Catherine Pégard, ministre française de la Culture, dévoile les contours de la nouvelle coopération culturelle franco-marocaine

Catherine Pégard, ministre française de la Culture, échange avec Mehdi Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées, lors de sa visite au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat.

Le 01/05/2026 à 14h36

VidéoPour son premier déplacement à l’international en tant que ministre de la Culture en France, Catherine Pégard a choisi le Maroc. Le 30 avril, jour de son arrivée, la ministre qui succède à Rachida Dati a assisté à l’inauguration du Salon International de l’Édition et du Livre de Rabat, dont la France est le pays invité d’honneur cette année, avant de se rendre au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. Rencontre.

Pour Catherine Pégard, le choix du Maroc comme première destination à l’étranger depuis sa nomination au ministère de la Culture en février 2026 n’est pas anodin. «J’ai choisi le Maroc parce qu’il y a ce salon du livre où la France est invitée d’honneur. Et comme j’avais pu visiter, l’année dernière, le Festival du livre de Paris 2025, qui accueillait le Maroc en tant qu’invité d’honneur, je trouvais qu’il était important d’assurer cette continuité, même si je suis ministre de la Culture depuis peu», a-t-elle confié en exclusivité à notre média, Le360.

Après avoir parcouru les allées du salon du livre qui accueille cette année à Rabat, du 1er au 10 mai, 61 pays et 891 exposants, et fait une halte au pavillon français, la ministre de la Culture nous a fait part de son enthousiasme. «Pour moi, ça a été une vraie découverte», révèle-t-elle, en notant l’importance de ce salon qui accueille «beaucoup de maisons d’édition nationales et internationales». Et de nous faire part de sa surprise en découvrant également «le nombre de traductions» proposées, y voyant «la vitalité du Maroc pour faire circuler les œuvres».

«Je trouve qu’en très peu de temps, on comprend beaucoup de choses sur ce qui rassemble nos deux pays, de ce qui fait que nous faisons le lien entre le patrimoine et l’innovation», a-t-elle analysé.

Immersion dans le Maroc des arts

Dans l’après-midi, accompagnée de l’ambassadeur de France à Rabat, Christophe Lecourtier, et de la directrice générale de l’Institut français du Maroc, Agnès Humruzian, Catherine Pégard s’est cette fois-ci rendue au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat. Reçue par l’équipe du musée dirigé par Nadia Sabri, et celle de la Fondation Nationale des Musées du Maroc présidée par Mehdi Qotbi, Catherine Pégard a découvert dans un premier temps l’exposition dédiée à Mohamed Melehi, ouverte au public le 29 avril.

«J’ai appris qu’il (Mohamed Melehi) était mort à Paris au moment du Covid», nous confie la ministre, évoquant les œuvres de l’artiste déjà exposées au Centre Pompidou à Paris. Une rétrospective de Mohamed Melehi pourrait-elle être présentée en France? «On pourrait très bien imaginer qu’il y ait une exposition au Centre Pompidou (…) ce serait aussi un hommage à lui rendre», estime Catherine Pégard.

La visite se poursuit ensuite à l’étage, où se déploie l’impressionnante collection permanente du MMVI. Entre peintures, sculptures, photographies, installations… Ce sont près de quatre cents chefs-d’œuvre d’artistes marocains de renom, ainsi que des artistes internationaux qui la composent.

«De voir l’évolution de la peinture à travers différentes écoles marocaines depuis le début du siècle jusqu’à aujourd’hui, tout à coup on comprend que le monde– Dieu merci– bouge, mais bouge sans se renier. Et je trouve cela très intéressant», nous confie-t-elle.

La coopération culturelle entre le Maroc et la France s’inscrit ainsi sous de bons auspices. La ministre française de la Culture évoque d’ores et déjà plusieurs projets à venir, couvrant un large éventail de domaines.

Une coopération culturelle sous le signe du patrimoine et de l’innovation

«Nous souhaitons renforcer nos collaborations, notamment dans le domaine du cinéma. Nous faisons déjà beaucoup de choses ensemble et nous entendons développer davantage les coproductions», annonce-t-elle d’emblée.

Par ailleurs, dans le secteur du livre, poursuit la ministre, «nous allons accueillir à nouveau le Maroc au Festival de l’Histoire de l’Art de Fontainebleau dans quelques jours, en tant qu’invité d’honneur». Elle rappelle que cette 15ème édition, prévue du 5 au 7 juin 2026 au château de Fontainebleau, constituera une occasion de «montrer la force de notre relation». À ses yeux, «dans le domaine de l’édition, il y a mille choses à faire».

Les expositions constituent un axe majeur de cette coopération culturelle aux yeux de la ministre, qui cite à ce titre un projet emblématique. Il s’agit d’une exposition numérique appelée à être présentée dans un premier temps au Maroc, avant d’être, à terme, accueillie en France, notamment au sein de la Bibliothèque nationale de France. «C’est ce que j’ai proposé au ministre de la Culture, Mohamed Bensaïd, pour mettre en valeur la richesse des manuscrits et des archives du Maroc et créer une synergie entre les fonds conservés à Paris et ceux conservés ici», a-t-elle expliqué.

La ministre française de la Culture y voit ainsi une opportunité de retracer «l’histoire de nos deux pays (…) au fil des siècles et des époques».

Parmi les expositions à venir, Catherine Pégard a également évoqué un projet structurant entre le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat (MMVI) et le Centre Pompidou. À ce sujet, Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées du Maroc (FNM), précise que cette initiative porte sur «le prêt de la collection de peinture abstraite du Centre Pompidou au MMVI». Ce projet s’inscrit, ajoute-t-il, «dans le cadre d’un échange qui prolonge le travail amorcé avec l’exposition “La Méditerranée et l’art moderne”, organisée en 2018 au MMVI en partenariat avec le Centre Pompidou».

Le président de la FNM indique par ailleurs que Catherine Pégard souhaite élargir ce partenariat au champ de la photographie, en mobilisant plusieurs institutions muséales françaises autour de prêts d’œuvres au profit de différents musées marocains. Dans cette perspective, le futur musée de la photographie et des arts visuels, dont l’ouverture est prévue en juin 2026 dans la médina de Casablanca, pourrait bénéficier de cette dynamique de coopération.

Enfin, cette coopération culturelle devrait également accompagner l’ouverture de nouveaux équipements muséaux à Rabat, notamment la future Cité de la culture africaine–Musée du continent, «dont 80% du gros œuvre est achevé à ce jour et qui devrait être prêt au troisième trimestre 2027», selon Mehdi Qotbi, ainsi que le Musée d’Archéologie et des Sciences de la Terre, pour lequel un appel à candidatures sera lancé en vue de la construction d’un dépôt d’œuvres à la sortie de Rabat.

Au-delà des expositions, Catherine Pégard a également identifié l’industrie du jeu vidéo comme un axe de coopération prometteur. «La France, comme vous le savez, est pionnière dans ce domaine et peut développer des coproductions avec le Maroc», a-t-elle déclaré, soulignant le potentiel d’un écosystème marocain déjà structuré autour de plusieurs start-up. «C’est ce dialogue entre patrimoine et création que nous devons constamment cultiver pour renforcer les synergies entre nos deux pays», a-t-elle conclu à l’issue de sa visite.

Par Zineb Ibnouzahir et Yassine Mannan
Le 01/05/2026 à 14h36