Travaillant à un prochain livre, je visite actuellement les sites algériens, ce qui me permet de redécouvrir les «perles» de la fausse histoire de ce pays. Ainsi, un article de TSA en date du 21 décembre 2024. Signé par Aïcha Merabet, il a pour titre: «Ce n’est point la France qui a créé l’Algérie et qui lui aurait donné son nom, comme le propage une propagande active». Un article qui contient le parfait résumé du prêt-à-penser national algérien sur quatre points essentiels:
1- Le nom Algérie
À l’époque coloniale ottomane, le nom donné à la Régence turque d’Alger était Cezayir-i Garp, terme signifiant «Iles de l’Ouest». Ce fut le 14 octobre 1839 que le nom d’Algérie fut officiellement donné à la conquête française par le général Antoine Virgile Schneider (1779-1847), alors ministre de la Guerre dans le deuxième gouvernement Soult (1839-1840), par une instruction au maréchal de Valée gouverneur général de l’Algérie.
2- La guerre des Sables
Aïcha Merabet écrit: «À peine quelques mois après l’acquisition de son indépendance, elle fut (l’Algérie) victime d’une tentative militaire d’amputation d’une partie de son territoire par le Maroc.»
Or, le 8 octobre 1963, dans la région de Figuig, ce ne fut pas le Maroc, mais l’armée algérienne qui lança une attaque surprise contre les petites garnisons marocaines d’Hassi-Beida, de Tinjoub et de Tinfouchy, avant de tenter de s’emparer de Figuig. Le 14 octobre, les FAR reprirent Hassi-Beida et Tinjoub, puis elles avancèrent vers la piste Béchar-Tindouf cependant que les Algériens s’emparaient d’Ich. Le 25 octobre, les FAR remportèrent deux importantes victoires, l’une à Hassi Beida et l’autre à Tinjoub. Le 28, elles furent à portée de Tindouf. Le Maroc qui avait alors l’avantage militaire se trouva diplomatiquement isolé alors que l’Algérie bénéficiait au contraire du soutien du bloc de l’Est, de la Ligue arabe et de l’OUA (Organisation de l’unité africaine).
3- La prétendue ancienneté politique de l’Algérie
Aïcha Merabet poursuit: «Les écrits des historiens de toutes époques et les lettres diplomatiques dûment authentifiées prouvent s’il en est, non seulement l’existence mais aussi la souveraineté de ce qui était parfois qualifié, en son temps, de République d’Alger.»
Or, en guise de «République d’Alger», c’est en réalité de Régence turque d’Alger qu’il convient de parler… L’actuelle Algérie qui n’a jamais existé comme État avant 1962, a en effet connu plus de quatre siècles de colonisation, turque dans un premier temps, puis française dans un second. Là est le non-dit d’ordre psychanalytique sur lequel repose la fausse histoire de l’Algérie et qui conduit ceux qui l’écrivent à proférer des inepties. Ainsi, toujours sous la plume d’Aïcha Merabet, cette énormité historique: «Quant aux frontières entre le Maghreb central et le Maghreb occidental (…) Au regard de l’histoire, s’il devait y avoir correction des frontières ce serait au profit de l’Algérie!».
4- La question du Maroc oriental
Aïcha Merabet ajoute: «Quant au Sud (…) les tribus éparses qui y vivaient avaient toujours fait allégeance à Alger».
Comment est-il raisonnablement possible de nier à ce point le réel? En effet, ce fut en 1884 et en 1886 que la France revendiqua le Touat et le Tidikelt, alors que, de tout temps, ses populations faisaient allégeance au sultan marocain et qu’à Figuig, résidait un caïd chargé de le représenter dans les oasis du Touat (voir à ce sujet l’excellente chronique de Karim Serraj dans Le360 du 14 juin 2026 Sahara oriental: l’affaire des «incursions venues du Maroc» documentée durant la conquête française).
«Au mois de juillet 1962, au moment de l’indépendance de l’Algérie, la France laissa l’ALN (Armée de libération nationale) algérienne s’installer à Tindouf, plutôt que l’armée marocaine, et c’est ainsi que Tindouf, ville marocaine est devenue algérienne.»
— Bernard Lugan
Le 5 août 1890, aux termes d’une convention secrète, la France et la Grande-Bretagne se mirent d’accord pour délimiter leurs sphères d’influence en Afrique. En échange de la reconnaissance du protectorat britannique sur les îles de Zanzibar et de Pemba, dans l’océan Indien, Paris se vit reconnaître la possibilité d’occuper le Sahara centre occidental pour posséder un passage vers le Sud, vers le Niger et le lac Tchad, afin d’établir une continuité territoriale entre l’Algérie française et la région sahélienne.
L’occupation des oasis du Touat fut décidée fin décembre 1899 et elle se traduisit par la prise d’In Salah le 29 décembre suivie de l’occupation des oasis du Tidikelt, du Gourara et du Touat. Un compromis fut ensuite conclu avec le Maroc et ce furent les accords des Confins du mois de mai 1902 qui prévoyaient une sorte de co-souveraineté franco-marocaine sur une région qui était historiquement marocaine…
Puis, au mois d’octobre 1903, Béchar, toujours en territoire marocain, fut occupé. Cette position stratégique permettait de contrôler le Haut Guir, les oasis du Touat et les pistes du Soudan. Ce sera plus tard Colomb-Béchar, et aujourd’hui de nouveau Béchar, région marocaine rattachée à l’Algérie par la colonisation française.
La France rattacha ultérieurement Tindouf à l’Algérie alors que l’administration marocaine s’était pourtant toujours exercée sur la vallée du Draâ et sur Tindouf qui dépendait du khalifa du Tafilalet, ses caïds étant nommés par dahir du sultan du Maroc.
Les archives marocaines conservent ainsi de nombreux documents administratifs confirmant cette réalité historique. En 1956, à la fin du Protectorat, Tindouf était administrativement rattachée à la région marocaine d’Agadir, comme d’ailleurs Fort-Trinquet (l’actuelle Bir Oum-Grayn) en Mauritanie.
Et pourtant, au mois de juillet 1962, au moment de l’indépendance de l’Algérie, la France laissa l’ALN (Armée de libération nationale) algérienne s’installer à Tindouf, plutôt que l’armée marocaine, et c’est ainsi que Tindouf, ville marocaine est devenue algérienne.
La France fixa donc les frontières sahariennes au profit de l’Algérie qui reçut ainsi en héritage la plus grande partie du Sahara sur lequel elle n’avait, par définition, jamais exercé la moindre souveraineté. Puis, une fois indépendante, l’Algérie se posa en héritière territoriale de la France, refusant de reconnaître que le Maroc, État existant depuis le huitième siècle, avait été territorialement amputé par l’ex-puissance coloniale au profit d’un État algérien venu au monde le 1er juillet 1962, c’est-à-dire douze cents ans après sa propre naissance...
C’est en proférant ces mensonges historiques qu’Aïcha Merabet peut donc conclure que: «L’Algérie saura vivre et restera, sans aucun doute, algérienne comme elle l’a toujours été!».




