C’est une phase de tensions sans précédent que traverse l’activité de la distribution de médicaments au Maroc, marquée par une escalade des mouvements de contestation menés par les salariés des entreprises de distribution. Cette crise intervient dans le contexte d’«un climat d’effervescence généralisée dans le système de l’industrie pharmaceutique, provoqué par des débats houleux autour du projet de modification de l’article 26 du Code du médicament et de la pharmacie», indique Al Akhbar de ce lundi 15 juin. Les organisations professionnelles et syndicales expriment leurs «vives inquiétudes à propos des répercussions potentielles de ces développements», et redoutent «des perturbations majeures dans l’approvisionnement des officines, ce qui pourrait impacter de manière directe la vie des citoyens et la santé des patients», relaie le quotidien.
Ce climat de tensions va de paire avec «un débat législatif rigide concernant un projet d’amendement de l’article 26 de la loi numéro 17.04 portant Code du médicament et de la pharmacie, (...) une proposition de modification [qui] vise à restreindre la distribution en gros des médicaments pour la confier de manière exclusive aux sociétés de distribution agréées», rappelle Al Akhbar, soulignant que la proposition d’amendement a engendré «une opposition farouche de la part de plusieurs instances professionnelles représentant les pharmaciens d’officine, qui estiment que l’équilibre économique du secteur se retrouverait menacé», ce qui, de leur avis, «ouvre la voie à une concentration accrue du marché entre les mains d’un nombre restreint d’acteurs économiques puissants».
La Confédération des syndicats de pharmaciens du Maroc exprime d’ailleurs «son rejet catégorique de cette proposition», mettant en garde contre ses «conséquences désastreuses sur l’avenir de milliers de pharmacies réparties dans les différentes régions du Royaume», écrit Al Akhbar. Selon les instances professionnelles, «le fait de confiner la distribution dans des canaux exclusifs et restreints pourrait entraîner une réduction drastique des marges de concurrence», ce qui risque de «considérablement affaiblir les capacités des officines à s’approvisionner dans des conditions optimales, en particulier les petites et moyennes structures, qui souffrent déjà de pressions financières de plus en plus lourdes», relaie le quotidien.
Ces craintes, qui s’appuient sur «des données antérieures issues de rapports et d’études ayant examiné la situation socio-économique de cette activité», sont étayées par le fait que «bon nombre de pharmacies font face à des difficultés financières grandissantes, exacerbées par la hausse continue des coûts de gestion, la baisse continue des marges bénéficiaires et l’intensification de la concurrence», rappelle Al Akhbar. Les professionnels de la distribution de médicaments affirment que «toute modification du système de distribution se doit d’intégrer la fragilité de ce tissu pharmaceutique national», et avertissent sur le fait que «de telles réformes devraient être menées dans le cadre d’un dialogue élargi garantissant la protection des différents intervenants» de cette filière. Parallèlement à cette controverse, signale le quotidien, «certaines entreprises de distribution de médicaments connaissent une intensification des conflits sociaux entre les directions et les salariés».
Des organisations syndicales annoncent ainsi la tenue de sit-in et de grèves dans plusieurs villes du pays, et veulent obtenir «une amélioration de leurs conditions de travail, le respect des droits professionnels et sociaux des employés, la revalorisation de leurs salaires, le respect des dispositions du Code du travail, ainsi que le renforcement des conditions de sécurité professionnelle au sein des entreprises de distribution», indique Al Akhbar. Les acteurs de cette activité signalent par ailleurs que «la persistance de ce conflit social pourrait se répercuter directement et négativement sur les chaînes de distribution et d’approvisionnement», relaie le quotidien, surtout «si les mouvements de protestation évoluent vers des grèves de grande envergure ou des arrêts de travail prolongés». Les sociétés de distribution de médicaments sont en effet «un maillon indispensable dans l’acheminement des médicaments depuis les usines de fabrication et les laboratoires jusqu’aux pharmacies», rappellent les professionnels de cette activité, qui précisent aussi que toute perturbation affectant «ce maillon stratégique sera susceptible d’affecter la régularité de l’approvisionnement du marché pour de nombreux médicaments et produits de santé essentiels».




