Sahara, économie et (même) espace: le partenariat Maroc-USA expliqué par Christopher Landau et Nasser Bourita

Nasser Bourita recevant le Secrétaire d’État Adjoint des États-Unis, Christopher Landau, mercredi 29 avril 2026 à Rabat.

Nasser Bourita recevant le secrétaire d’État adjoint des États-Unis, Christopher Landau, mercredi 29 avril 2026 à Rabat. (Y.Mannan/Le360)

Le 29/04/2026 à 18h30

VidéoDu Sahara à l’exploration spatiale, en passant par des échanges économiques record et de nouveaux accords, le Maroc et les États-Unis ont réaffirmé, ce mercredi 29 avril à Rabat, la solidité d’une alliance multidimensionnelle. À l’occasion d’une visite officielle marquée par des symboles forts et des annonces concrètes, Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint américain, et Nasser Bourita, chef de la diplomatie marocaine, ont détaillé les contours d’un partenariat qui s’étend sur près de deux siècles et demi, tout en se projetant vers de nouveaux horizons.

Le Maroc et les États-Unis ont célébré, ce mercredi 29 avril, la profondeur de leur relation bilatérale à travers une visite officielle marquée par des déclarations symboliques et des engagements concrets. À Rabat, lors d’une conférence de presse tenue à l’issue de leur rencontre, Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint américain, et Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, ont mis en lumière les multiples facettes d’un partenariat qui s’étend de la résolution du conflit du Sahara à la diplomatie spatiale, en passant par des opportunités économiques sans précédent.

Artemis: le ciel n’est plus la limite

«C’est un immense plaisir pour moi de voir le magnifique et historique drapeau du Maroc s’ajouter désormais à tous les autres drapeaux des pays ayant signé les Accords Artemis», a déclaré Christopher Landau, soulignant l’adhésion du Maroc à cette initiative internationale visant à encadrer l’exploration spatiale. «Le Maroc est le soixante-quatrième signataire, et je porte actuellement votre drapeau près de mon cœur, aux côtés du mien. C’est merveilleux de les voir ainsi réunis», a-t-il ajouté.

Pour le responsable américain, cette collaboration spatiale incarne une «entreprise humaine commune» au service de «toute l’humanité», un projet pour lequel le Maroc représente «un partenaire idéal». Landau a d’ailleurs exprimé sa gratitude envers le roi Mohammed VI et le gouvernement marocain pour leur engagement, rappelant que «nous ne pourrions rêver d’un meilleur partenaire».

La plus ancienne et la plus récente représentation diplomatique américaine

Tournée vers l’avenir, cette visite s’inscrit également dans une profondeur historique, comme l’a rappelé Nasser Bourita. «Cette année, nous célébrons le 250e anniversaire de l’établissement des relations bilatérales entre les deux pays, une relation historique, solide et ancrée entre deux nations à travers les siècles», a-t-il résumé. Les liens diplomatiques entre Rabat et Washington remontent en effet à 1777, lorsque le Maroc est devenu le premier pays au monde à reconnaître l’indépendance des États-Unis.

«Nous fêtons presque deux cent cinquante ans de relations diplomatiques», a renchéri Landau, soulignant que les deux nations ont été «des partenaires précieux durant tout ce temps». Cette longévité se matérialise aujourd’hui par une présence diplomatique unique. «Le Royaume du Maroc abritera à la fois la plus récente installation diplomatique des États-Unis à Casablanca et la plus ancienne à Tanger», a-t-il précisé, évoquant l’inauguration, jeudi 30 avril, du nouveau consulat américain dans la capitale économique. «Je pense que cela témoigne de l’histoire de notre relation, mais aussi de la vitalité actuelle et continue de nos liens», a-t-il ajouté.

Trade over Aid, capitaux et expertise

Sur le plan économique, les deux parties ont affiché une ambition commune de renforcer leur coopération. Landau a mis en avant les «opportunités de solutions gagnant-gagnant» qui s’offrent aux deux pays, notamment dans un contexte où le Maroc «continue de développer son économie pour devenir l’une des plus dynamiques de cette partie du monde».

«Les États-Unis disposent de capitaux et d’une expertise qui peuvent aider le Maroc à réaliser son plein potentiel», a-t-il ajouté, saluant «la stabilité» et «la certitude» offertes aux investisseurs américains. Nasser Bourita a, quant à lui, souligné les «nouveaux records» atteints chaque année en matière de commerce et d’investissement, rappelant que les échanges ont été «multipliés par sept» depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange (ALE) entre les deux pays.

«Le Maroc est le seul pays africain à disposer d’un accord de libre-échange avec les États-Unis», a-t-il insisté, annonçant la tenue prochaine de la neuvième session de la commission mixte de cet accord. Par ailleurs, le Maroc a officialisé son adhésion à l’initiative américaine «Trade Over Aid» («Le commerce plutôt que l’aide»), lancée la veille à New York, une démarche en phase avec «la vision exprimée à maintes reprises par Sa Majesté le Roi Mohammed VI concernant le développement en Afrique».

Sahara: un statu quo «inacceptable»

La question du Sahara marocain a occupé une place centrale dans les échanges, les deux parties réaffirmant leur engagement en faveur d’une résolution pacifique et rapide du conflit, sur la base de la souveraineté du Maroc sur son territoire méridional et du plan d’autonomie. «Comme vous le savez, nous avons reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental», a rappelé Landau, évoquant une situation «inacceptable» qui dure «depuis 1975», soit une période «plus longue qu’une vie humaine». «Nous aspirons à une résolution pacifique, mais aussi à une résolution rapide, car cette situation ne peut attendre encore cinquante ans», a-t-il martelé.

Nasser Bourita a salué «la position des États-Unis sur la question du Sahara marocain», qualifiant l’appel historique entre le roi Mohammed VI et le président Donald Trump, le 10 décembre 2020, de «tournant majeur». «Aujourd’hui, les États-Unis parrainent un processus qui, nous l’espérons, mènera à une solution définitive dans le cadre unique de l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine», a-t-il précisé, soulignant la convergence des visions entre les deux pays.

Au-delà des enjeux politiques et économiques, la coopération militaire a également été mise en avant. Bourita a évoqué le lancement de la 22e édition des manœuvres «African Lion», «les plus importantes du genre en Afrique», ainsi que les réunions récentes du Comité consultatif conjoint de défense à Washington. «Dans tous les domaines, le Maroc et les États-Unis travaillent en tant que partenaires et alliés», a-t-il résumé, insistant sur une «logique de partenariat et d’alliance» fondée sur des «valeurs, des intérêts et des visions communes».

La visite au Maroc du responsable américain se poursuivra à Casablanca, puis à Marrakech. Christopher Landau doit ensuite se rendre en Algérie. «En Algérie, le sous-secrétaire rencontrera des responsables algériens pour discuter de l’approfondissement des relations bilatérales», a indiqué un communiqué du Département d’État, évoquant des «efforts conjoints visant à répondre aux enjeux de sécurité régionale» et des «deals commerciaux à fort impact».

Pour le Maroc et les États-Unis, cependant, cette étape marque avant tout la consolidation d’une alliance stratégique où chaque domaine, du Sahara marocain à l’espace, de l’économie à la défense, contribue à façonner un partenariat «solide et ancré», pour reprendre les mots de Nasser Bourita.

Par Tarik Qattab et Yassine Mannan
Le 29/04/2026 à 18h30