Nasser Bourita et Jean-Noël Barrot: une visite d’État du roi Mohammed VI en France «programmée»

Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, et Nasser Bourita, chef de la diplomatie marocaine, le 20 mai 2026 à Rabat (Y.Mannan/Le360).

Le 20/05/2026 à 16h28

VidéoVisite d’État du roi Mohammed VI en France, préparation d’un traité bilatéral inédit, coopération renforcée autour des provinces du Sud et relance des grands mécanismes de concertation politique: à Rabat, Nasser Bourita et Jean-Noël Barrot ont affiché leur volonté d’inscrire les relations maroco-françaises dans une nouvelle phase stratégique. Lors d’une conférence de presse conjointe, les deux chefs de la diplomatie ont esquissé les contours d’un partenariat appelé à se renforcer sur les plans politique, économique, sécuritaire et culturel. Les détails.

Le Maroc et la France s’apprêtent à franchir une nouvelle étape dans la refondation de leur partenariat stratégique. Entre la préparation d’une prochaine visite d’État du roi Mohammed VI en France, la perspective d’un traité bilatéral inédit et le renforcement de la coopération autour des provinces du Sud, Rabat et Paris affichent leur volonté d’inscrire leur relation dans une nouvelle dynamique politique, économique et géostratégique.

Lors d’une conférence de presse conjointe tenue ce mercredi 20 mai 2026 à Rabat, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue français, Jean-Noël Barrot, ont dessiné les contours de cette nouvelle phase des relations maroco-françaises, amorcée depuis la position exprimée par Emmanuel Macron en juillet 2024 sur la question du Sahara marocain.

Le président français avait alors affirmé que «le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine», tout en qualifiant le plan d’autonomie proposé par le Royaume de «seule base pour aboutir à une solution politique juste, durable et négociée conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies». Depuis cette séquence diplomatique, les échanges entre Rabat et Paris se sont considérablement intensifiés.

À ce titre, Jean-Noël Barrot a confirmé qu’une visite d’État du roi Mohammed VI en France était désormais «programmée», sans toutefois en préciser la date. «Nous nous préparons à accueillir Sa Majesté en visite d’État en France. Ce sera un jalon historique dans les relations franco-marocaines», a déclaré le chef de la diplomatie française, rappelant que «beaucoup a été accompli depuis la visite d’État du président Emmanuel Macron au Maroc à l’automne 2024».

Les discussions entre les deux ministres ont également porté sur les préparatifs de la prochaine Haute Commission mixte maroco-française de coopération politique et économique, prévue en juillet prochain à Rabat sous la présidence des chefs de gouvernement des deux pays.

Jean-Noël Barrot a indiqué que les deux chefs d’État avaient fixé «une feuille de route claire et ambitieuse», désormais mise en œuvre à travers une intensification de la coopération bilatérale. Selon lui, «tous les moteurs de la relation franco-marocaine tournent aujourd’hui à plein régime», grâce à des «réflexes communs» et à un potentiel partagé dans plusieurs secteurs stratégiques.

Le ministre français a souligné que cette dynamique repose autant sur les liens historiques entre les deux pays que sur une volonté commune de réinventer leur partenariat. «Nos entreprises, nos administrations, nos scènes culturelles et artistiques ont créé des liens humains profonds qui permettent à nos deux peuples d’aller naturellement l’un vers l’autre», a-t-il affirmé, estimant que cette proximité constitue «un atout extraordinaire».

Pour Paris comme pour Rabat, l’objectif n’est plus simplement d’entretenir les acquis historiques de la relation bilatérale, mais d’ouvrir de nouveaux champs de coopération. «Nous aurions pu nous contenter de vivre sur notre capital historique, mais nous avons choisi de nous réinventer ensemble», a insisté Jean-Noël Barrot.

Le chef de la diplomatie française a également réaffirmé avec force la position de Paris sur le Sahara marocain, qualifiant cette question d’«existentielle pour le Maroc, mais également stratégique pour la France et pour la région». Il a rappelé que, conformément à la position exprimée par Emmanuel Macron, «le présent et l’avenir de ce territoire s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine».

