Une petite année, puis s’en va. Installé officiellement à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) le 24 mai 2025, le général Hassan a été limogé le 18 mai 2026, soit une semaine seulement avant de boucler sa première année à la tête des renseignements intérieurs algériens. Il aura toutefois fait mieux que son prédécesseur, le général Nacer El Djinn, qui n’était resté en poste que dix mois, entre juillet 2024 et mai 2025.
Sous la présidence de Abdelmadjid Tebboune, et pour ne parler que de la DGSI, cinq généraux ont successivement défilé à la tête de cette institution: Wassini Bouazza, Abdelghani Rachedi, Djamel Kahel Medjdoub, Nacer El Djinn et Abdelkader Aït Ouarabi. Deux de ces généraux — Wassini Bouazza et Nacer El Djinn — croupissent actuellement au bagne militaire de Blida, au moment où deux autres sont cloués sur un lit d’hôpital.
En attendant l’installation du nouveau et sixième patron de la DGSI, dont le nom devrait être dévoilé dans les prochaines heures ou les prochains jours, les interrogations ressurgissent sur les causes de cette instabilité structurelle chronique qui caractérise les services de renseignements algériens.
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Il est clair que, de 2020 à 2026, les changements brusques — parfois violents — qui ont secoué les postes névralgiques du commandement de l’armée algérienne résultent des règlements de comptes interminables auxquels se livrent les généraux algériens pour accaparer les rênes du pays et ses richesses. Les deux premières années du pouvoir de Tebboune ont ainsi permis au clan des généraux de la décennie noire, notamment Mohamed Mediène, dit Toufik, et Khaled Nezzar, de reprendre l’ascendant. Pourchassés depuis 2015 par l’ancien chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd Salah — artisan du démantèlement du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), ex-tout-puissant service de renseignement qui exerçait sa mainmise sur l’État et l’armée, puis de l’emprisonnement de son influent patron, Toufik — ceux que l’on surnomme les «cabranates» (caporaux) ont profité de la mort subite de Gaïd Salah pour se venger des généraux qui gravitaient autour de lui. Aujourd’hui, des dizaines de généraux, parmi lesquels d’anciens chefs des services de renseignement, croupissent en prison.
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Cette vendetta au sein de l’armée a été marquée par le retour en force des généraux instigateurs de la décennie noire à la tête des services de renseignements, à l’image de Djebbar M’hena, ancien taulard promu chef des renseignements extérieurs (DDSE) de septembre 2022 à septembre 2024, de Abdelkader Haddad dit Nacer El Djinn, ancien tortionnaire sanguinaire propulsé à la tête de la DGSI de juillet 2024 à mai 2025, et du général Hassan, ancien homme de main de Toufik, qui vient d’être écarté de la DGSI moins d’une année après sa nomination.
Ce dernier limogeage marque la fin des hommes de Toufik, en qui l’actuel chef d’état-major de l’armée, Said Chengriha, semble ne pas avoir confiance. Lors de la prochaine cérémonie d’installation du nouveau patron de la DGSI, Chengriha attribuera ce changement à un décret signé par Tebboune. Or, dans le cas présent, le général Hassan n’a pas perdu son poste pour des raisons de santé, comme le soutiennent certains, mais en raison de sa proximité avec le clan présidentiel.
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D’ailleurs, Chengriha a utilisé contre le général Hassan une tactique qui prouve le manque de confiance entre les deux hommes. En décembre dernier, il l’a flanqué d’un numéro deux, avec des pouvoirs étendus, en la personne du général-major Mounir Zahi, issu du corps de l’aviation militaire. Ce dernier est présenté aujourd’hui comme le successeur potentiel du général Hassan à la tête de la DGSI. Cette manigance de Chengriha n’est pas sans rappeler celle utilisée, mais avec plus de célérité, contre Wassini Bouazza qui, avant d’être limogé et emprisonné, a été secondé par le général Abdelghani Rachedi, qui deviendra son remplaçant une semaine plus tard.
À cela, il faut ajouter le déterrement, en janvier dernier, du procès dit de Tiguentourine, visant à juger certains terroristes impliqués dans l’attaque du site gazier d’In Amenas en janvier 2013. Or, c’est à cause de ses ratés dans l’opération militaire ayant causé la mort de plusieurs dizaines d’otages étrangers, que le général Hassan a été jugé et emprisonné en 2015. Ce procès, toujours d’actualité mais toujours renvoyé aux calendes grecques, n’en reste pas moins une façon de tenir en respect le général Hassan, voire Toufik lui-même.



