Le Haut-commissariat au plan (HCP) a dévoilé les premiers résultats de sa nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO2026), qui se substitue à l’Enquête nationale sur l’emploi. Conçue selon les normes de l’Organisation internationale du Travail (OIT), cette refonte méthodologique interdit toute comparaison avec les séries antérieures. L’emploi se limite désormais aux activités exercées contre rémunération ou en vue d’un profit. Le chômage est mesuré au sens strict, excluant les personnes disponibles ne recherchant pas activement un emploi.
Sur 27,8 millions de personnes en âge de travailler, la main-d’œuvre (emploi contre revenu et chômage strict) atteint 11,6 millions, soit un taux de participation de 41,8%, précise le HCP. L’écart entre les sexes reste central: 66,4% pour les hommes contre 17,5% pour les femmes. Près des deux tiers de la main-d’œuvre résident en milieu urbain, tandis que les femmes, qui ne représentent que 21% de cette population active, dominent la population hors main-d’œuvre (71,2%).
Dans les services dominants, l’agriculture bat en retrait alors que le volume des personnes pourvues d’un emploi contre revenu s’établit à 10,36 millions, soit un taux d’emploi de 37,3% (35,5% en ville, 40,7% au rural). Le secteur des services concentre 49,1% des emplois, soit 5,08 millions de personnes. Viennent ensuite l’agriculture (24,5%, 2,54 millions), l’industrie (13,6%) et le BTP (12,7%).
En milieu urbain, les services captent 64,3% des actifs occupés. En zone rurale, l’agriculture domine avec 55,2% de l’emploi contre revenu.
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L’approche multidimensionnelle du HCP remplace l’unique taux de chômage par quatre indicateurs. Le chômage strict touche 1,25 million de personnes, soit 10,8% au national (13,5% en ville, 6,1% au rural). Ce taux culmine à 16,1% pour les femmes (9,4% pour les hommes) et à 29,2% pour les 15-24 ans.
Le taux combinant chômage strict et sous-emploi lié à la durée du travail atteint 16,6%. Celui associant chômage strict et main-d’œuvre potentielle s’élève à 17,1%. Le taux composite, qui agrège chômage strict, sous-emploi et main-d’œuvre potentielle, grimpe à 22,5% au niveau national (24,8% en ville, 18,3% dans le milieu rural). Il culmine à 45,3% chez les jeunes et à 31,1% chez les femmes, selon les données du HCP.
884.000 personnes en main-d’œuvre potentielle
La main-d’œuvre potentielle, ces personnes hors marché du travail qui souhaitent un emploi sans remplir toutes les conditions du chômage strict, compte 884.000 personnes, soit 5,5% de la population hors main-d’œuvre. Par ailleurs, 671.000 actifs occupés souffrent d’un sous-emploi lié à la durée du travail, dont près de 53% en milieu urbain.
Six régions affichent des taux de participation supérieurs à la moyenne nationale (41,8%). Dakhla-Oued Ed-Dahab culmine à 63,9%, suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (46,4%) et Casablanca-Settat (45,6%). À l’inverse, Drâa-Tafilalet tombe à 31,1%, l’Oriental à 37% et Guelmim-Oued Noun à 37,2%, selon le HCP.
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S’agissant du chômage strict, Laâyoune-Sakia El Hamra enregistre le taux le plus élevé (20,3%), devant l’Oriental (14,9%), Guelmim-Oued Noun (14,8%) et Fès-Meknès (14,2%). Les taux les plus bas sont observés à Dakhla-Oued Ed-Dahab (5,7%), Marrakech-Safi (7,0%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (7,3%).
L’ensemble de ces indicateurs dessine un marché du travail fragmenté, où coexistent faible participation féminine, concentration sectorielle des emplois, chômage élevé des jeunes et besoins non satisfaits qui concernent près d’un actif sur cinq. La refonte méthodologique de l’EMO2026, saluée par le HCP, permet de mieux capter ces tensions structurelles.