Jean-Noël Barrot a réitéré le soutien de la France au plan d’autonomie marocain, présenté comme «la seule base d’une solution politique juste, durable et négociée». Il a salué «la dynamique positive» actuellement engagée autour du dossier ainsi que la reprise des discussions entre les différentes parties prenantes. «Ce conflit a trop duré», a-t-il estimé, appelant à une issue politique rapide.

Le ministre français a également mis en avant l’engagement accru de Paris dans le développement des provinces du Sud. «Nous nous associons aux efforts importants menés par le Maroc dans ces régions au bénéfice des populations locales», a-t-il déclaré, évoquant notamment le renforcement de la présence consulaire française ainsi que l’ouverture d’un centre de dépôt des demandes de visa et d’une Alliance française à Laâyoune.

Sur le plan économique et culturel, Jean-Noël Barrot a rappelé l’inauguration récente d’un nouvel établissement scolaire français au Maroc, tout en soulignant l’implication croissante des entreprises françaises et de l’Agence française de développement dans plusieurs projets structurants.

L’un des principaux marqueurs de cette nouvelle séquence diplomatique pourrait toutefois être la conclusion d’un traité bilatéral entre le Maroc et la France. Jean-Noël Barrot a confirmé que les deux pays travaillaient sur cette perspective, qualifiée d’«historique». Pour la France, il s’agirait du premier traité de ce type conclu avec un État non européen.

Nasser Bourita a abondé dans le même sens, estimant que ce futur traité conférerait «un caractère unique et inédit» à la relation maroco-française. Le ministre marocain a rappelé que depuis la visite d’Emmanuel Macron au Maroc, près de quarante rencontres ministérielles avaient eu lieu entre responsables marocains et français, témoignant de «la profondeur et de la solidité» du partenariat bilatéral.

Ces rencontres ont «grandement contribué à renforcer les partenariats dans tous les domaines économique, sécuritaire, consulaire, ainsi que dans le domaine des échanges humains». Selon Bourita, il y a d’importantes échéances au niveau bilatéral avec la tenue de la haute commission mixte qui se tiendra au mois de juillet, et «il y a également la visite d’État du roi Mohammed VI en France».

Cette visite se distinguera particulièrement, selon lui, par «un événement sans précédent, qui est le Traité marocco-français». Ce sera «un événement politique, juridique et historique inédit entre les deux pays, car il s’agira du premier traité conclu» par la France avec un pays non européen, comme il sera le premier traité du Maroc avec un pays européen. Et tout cela confère, a-t-il dit, «un caractère unique et particulier à la relation marocco-française».

Il a ajouté que la visite a permis d’échanger autour de plusieurs questions régionales et internationales, et de «saluer à nouveau la position française claire sur la question du Sahara marocain» qui a été suivie d’actions importantes dans le cadre d’un objectif commun entre les deux chefs d’État.

Toujours sur le Sahara marocain, Nasser Bourita a estimé que «la dynamique actuelle ne vise pas à ce qu’il y ait un vainqueur et un vaincu, mais cherche plutôt à trouver une solution à ce problème qui dure depuis plus d’un demi-siècle, et qui a des répercussions humanitaires, économiques, ainsi que sur la stabilité de la région».

Selon lui, la future visite d’État du roi Mohammed VI en France constituera un moment politique majeur, marqué notamment par la signature de ce traité maroco-français inédit. «Ce sera un événement politique, juridique et historique sans précédent», a affirmé Nasser Bourita.

Les discussions entre les deux ministres ont également porté sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux, notamment la situation au Moyen-Orient, dans le Sahel et en Afrique. Rabat et Paris affichent, selon Nasser Bourita, des positions «complémentaires, convergentes et parfois très proches» sur plusieurs enjeux géopolitiques.

Le ministre marocain a souligné la volonté commune des deux pays de contribuer à la stabilité et au développement du continent africain. «La France a besoin de l’Afrique, et l’Afrique a besoin de la France», a-t-il conclu.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 20/05/2026 à 16h28