Moutons de l’Aïd: pourquoi le plafonnement des prix a été écarté

Le sacrifice devient de plus en plus difficilement accessible, surtout chez les ménages à revenus modestes.

À la veille de l’Aïd, le débat sur les prix des moutons s’intensifie, alors que les mesures temporaires décrétées par le gouvernement pour encadrer le marché n’ont pas atteint les résultats escomptés. Pourquoi la piste du plafonnement n’a-t-elle pas été explorée dans l’avis rendu par le Conseil de la concurrence?

Le 26/05/2026 à 11h37

Contrairement aux informations relayées ces derniers jours par certains médias, le gouvernement Akhannouch n’a jamais été autorisé par le Conseil de la concurrence à plafonner les prix des moutons destinés à l’Aïd al-Adha. Le feu vert accordé par l’Autorité de la concurrence porte exclusivement sur un ensemble de mesures temporaires visant à encadrer le fonctionnement des marchés, sans intervenir directement sur les prix.

Ces mesures, au nombre de cinq, ont pour objectif affiché de garantir la transparence des transactions, de préserver une concurrence saine et de limiter les pratiques anticoncurrentielles. Elles imposent notamment que les ventes de moutons s’effectuent uniquement dans des marchés dédiés, à l’exception de certains circuits autorisés comme la vente directe en exploitation agricole.

Par ailleurs, les vendeurs sont tenus de déclarer auprès des autorités locales leur identité, le nombre de bêtes mises en vente ainsi que leur origine avant d’accéder aux marchés. Le dispositif interdit également toute revente à l’intérieur des souks, les pratiques de surenchère destinées à faire grimper artificiellement les prix, ainsi que le stockage des animaux en dehors des circuits officiels dans le but de créer une pénurie.

Sur le terrain, toutefois, les premiers retours sont loin d’être convaincants. À la veille de l’Aïd, en ce mardi 26 mai, les prix restent élevés et les mesures adoptées ne semblent pas produire l’effet escompté. Dans de nombreux marchés, la grogne monte parmi les citoyens, pour qui le sacrifice devient de plus en plus difficilement accessible. Le malaise est particulièrement perceptible chez les ménages à revenus modestes.

Cette situation a ravivé le débat sur les réseaux sociaux. Dans un message posté sur sa page Facebook, l’ancien ministre de la Justice, Mustapha Ramid, aujourd’hui en retrait du Parti de la Justice et du Développement, est allé jusqu’à réclamer la démission du ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, pointant du doigt la cherté persistante des moutons.

Face à cette pression, une question revient avec insistance. Pourquoi le Conseil de la concurrence n’a-t-il pas recommandé, ou du moins envisagé, un plafonnement des prix, alors que cette option est prévue par l’article 4 de la loi 104-12 relative aux prix et à la concurrence, soit le même dispositif juridique qui a servi de fondement à l’adoption des mesures temporaires décrétées par le gouvernement?

«Le Conseil a répondu aux demandes du gouvernement, qui n’incluaient pas le plafonnement», précise-t-on du côté du Conseil de la concurrence. La même source souligne par ailleurs que ce type de mesure est particulièrement complexe à mettre en œuvre et à surveiller, en raison des contraintes opérationnelles qu’il implique et des risques de perturbation qu’il peut engendrer sur le fonctionnement du marché.

Dans les faits, un plafonnement pourrait être envisageable dans les circuits organisés, comme les grandes surfaces où les prix sont fixés au kilogramme. Mais son application dans les marchés traditionnels, où le prix du mouton se négocie souvent “à l’œil”, sans pesée précise, apparaît difficilement réalisable.

La dernière fois que le Conseil de la concurrence avait été sollicité pour un avis sur le recours au plafonnement des prix remonte à 2019. À l’époque, le gouvernement El Othmani avait saisi l’institution au sujet d’un éventuel encadrement des prix des carburants. Présidé alors par Driss Guerraoui, le Conseil avait conclu que les conditions requises pour activer une telle mesure n’étaient pas réunies.

Le Conseil avait alors tranché sans ambiguïté: le plafonnement des prix n’est ni judicieux sur le plan économique ni efficace pour protéger le consommateur. Une position fondée sur plusieurs arguments, notamment le risque de distorsions du marché et l’absence de garantie quant à la préservation du pouvoir d’achat.

Par Wadie El Mouden
Le 26/05/2026 à 11h37