Le conflit au Moyen-Orient expose les vulnérabilités structurelles de l’économie marocaine. Dépendance énergétique, fragilité des chaînes d’approvisionnement, pression sur la sécurité alimentaire et contraintes budgétaires se combinent pour créer un choc systémique. Dans un contexte de tensions prolongées, le Royaume apparaît plus exposé qu’il n’y paraît, indique le magazine Finances News Hebdo. L’énergie constitue le premier canal de transmission de cette crise. Le Maroc importe plus de 90% de ses besoins énergétiques, selon l’Agence internationale de l’énergie, ce qui en fait l’une des économies les plus vulnérables aux fluctuations des prix du pétrole.
«La hausse des prix de l’énergie se diffuse progressivement à l’ensemble de la chaîne économique», explique Sara Sbai, experte en finance internationale, stratégie et gestion des risques, citée par Finances News Hebdo. Ce mécanisme alimente une inflation généralisée, comme l’a démontré le pic à plus de 6% enregistré en 2022, largement imputable à la flambée des prix énergétiques et alimentaires. L’impact est double: il pèse sur le pouvoir d’achat des ménages tout en augmentant les coûts de production des entreprises. «Dans une économie fortement ouverte, cette dynamique réduit également les marges des entreprises et fragilise leur capacité d’investissement», souligne-t-elle.
Au-delà de l’énergie, le Maroc dépend fortement des chaînes d’approvisionnement globalisées, avec une exposition marquée à la Chine. En 2023, les importations de biens d’équipement ont atteint près de 160 milliards de dirhams, soit 23% des importations totales du Royaume. Ces flux, essentiels à l’appareil productif national, proviennent en grande partie de Chine, partenaire incontournable pour les machines industrielles, les équipements électriques et les composants. «Le Maroc reste fortement dépendant des importations de biens d’équipement et d’intrants industriels, ce qui expose directement son appareil productif aux chocs logistiques internationaux», précise Sara Sbai. Les tensions en mer Rouge ont récemment illustré cette fragilité, avec une hausse de plus de 100% des tarifs du transport maritime sur certaines routes, selon la Banque mondiale. Pour les industries marocaines, notamment l’automobile, le textile et l’agro-industrie, cette inflation des coûts de production se traduit par une compression des marges.
La sécurité alimentaire constitue un autre point de vulnérabilité, lit-on dans Finances News Hebdo. Le Maroc dépend des importations pour des produits stratégiques comme les céréales, les aliments pour bétail et les huiles végétales. Cette dépendance structurelle l’expose aux chocs de prix internationaux, dans un contexte de fragmentation géopolitique des échanges. «Cette vulnérabilité concerne également les intrants agricoles, qui restent largement exposés aux tensions géopolitiques et aux fluctuations des marchés», explique Sara Sbai. En 2023, les importations de viandes ont dépassé 3 milliards de dirhams, en forte progression, avec une part croissante en provenance du Brésil. Le déficit commercial agricole et agroalimentaire, tiré par les céréales, s’inscrit dans une tendance structurelle négative, aggravée par les épisodes de sécheresse récurrents. «Cette dépendance crée un effet multiplicateur sur les prix alimentaires et sur la stabilité sociale», souligne l’experte.
En tant que hub logistique régional, le Maroc subit également les perturbations des routes maritimes internationales. Bien que Tanger Med bénéficie d’une position stratégique, il reste dépendant de la fluidité du commerce mondial. «La hausse des coûts logistiques représente aujourd’hui une menace sérieuse pour la compétitivité des exportations marocaines», avertit Sara Sbai. Le corridor routier vers l’Afrique subsaharienne via la Mauritanie, vital pour les exportations marocaines, est également touché par la hausse des prix du carburant et les risques sécuritaires. «La compétitivité ne dépend plus uniquement de la qualité des produits ou des accords commerciaux, mais aussi de la résilience des chaînes logistiques», rappelle-t-elle.
Ces chocs convergents exercent une pression croissante sur les finances publiques. La hausse des prix énergétiques et alimentaires oblige l’État à renforcer les mécanismes de compensation, creusant le déficit budgétaire. «L’État se retrouve face à un arbitrage extrêmement délicat entre la nécessité de soutenir le pouvoir d’achat et le risque d’alourdir durablement le déficit budgétaire et la dette publique», analyse Sara Sbai. La Banque mondiale souligne que des mesures d’austérité mal calibrées pourraient freiner la reprise économique. «Les politiques de soutien généralisées deviennent difficilement soutenables à long terme, ce qui impose une transition vers des mécanismes plus ciblés en faveur des ménages vulnérables et des secteurs stratégiques», conclut-elle. Pour le Maroc, l’enjeu est de maintenir un équilibre entre soutien à l’économie et soutenabilité des finances publiques, sous peine de ralentir la croissance et d’accentuer les tensions sociales.



