sérénité», ravive en lui «l’espoir jusque dans les moments les plus difficiles» et «fortifie considérablement son moral».

Mais son effet le plus profond est collectif. Le guidage fondé sur les principes de l’islam, «bâtis sur l’entraide, la solidarité et la fraternité», transforme un ensemble d’individus en «une famille soudée», faisant que «chaque soldat se sent responsable envers son camarade». Le choix de consacrer du temps institutionnel à cet encadrement est, selon la revue, un message adressé à chaque soldat, à savoir que «sa santé psychologique et spirituelle n’est pas moins importante que son aptitude physique» et que «cet investissement est la véritable garantie d’une armée forte et cohérente, sur le plan de l’âme comme du corps».

Des infrastructures pensées pour le désert

Les conditions d’hébergement ont fait l’objet d’investissements significatifs. Les casernements ont été construits ou réhabilités selon des normes d’ingénierie tenant compte des «spécificités du milieu désertique», notamment «l’isolation thermique, les systèmes de ventilation adaptés et les techniques de protection contre les tempêtes de sable».

Les abris opérationnels sont équipés de matériaux et d’installations «garantissant la sécurité des individus et leur offrant un cadre stable et sûr». Le mobilier, les équipements de couchage, les douches collectives et les équipements de protection individuelle ont été fournis à l’ensemble des unités.

Les voies d’accès ont fait l’objet d’un effort comparable. Les unités du génie militaire ont remis en état des axes impraticables dans des zones montagneuses accidentées. Ces mêmes unités assurent le déminage des zones contaminées par des restes de guerre et des mines antipersonnel, des opérations «conduites avec précision et professionnalisme, dans le but de sécuriser les axes de déplacement et les zones de déploiement et de manœuvre».

Le commandement de la zone Sud a placé «la garantie de l’approvisionnement en eau potable» en tête de ses priorités, afin d’assurer son autonomie et la continuité des opérations. Des puits ont été creusés, des citernes mobiles déployées, des stations de traitement et de purification construites pour garantir un accès continu à l’eau potable dans toutes les positions, y compris les plus isolées.

La coordination avec les agences des bassins hydrauliques de la région permet d’organiser la distribution de manière efficace, en tenant compte des études hydrogéologiques «pour assurer la durabilité et la protection de l’environnement».

Nourrir les hommes, nourrir le moral

Le ravitaillement de terrain est traité par les FAR comme un système intégré, et non comme une simple opération logistique. Les services de ravitaillement préparent et distribuent des rations équilibrées de haute qualité, comprenant denrées périssables et produits secs.

Les denrées comme les viandes, volailles et poissons sont acheminées par des camions frigorifiques équipés de technologies modernes de conservation. Les entrepôts et chambres froides ont été réhabilités selon les normes les plus récentes, avec adoption de systèmes numériques de gestion des stocks pour «garantir une réponse rapide à tout besoin urgent».

Le commandement veille à la diversification alimentaire «de manière à soutenir l’énergie physique des soldats et à renforcer leur concentration et leur aptitude mentale lors de l’exécution des missions».

Durant le mois de Ramadan, les repas du ftour et du shour sont préparés avec un soin particulier, reflétant les traditions culinaires nationales, malgré les défis liés à l’éloignement et à la difficulté d’accès à certaines zones. Le ravitaillement devient ainsi, selon la revue des FAR, «un levier fondamental de la performance opérationnelle, un soutien au moral et un appui à la santé psychologique et physique des militaires».

Parmi les spécificités du dispositif des FAR dans la zone Sud figure le système de «l’Achra», une cellule communautaire de dix soldats qui partagent les détails de leur vie quotidienne, des repas aux périodes de repos en passant par les périodes de travail. Enraciné dans les traditions militaires marocaines, ce modèle «transforme un groupe d’individus en une famille soudée» et instille des valeurs de solidarité et de responsabilité mutuelle.

La préparation collective des repas, à partir de produits de base parfois difficiles à trouver, «organise le rythme de vie au sein des positions avancées, renforce les liens fraternels entre les militaires et leur confère un sentiment de stabilité humaine malgré la dureté des conditions».

Le commandement lui attribue un rôle décisif dans ce que la revue des FAR appelle «le renforcement de la résilience militaire» et «l’ancrage des valeurs de coopération et de cohésion entre les soldats, leur permettant de faire face aux défis opérationnels dans les meilleures conditions».

Briser l’isolement par la technologie

L’éloignement de la famille est l’un des défis psychologiques les plus lourds à porter pour les soldats de la région. Le commandement a répondu à ce défi par un investissement dans les infrastructures télécoms.

L’arme des transmissions, en coordination avec les opérateurs, a étendu la couverture du réseau de téléphonie mobile et déployé des stations de connexion satellitaire dans les zones à couverture faible ou absente. Ces solutions permettent aux soldats de maintenir «un contact régulier et direct avec leurs familles» et d’accéder aux services administratifs et bancaires à distance, ce qui «allège les charges quotidiennes et renforce le sentiment de stabilité».

Selon la revue des FAR, grâce à ces efforts, «le contact avec la famille est devenu plus facile et plus régulier, ce qui contribue à relever le moral et à atténuer le sentiment d’isolement qu’impose la nature du déploiement dans les zones désertiques», renforçant en même temps «l’équilibre psychologique des militaires, élément fondamental dans le maintien de leur aptitude opérationnelle».

Le système de santé militaire dans la zone connaît un développement soutenu. Les hôpitaux militaires modernisent leurs infrastructures et acquièrent des équipements de diagnostic et chirurgicaux avancés. Un centre spécialisé dans le traitement des traumatismes graves, le Trauma Center, est programmé à l’hôpital militaire de la vallée du Drâa, à Agadir.

Des centres de cathétérisme cardiaque ont été créés ou sont en cours de création à Agadir et à Guelmim, permettant la prise en charge des urgences cardiaques sur place. Ces investissements réduisent les délais d’intervention et «améliorent directement les perspectives des soldats en situation d’urgence médicale», sans nécessiter leur évacuation vers des centres éloignés.

Une doctrine centrée sur l’homme

Le numéro 432 de la revue des FAR le formule sans détour: la sécurité ne peut être assurée sans la construction d’un être humain équilibré. Tout ce dispositif en est la traduction concrète.

C’est ainsi que les FAR ont fait le choix de traiter l’élément humain non pas comme une variable d’ajustement, mais comme le fondement de toute capacité militaire, ce qui se traduit par un investissement continu et multidimensionnel dont les effets se mesurent à la fois sur la qualité des missions accomplies et sur la dignité des troupes qui les accomplissent.

Par Hajar Kharroubi
Le 14/06/2026 à 15h30