C’est à la Turquie, et non à l’Algérie que la France devrait offrir le canon Baba Merzoug

Bernard Lugan.

ChroniqueJamais avare de mesures destinées à plaire au régime d’Alger, la gauche française vient de lancer une campagne dont le but est de «restituer» ce canon à l’Algérie. Ce pays n’existant pas en 1683, si ce canon devait être «restitué», ce ne serait donc pas à une Algérie non encore créée, qu’il devrait l’être, mais à la Turquie dont l’actuelle Algérie était une colonie. Et parce ce que ce canon fut fondu à Constantinople pour servir lors des campagnes du sultan Sélim 1er qui régna de 1512 à 1520.

Le 28/04/2026 à 11h01

Les dévastations provoquées par la piraterie algéroise menaçant la survie même du commerce méditerranéen, de nombreuses expéditions européennes furent lancées contre la base des pirates, Alger, alors colonie turque.

En 1683 se fit ainsi l’expédition française de l’amiral Duquesne qui mit le blocus devant la ville. En réaction, et afin de faire lever ce blocus, au mépris de tous les usages diplomatiques, les Turcs d’Alger s’en prirent au consul de France qui était un religieux, le père Jean Le Vacher. Et ils l’attachèrent à Baba Merzoug («Le Père chanceux»), un énorme canon de bronze de près de 7 mètres de long, pesant 12 tonnes, et qui projetait des boulets de 80 kilogrammes à plusieurs kilomètres.

C’est ainsi que, le 28 juillet 1683, avec seize autres Français, le Révérend Père Le Vacher fut massacré d’une manière atroce. Ligoté à la bouche du canon, il fut déchiqueté par le tir de ce dernier.

En 1830, après la prise d’Alger par le corps expéditionnaire français, ce canon, surnommé la «Consulaire» par les Français, en mémoire du père Le Vacher, fut, telle une relique, envoyé à Brest où, érigé en colonne monumentale et surmonté d’un coq en bronze, il se trouve actuellement.

Or, jamais avare de mesures destinées à plaire au régime d’Alger, la gauche française vient de lancer une campagne dont le but est de «restituer» ce canon à l’Algérie.

«Afin de plaire à l’Algérie et à une partie de l’électorat issu de la diaspora, la gauche française et Madame Sabrina Sebaihi, ne se rendent pas compte qu’elles viennent de démontrer ce que le régime d’Alger s’efforce de nier… À savoir qu’avant la colonisation française, et la précédant, l’actuelle Algérie fut une colonie turque. »

—  Bernard Lugan

En pointe, dans cette opération, nous trouvons la députée écologiste Sabrina Sebaihi. Sabrina Sebaihi qui est d’origine algérienne par ses deux parents a le cœur qui balance entre la France et l’Algérie, mais avec semble-t-il, un penchant pour sa patrie d’origine familiale puisqu’elle est toujours partie prenante dans les questions des relations franco-algériennes. Très estimée à Alger, elle y a fait l’objet d’un article remarqué publié par TSA dans lequel, elle est montrée en exemple de ces responsables politiques français issus de l’émigration algérienne et qui n’ont pas oublié leurs attaches originelles. Députée de la 4ème circonscription des Hauts-de-Seine, son nom se retrouve dans la plupart des opérations de «lobbying» en faveur d’Alger. Aujourd’hui, en gage de «normalisation mémorielle», et dans la ligne inspirée par Benjamin Stora, Sabrina Sebaihi demande donc que la France «restitue» à l’Algérie le canon qui servit aux Turcs à martyriser le révérend père Le Vacher.

Une exigence singulière sur trois grands points:

1-Faire une telle demande alors que le pape Léon XIV était en Algérie relève de la provocation. En plus d’être consul de France, ce martyr de l’Église catholique était en effet le Vicaire apostolique désigné par le pape lui-même, à savoir Innocent XI dont le pontificat s’étend de 1676 à 1689. Donc par un prédécesseur de Léon XIV…

2- La date du supplice du père Le Vacher n’est pas un hasard, car elle s’inscrit dans le cœur même de l’histoire de l’empire ottoman dont Alger était un élément avancé face à la fois au Maroc et à l’Europe. 1683 est en effet l’année de l’extrême poussée turque en Europe avec l’échec du siège de Vienne, et en même temps, celle de la période de plus grande opposition entre le Maroc et l’empire ottoman. Ce dernier, qui cherchait à contourner les défenses européennes par le Sud, tentait alors de traverser le Maroc pour attaquer l’Espagne, mais il se heurta à une puissante résistance nationale, ce qui fit de l’Oranie et de la région de Tlemcen une zone de conflits récurrents.

3- L’Algérie n’existant pas en 1683, si ce canon devait être «restitué», ce ne serait donc pas à une Algérie non encore créée, qu’il devrait l’être, mais à la Turquie dont l’actuelle Algérie était une colonie. Et parce que ce canon fut fondu à Constantinople pour servir lors des campagnes du sultan Sélim 1er qui régna de 1512 à 1520…

Afin de plaire à l’Algérie et à une partie de l’électorat issu de la diaspora, la gauche française et Madame Sabrina Sebaihi, ne se rendent pas compte qu’elles viennent de démontrer ce que le régime d’Alger s’efforce de nier… À savoir qu’avant la colonisation française, et la précédant, l’actuelle Algérie fut une colonie turque.

Par Bernard Lugan
Le 28/04/2026 à 11h01