C’est dans le quartier de Casablanca Finance City, au cœur du nouveau poumon économique de la métropole, que les États-Unis ont posé jeudi une empreinte bien visible au Maroc. Le nouveau consulat général américain à Casablanca, dernier-né des bâtiments diplomatiques des États-Unis à l’étranger, a été officiellement inauguré lors d’une cérémonie réunissant des personnalités des deux rives de l’Atlantique.
Le secrétaire d’état adjoint Christopher Landau, l’ambassadeur des États-Unis au Maroc Duke Buchan III et la consule générale Marissa Scott-Torres ont coupé le ruban aux côtés du conseiller du Roi, Fouad Ali El Himma, et du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Une image chargée de sens, à quelques mois des commémorations du 250e anniversaire de la première reconnaissance internationale accordée aux jeunes États-Unis, en 1777, par le Royaume du Maroc. Celle-ci a été suivie, dix ans plus tard, par le Traité d’amitié de 1787, le plus long traité en vigueur de l’histoire américaine.
Étaient également présents le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, l’inspecteur général des Forces armées royales commandant la Zone Sud, le général de corps d’armée Mohamed Berrid, le wali de la région Casablanca-Settat et gouverneur de la préfecture de Casablanca, Mohamed M’hidia, le président du Conseil de la région de Casablanca-Settat, Abdellatif Maâzouz, ainsi que la présidente du conseil de la commune de Casablanca, Nabila Rmili.
Pour Christopher Landau, la soirée avait une saveur particulière. Le numéro deux du département d’État foulait pour la première fois le sol marocain. «Je n’étais jamais venu au Maroc avant hier», a-t-il confié lors de son discours officiel, ajoutant sur un ton badin que sa seule expérience du Maroc se résumait jusqu’alors au pavillon marocain d’Epcot, à Disney World, «et c’est toujours là que nous mangions, parce que c’est la meilleure table de tout le parc.» Avant d’affirmer, plus sérieusement: «Ce bâtiment restera pour moi un souvenir impérissable.»
L’ambassadeur Buchan, lui, entretient avec le Maroc une relation de longue date. Arrivé à Tanger pour la première fois voilà plus de 43 ans, jeune étudiant à la recherche de tapis qu’il pouvait à peine se payer, il a rendu hommage à «sa première leçon de négociation, apprise au Maroc». Ce soir, c’est en tant que représentant de son pays qu’il prenait la parole: «Ceci n’est pas qu’un nouveau bâtiment. C’est une déclaration en acier et en pierre de ce partenariat, un témoignage durable des liens indéfectibles entre les États-Unis et le Royaume du Maroc.»
Un investissement de 350 millions de dollars
Déployé sur près de trois hectares, le complexe représente un investissement total de 350 millions de dollars. Combiné à l’ambassade de Rabat, le gouvernement américain dépasse désormais 500 millions de dollars d’investissement en bâtiments diplomatiques sur le sol marocain, avec plus d’un millier d’agents au sein de la Mission Maroc, «le plus important dispositif de tout le Royaume», selon Duke Buchan.
De g à d. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, Christopher Landau, secrétaire d'état adjoint et Fouad Ali El Himma, conseiller royal, lors de l'inauguration du nouveau consulat américain, jeudi 30 avril à Casablanca.
Architecturalement, le bâtiment assume pleinement son ancrage local. Sa façade, rythmée de motifs géométriques en hommage à l’artisanat marocain, filtre la lumière au fil des heures. À l’intérieur, zellige, jardins suspendus évoquant les riads et une spectaculaire installation lumineuse inspirée des lanternes marocaines traditionnelles dessinent un dialogue entre deux cultures, dialogue que prolonge une sélection d’œuvres réunissant artistes marocains et américains, issue de la collection Art in embassies du département d’État.
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Le consulat intègre une salle d’attente consulaire repensée de fond en comble pour les demandeurs de visas et les ressortissants américains. Quinze guichets y sont disponibles, dans un espace baigné de lumière naturelle, conçu pour rompre avec l’atmosphère austère souvent associée aux démarches administratives. «Pour beaucoup de visiteurs, c’est ici que se joue leur première interaction concrète avec les États-Unis», rappelle la narration officielle du tour de presse. «Créer une expérience positive dans ce lieu est donc essentiel.»
Clef de voûte de la dimension culturelle du consulat, Dar America, le centre culturel américain, accueillera le grand public à partir du 5 mai 2026. Bibliothèque anglophone, maker space, salles de conférence et d’événements, espaces de projection et d’ateliers: la nouvelle Dar America ambitionne de poursuivre et d’amplifier la mission de son prédécesseur, qui accueillait chaque mois des milliers de visiteurs, avec des équipements modernisés et une capacité élargie. Son architecture à double hauteur, ouverte sur les jardins extérieurs, prolonge le fil conducteur de tout l’édifice: effacer les frontières entre intérieur et extérieur, entre institution et communauté.
Pour 250 ans de plus
La soirée n’a pas manqué de moments plus légers. Évoquant la Coupe du monde 2026, dont plusieurs matchs se disputeront aux États-Unis, l’ambassadeur Buchan a adressé ses vœux aux Lions de l’Atlas, qui affronteront notamment le Brésil le 13 juin dans le New Jersey, avec un enthousiasme qui n’avait rien de neutre: «Je sais qui je vais supporter et ce n’est pas le Brésil. Et pour être tout à fait honnête, j’ai un survêtement aux couleurs du Maroc. Je compte bien le porter.»
Christopher Landau a, lui aussi, dit espérer accueillir chaleureusement les supporters marocains sur le sol américain cet été, avant d’ajouter avec humour que les États-Unis espéraient se qualifier pour la compétition que le Maroc accueillera, quatre ans plus tard, à son tour.
Dans son discours de clôture, Duke Buchan a cité ce qui constitue peut-être la formule la plus frappante de la soirée, en évoquant le parallèle entre la Légation américaine de Tanger, la plus ancienne propriété diplomatique américaine au monde et ce tout nouveau complexe de Casablanca: «Deux bâtiments, une histoire sans rupture.»



