Selon le contenu de cette notification, dont Le360 détient une copie, l’Office des Changes indique avoir constaté la «constitution d’avoirs à l’étranger sous forme de cryptoactifs», ayant donné lieu à des ventes au profit de résidents au Maroc, sur une période s’étalant de mars à août 2025.
Dans ce cadre, les personnes concernées sont invitées à fournir «toutes explications et justifications utiles» dans un délai maximal de trente jours. Passé ce délai, l’administration se réserve le droit d’engager des poursuites contentieuses, conformément aux dispositions légales.
Cette démarche illustre la vigilance accrue des autorités face à l’essor des cryptoactifs, dont l’utilisation échappe encore en grande partie aux circuits financiers classiques. Si ces actifs numériques suscitent un intérêt croissant auprès des investisseurs marocains, leur statut demeure encadré strictement par la réglementation des changes, qui limite la détention d’avoirs à l’étranger sans autorisation préalable.
L’intervention de l’Office des Changes intervient dans un contexte où les flux liés aux monnaies virtuelles deviennent plus difficiles à tracer, posant des défis en matière de contrôle des capitaux et de lutte contre les infractions financières.
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Cette initiative pourrait annoncer une phase de contrôle renforcé, voire des actions ciblées contre les opérations non déclarées. Elle rappelle surtout que, en l’absence d’un cadre légal pleinement adapté aux cryptoactifs, les transactions impliquant l’étranger restent soumises aux règles classiques de la réglementation des changes.
Au Maroc, la réglementation des cryptoactifs demeure à un stade transitoire, marqué par un décalage entre l’interdiction formelle en vigueur et la préparation d’un cadre légal structuré. Depuis 2017, les transactions en cryptomonnaies sont considérées comme contraires à la réglementation des changes, notamment par l’Office des Changes et Bank Al-Maghrib, ce qui place ces usages dans une forme de zone grise juridique. Pourtant, dans les faits, l’usage persiste de manière informelle, poussant les autorités à adapter leur approche face à un phénomène devenu difficile à contenir.
C’est dans ce contexte qu’un tournant s’opère avec l’élaboration d’un cadre législatif dédié. Un avant-projet de loi sur les cryptoactifs a ainsi été rendu public, marquant une étape importante vers la formalisation du secteur. Ce texte, désormais en cours de maturation dans le circuit institutionnel, vise à instaurer un encadrement inspiré des standards internationaux, notamment européens. Selon Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, ce dispositif devrait permettre de sortir de l’ambiguïté juridique actuelle, en organisant les activités liées aux cryptoactifs sous la supervision des autorités financières, tout en renforçant la protection des utilisateurs.
La position de Jouahri reflète une approche prudente mais ouverte. Le wali insiste sur la nécessité de réguler sans «freiner l’innovation», en prenant en compte à la fois les opportunités offertes par ces nouveaux instruments et les risques qu’ils comportent, notamment en matière de volatilité et d’usages illicites. Parallèlement, Bank Al-Maghrib poursuit sa réflexion sur une monnaie digitale souveraine (CBDC), perçue comme un levier de modernisation des paiements et d’inclusion financière. Le Maroc semble ainsi s’orienter vers un modèle hybride, combinant encadrement des cryptoactifs privés et développement d’une alternative publique sous contrôle étatique.



