L’investissement privé, clé d’un nouveau modèle de développement

Au Maroc, la contribution du secteur privé à l’effort d’investissement national reste insuffisante au regard des objectifs fixés, relève la Banque mondiale.

Revue de presseAprès deux décennies de croissance tirée par l’investissement public, le Maroc doit désormais compter sur le secteur privé pour absorber les besoins en emplois et assurer une transformation économique durable. Deux rapports récents de la Banque mondiale soulignent les défis et les opportunités d’une transition cruciale. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 18/05/2026 à 19h32

Le Maroc entre dans une phase décisive de son développement économique. Après près de vingt ans de croissance soutenue par l’investissement public, qui a permis la construction de ports de classe mondiale, d’autoroutes, de lignes ferroviaires et de plateformes industrielles intégrées, ainsi que le lancement d’une transition énergétique ambitieuse, le pays se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Deux rapports majeurs de la Banque mondiale, le Rapport sur la croissance et l’emploi au Maroc et le Diagnostic du secteur privé au Maroc, mettent en lumière une équation cruciale: sans un décollage rapide et massif de l’investissement privé, la croissance restera insuffisante pour absorber les besoins en emploi et soutenir une transformation économique durable, écrit le magazine hebdomadaire Challenge.

Selon ces analyses, le modèle actuel, bien qu’indéniablement réussi dans sa phase initiale, atteint désormais ses limites. Non pas parce qu’il a échoué, mais parce qu’il a rempli sa mission première. Le Maroc a construit méthodiquement les bases de sa compétitivité, se positionnant dans des chaînes de valeur stratégiques comme l’automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables. Il a également renforcé son attractivité auprès des investisseurs internationaux et amélioré significativement son infrastructure logistique et industrielle. Cependant, pour passer à l’étape suivante, l’investissement privé doit désormais prendre le relais.

Or, ce relais tarde à se matérialiser. Entre 2014 et 2022, l’investissement privé n’a représenté qu’environ un tiers de la formation brute de capital fixe, une proportion jugée insuffisante pour soutenir une croissance forte, inclusive et créatrice d’emplois. L’enjeu stratégique est donc clair: porter cette contribution à deux tiers d’ici 2035. Un objectif ambitieux, mais indispensable pour éviter un ralentissement structurel de l’économie.

Malgré des avancées économiques notables, le Maroc fait face à un paradoxe majeur, lit-on dans Challenge: la croissance ne se traduit pas suffisamment en création d’emplois. Entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé près de 2,5 fois plus vite que l’emploi. Ce décalage exerce une pression croissante sur le marché du travail, en particulier pour les jeunes et les femmes. Le taux d’activité global reste faible, à 43,5%, et celui des femmes demeure l’un des plus bas au monde, à seulement 19,1%. Cette sous-utilisation du capital humain constitue un frein majeur à la croissance. Par ailleurs, la productivité progresse lentement, à un rythme moyen de 2,2% par an, un rythme qui nécessiterait plus de trente ans pour doubler –un délai incompatible avec les ambitions du Nouveau modèle de développement.

Plusieurs blocages structurels expliquent ces difficultés. Le premier, et sans doute le plus structurant, est l’économie informelle, qui représente environ 77% de l’emploi et près d’un tiers du PIB. Cette réalité crée une distorsion majeure de concurrence: les entreprises formelles supportent des charges fiscales et sociales importantes, tandis que les acteurs informels évoluent en dehors de ces contraintes. Résultat: une incitation à rester petit, peu visible et peu productif, ce qui entretient une dualité économique durable et limite la montée en gamme ainsi que la diffusion de la productivité.

Le deuxième verrou concerne l’accès au financement, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME). Malgré un secteur bancaire relativement développé, ces dernières ne captent que moins de 15% du crédit total. Le problème ne se limite pas au volume, mais concerne aussi la diversité des instruments financiers disponibles. Le marché obligataire privé est embryonnaire, avec seulement quelques émissions cotées. Le capital-investissement reste concentré, et la dette privée peu développée. Cette configuration freine l’investissement, l’innovation et l’internationalisation des entreprises.

Le troisième verrou est le poids des entreprises publiques, qui représentent environ 22% du PIB. Si elles ont joué un rôle clé dans le développement du pays, leur position dominante crée aujourd’hui des effets d’éviction. L’accès privilégié au foncier, au financement et aux autorisations limite la contestabilité des marchés et réduit l’espace pour les acteurs privés. Les réformes engagées sont réelles, mais leur mise en œuvre reste partielle, laissant persister des déséquilibres.

Enfin, le quatrième verrou, souvent sous-estimé, est le foncier. Derrière de nombreux projets bloqués se cache une difficulté d’accès à des titres fonciers. La multiplicité des statuts, la lourdeur des procédures et le manque de transparence ralentissent, voire empêchent, l’investissement. Dans les zones industrielles, l’absence de visibilité sur les disponibilités et les prix constitue un frein supplémentaire, notamment pour les investisseurs étrangers.

Par La Rédaction
Le 18/05/2026 à 19h32