Avec une production annuelle frôlant les 35 millions de véhicules, la Chine domine désormais l’industrie automobile mondiale, devant le Japon, l’Allemagne, la Corée du Sud et les États-Unis. Pour consolider cette hégémonie, Pékin mise massivement sur les véhicules électriques et hybrides tout en externalisant ses sites de production. «Cette stratégie d’expansion internationale vise à rapprocher les usines des marchés de consommation, à optimiser les délais de livraison et à tirer parti des accords de libre-échange ainsi que d’une main-d’œuvre compétitive», écrit le magazine Finances News Hebdo.
Dans cette reconfiguration logistique, le Maroc s’impose comme une destination privilégiée pour les capitaux chinois. Depuis 2020, les investissements en provenance de l’Empire du Milieu y ont atteint 6 milliards de dollars, ce qui représente la moitié de la totalité des investissements automobiles chinois dans la région MENA. Selon Youssef Alami, professeur en économie industrielle à l’Université Hassan II de Casablanca, cité par Finances News, «le Royaume offre un ensemble d’avantages compétitifs décisifs, notamment une proximité géographique permettant de livrer l’Europe en moins de 48 heures par voie terrestre, contre deux semaines par voie maritime depuis la Chine». Le pays dispose également d’un réseau dense de sous-traitants et d’accords commerciaux offrant d’importantes exonérations douanières.
Cette attractivité est renforcée par le durcissement de la politique commerciale de l’Union européenne. «Face à la hausse des taxes douanières de Bruxelles, qui peuvent désormais atteindre 45% sur les véhicules chinois, le Maroc fait figure de base arrière stratégique pour contourner ces barrières et maintenir des prix compétitifs sur le marché continental», souligne Finances News.
L’ancrage des industriels chinois se matérialise déjà par des projets d’envergure. À Kénitra, le groupe Gotion High-Tech investit 1,3 milliard de dollars dans une usine de batteries pour véhicules électriques, un projet structurant qui devrait générer 17.000 emplois, stimuler le taux d’intégration locale et favoriser les transferts de technologies.
Au-delà de l’aspect purement économique, cette percée asiatique redéfinit les équilibres géopolitiques de la région. Youssef Alami souligne que «l’arrivée de ces nouveaux acteurs permet de diversifier un écosystème historiquement dominé par les constructeurs européens, et particulièrement français». Pour le Maroc, cette diversification réduit la dépendance économique vis-à-vis de l’Europe et prémunit le secteur contre d’éventuelles frictions politiques, comme les débats réguliers sur les délocalisations industrielles en période électorale européenne. Grâce à ce pivot vers l’Asie, le Royaume consolide son statut de hub incontournable au sein de la chaîne de valeur automobile mondiale.




