Location des chaises et parasols prohibée, parkings gratuits, fin des zones réservées: les plages de Casablanca libérées

Des chaises et parasols à la location sur une plage à Casablanca. (Le360)

À partir de cette saison estivale, les plages de Casablanca seront accessibles sans frais, mettant fin à des années de locations payantes de parasols et de chaises. Le wali de la région Casablanca-Settat a également acté la fin des appels d’offres pour l’exploitation commerciale du littoral et instauré la gratuité des parkings à proximité immédiate. Une révolution silencieuse qui vise à rétablir l’équité et la transparence dans la gestion du domaine public maritime.

Le 10/05/2026 à 15h25

C’est une décision qui va bouleverser l’été casablancais. À partir de cette saison estivale, les plages de la capitale économique seront enfin libérées de l’emprise des locations payantes de parasols et de chaises, un système qui, pendant des années, a transformé le littoral en un espace à deux vitesses, où l’accès au sable et aux vagues dépendait trop souvent du portefeuille. Le wali de la région Casablanca-Settat, Mohamed Mhidia, a également tranché sur un autre aspect: plus d’appels d’offres pour l’exploitation commerciale des plages, plus de «quartiers» privatisés en bord de mer, et surtout, plus de tarifs imposés pour profiter de ce qui devrait être un bien commun.

Une révolution silencieuse, mais radicale, qui promet de redonner aux Casablancais et aux estivants le droit de profiter du sable et des vagues sans avoir à débourser un seul dirham. «Les plages de Casablanca doivent rester des espaces publics ouverts à tous, sans qu’aucun paiement ne soit exigé pour en profiter», confirme une source autorisée sous couvert d’anonymat. Une déclaration qui sonne comme un rappel à l’ordre, mais aussi comme une promesse: celle de mettre fin à des décennies de gestion opaque, où le domaine public maritime était souvent accaparé par des réseaux d’exploitation informels, au détriment des citoyens. Interrogé par Le360, un entrepreneur ayant remporté un marché d’aménagement et de gestion d’un espace réservé dans une plage phare de la capitale confirme également: l’appel d’offre relatif à cette année a été annulé.

Les parkings à proximité immédiate des plages seront eux aussi gratuits, et les fameux «gilets jaunes», ces intermédiaires qui régulaient l’accès aux stationnements contre rémunération, seront prohibés. Seule incertitude: le sort des parkings situés un peu plus loin des plages, dont la gestion pourrait éventuellement être cédée à des tiers. Mais pour l’heure, rien n’est tranché.

Cette mesure s’inspire d’un projet pilote mené l’été dernier à Dar Bouazza, dans la banlieue sud de Casablanca. Là-bas, le stationnement avait été rendu totalement gratuit, les plages libérées de toute occupation commerciale, et les restaurants aux «plages privées» fermés, voire démolis. En lieu et place, les autorités avaient aménagé des parasols en paille, mis à la disposition du grand public selon la règle du «premier arrivé, premier servi». Les estivants étaient également libres d’apporter leur propre mobilier de plage, une liberté qui contraste avec les années où il fallait payer pour poser sa serviette sur le sable.

Cette décision, aussi symbolique soit-elle, ne sera pas sans défis. Son succès dépendra avant tout de la rigueur avec laquelle elle sera appliquée. Les autorités locales ont été sommées de renforcer les contrôles et d’intensifier les interventions sur le terrain pour empêcher toute tentative de contournement. «Aucune forme d’exploitation anarchique du domaine public maritime ne sera tolérée», insiste notre source. Les Casablancais, habitués à voir les plages transformées en espaces de fait privatisés, attendent de voir si cette fois, les choses changeront vraiment.

L’espoir est permis. L’été dernier à Dar Bouazza, la loi a été respectée à la lettre. La mesure envoie en tout cas un signal fort: celui d’une volonté de restaurer l’équité et la transparence dans la gestion des espaces publics. Mais pour que cette initiative ne reste pas un simple effet d’annonce, il faudra veiller à ce que les plages ne deviennent pas le théâtre de nouvelles formes d’anarchie. La gratuité ne doit pas rimer avec désordre, et les autorités devront être vigilantes face à l’installation sauvage de stands ou à la multiplication des activités informelles.

Cette reconquête des plages s’inscrit dans une dynamique plus large, alors que plusieurs villes marocaines tentent de repenser leur rapport au littoral. À Casablanca, où les plages sont un enjeu à la fois social, économique et environnemental, la mesure pourrait faire école. Il faudra aussi s’attaquer à un autre fléau: l’incivisme. Car si les plages seront désormais gratuites, elles n’en restent pas moins souillées par des comportements indignes. Les équipes de nettoyage, qui se relaient sous un soleil de plomb, font ce qu’elles peuvent, mais le citoyen, lui, ne suit pas.

Les plages de Casablanca sont souvent transformées en véritables décharges à ciel ouvert: bouteilles en verre et en plastique, canettes, sacs, emballages… Les détritus s’amoncellent, gâchant le paysage et polluant l’environnement. Certains estivants n’hésitent pas à opérer un véritable déménagement le temps d’une journée, installant des tentes de camping et des gazinières à même le sable, avant de laisser derrière eux des montagnes de déchets. «Il faut que la loi s’applique», martèle un militant associatif. La gratuité des plages est une avancée majeure, mais elle ne suffira pas si les comportements ne changent pas.

Les autorités devront aussi s’attaquer à la gestion des petits commerces informels qui pullulent sur le littoral, souvent sans aucune régulation. Entre les vendeurs ambulants, les stands improvisés et les activités illicites, le défi est de taille.

Par Tarik Qattab
Le 10/05/2026 à 15h25