Le port de Casablanca, principale porte d’entrée des céréales au Maroc, fait face à une situation de saturation sans précédent. En cause: une augmentation brutale des importations de blé, orchestrée par des opérateurs qui anticipent l’entrée en vigueur d’un nouveau droit de douane sur le blé tendre et ses dérivés. Cette mesure, destinée à protéger la production nationale et à faciliter la collecte des récoltes locales, a paradoxalement provoqué un engorgement du port, entraînant des retards dans les opérations logistiques et une hausse des coûts pour l’ensemble de la filière, indique le quotidien Assabah dans son édition du week-end du 23-24 mai.
Dans les jours précédant l’application du droit de douane sur le blé tendre, fixée à 280 dirhams par quintal pour la période allant du 1er juin au 31 juillet 2025, ces importateurs ont massivement accru leurs volumes d’achat. Motivés par des prix d’achat plus avantageux à l’étranger, bien inférieurs aux prix de référence nationaux, ces acteurs ont inondé le marché marocain de céréales, dans l’espoir d’influencer les prix et de faciliter l’écoulement des stocks locaux à un tarif inférieur au prix de référence.
Cette stratégie a été rendue possible grâce à l’exploitation d’un système de subventions et de prix de référence avantageux, explique Assabah. En effet, les importateurs ont bénéficié de subventions de stockage, évaluées à 2,50 DH par quintal tous les quinze jours, ainsi que d’un prix de référence à l’achat fixé à 280 DH le quintal pour le blé tendre produit localement. Une aubaine pour les négociants, qui ont pu importer des quantités bien supérieures à leurs besoins habituels, saturant ainsi les infrastructures portuaires.
Cette situation est également le résultat de dysfonctionnements administratifs et logistiques. Parmi les facteurs aggravants, l’absence de continuité dans les services fournis par plusieurs administrations clés. Si la Douane marocaine assure une permanence de ses services, les autres intervenants (notamment le ministère de l’Industrie et du Commerce, l’Office national du Conseil agricole, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires et les commissionnaires en douane) ne garantissent pas une disponibilité permanente. Résultat: les déclarations en douane s’accumulent, retardant d’autant le traitement des dossiers et l’acheminement des marchandises.
Les chiffres sont révélateurs: entre minuit et sept heures du matin, seules une quinzaine de déclarations sont traitées quotidiennement, contre plusieurs centaines en journée. Cette disparité dans la disponibilité des services crée des goulots d’étranglement, particulièrement critiques en période de forte affluence.
À cela s’ajoute une capacité logistique insuffisante pour absorber l’afflux de marchandises. Les transporteurs, submergés par la demande, sont contraints de sélectionner leurs clients, prolongeant ainsi les délais de livraison et aggravant la congestion du port.
Les données officielles confirment une tendance préoccupante, souligne Assabah: les importateurs sont devenus les principaux bénéficiaires des subventions publiques dédiées aux céréales. Le secteur des céréales au Maroc reste marqué par une forte concentration. Peu d’acteurs contrôlent l’ensemble de la chaîne de valeur: importation, stockage, collecte auprès des agriculteurs, transformation via des moulins et distribution. Ces grands groupes, souvent intégrés verticalement, disposent de structures logistiques et de flottes de transport leur permettant de dominer le marché. Une situation qui soulève des questions sur l’efficacité des politiques publiques visant à soutenir l’agriculture locale et à assurer une concurrence équitable.




