Les consommateurs marocains ont eu une bonne surprise ces derniers jours. Après avoir atteint des sommets lors du mois de Ramadan, où l’œuf se négociait à plus de 1,50 dirham l’unité, son prix a chuté entre 60 et 90 centimes actuellement, se situant ainsi aux niveaux d’avant-guerre en Ukraine.
Contacté par Le360, Khalid Zaim, président de l’Association nationale des producteurs d’œufs, affirme que la baisse actuelle est liée directement à une hausse significative de la production locale, qui dépasse désormais les niveaux d’avant 2022. En 2025, indique-t-il, la filière a atteint une production de 7 milliards d’œufs, un record qui traduit une sortie progressive de «l’entonnoir» provoqué par la pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine.
Mais cette abondance a un revers. «Aujourd’hui, le prix de vente pourrait passer en dessous du coût de production réel, ce qui générerait des pertes pour les éleveurs», alerte le responsable. Ces pertes, ajoute-t-il, pourraient se traduire à l’avenir par une baisse de la production, synonyme de retour de la cherté.
Risques pour les éleveurs
«Le consommateur a le droit le plus légitime de profiter des prix bas, mais si nous subissons trop de pertes, l’offre se contractera et les prix remonteront mécaniquement», souligne-t-il.
Khalid Zaim fait savoir que la consommation nationale des œufs a connu une augmentation ces dernières années. En effet, note-t-il, en 2025, la moyenne a atteint 191 œufs par habitant, contre 171 en 2024 et seulement 138 en 2010, soit une hausse de près de 38% en quinze ans.
Cette envolée est due, selon lui, au fait que l’œuf est resté la seule protéine animale réellement accessible. «Face aux prix records de la viande rouge et du poisson, l’œuf est devenu un aliment de première nécessité», insiste-t-il.
Revenant sur la montée des prix des œufs observée sur le marché durant ces derniers mois, le responsable évoque le renchérissement des matières premières sur le marché international comme la principale cause.
Lire aussi : Flambée des prix des œufs: les producteurs pointent la chaleur et les intermédiaires
Le président de l’association des producteurs d’œufs rappelle à cet effet que 97 à 98% des aliments pour volailles sont importés. Dès lors, le coût de production dépend étroitement des fluctuations du dollar et de l’euro, des tarifs du fret maritime, et des tensions géopolitiques, telle la guerre au Proche-Orient.
Par ailleurs, cette dépendance du marché mondial pour l’approvisionnement en matières premières concerne également le poulet, dont les prix connaissent des fluctuations similaires, entre 13 et 19 dirhams le kilo selon les régions. Comme pour l’œuf, la règle est la même: abondance et stabilité des matières premières font baisser les prix, pénurie ou cherté des devises les font flamber.
Le défi pour les années à venir est donc de stabiliser la production nationale tout en protégeant le pouvoir d’achat, sans mettre en péril le secteur.




