L’industrie agroalimentaire marocaine confirme son rôle central dans le tissu économique du pays. Avec près de 209.000 emplois et une contribution de 25% au produit intérieur brut (PIB) industriel, ce secteur représente l’un des principaux moteurs de l’économie nationale. «Sur les 13.000 entreprises industrielles recensées, environ 2.000 opèrent dans ce domaine, exportant leurs produits vers 153 pays», indique le magazine Finances News Hebdo. Pourtant, malgré cette dynamique, les dernières données de l’Office des changes révèlent un repli des ventes à l’export: après une baisse de 36 millions de dirhams en 2024 (-0,1%), le recul s’est accentué en 2025, atteignant 1,46 milliard de dirhams (-3,4%).
Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large de dégradation des comptes extérieurs. Le déficit commercial s’est creusé de 15,8% en 2025 par rapport à l’année précédente, tandis que le taux de couverture des importations par les exportations est passé de 59,9% en 2024 à 57,2% en 2025. Face à ces chiffres, la question de la compétitivité des industries nationales, et en particulier de l’agroalimentaire, se pose avec acuité.
Pour l’économiste Rachid El Fakir, «la montée en gamme n’est plus un choix, mais une nécessité stratégique». Cité par Finances News, il souligne la dualité du secteur, partagé entre des segments à forte valeur ajoutée et des activités dominées par des produits peu transformés, où le volume prime sur la qualité. «La présente situation expose le Maroc à la volatilité des prix internationaux et aux contraintes climatiques. En alignant compétitivité économique et contraintes environnementales, la transition vers des produits à haute valeur ajoutée devient impérative pour améliorer l’attractivité des exportations marocaines», explique-t-il. Selon lui, cette évolution permettrait de capter des segments de marché plus rémunérateurs et moins gourmands en ressources agricoles, tout en renforçant la résilience du secteur.
Malgré les défis, l’agroalimentaire reste un acteur clé de l’industrie nationale. En 2024, il s’est classé deuxième contributeur au chiffre d’affaires industriel, avec une part de 21,3% pour un montant de 191 milliards de dirhams, en légère progression (+0,8%) par rapport à 2023. À l’export, sa contribution s’élève à 10%. Les investissements dans le secteur continuent également de croître, avec plus de 10 milliards de dirhams engagés en 2024, soit une hausse de 8%.
Pour Rachid El Fakir, «les contraintes environnementales et climatiques doivent devenir un levier de compétitivité». Il plaide pour une approche centrée sur la valeur plutôt que sur le volume, «avec une durabilité au cœur du nouveau modèle industriel». «Le stress hydrique, la pollution et la rareté des ressources alimentaires doivent pousser le Maroc à privilégier des filières à forte valeur ajoutée verte», estime-t-il. Cette transition nécessiterait une meilleure structuration des filières, une montée en compétence des acteurs et un accompagnement public volontariste.
Alors que le secteur agroalimentaire marocain cherche à consolider sa position sur les marchés internationaux, la question de la transformation de son modèle économique reste plus que jamais d’actualité. Entre innovation, durabilité et adaptation aux exigences des marchés, les défis à relever sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant.




