Les avoirs officiels de réserve du Maroc devraient poursuivre leur progression, malgré le creusement attendu du déficit commercial. Selon les récentes projections de Bank Al-Maghrib (BAM), ils atteindraient 502,8 milliards de dirhams (MMDH) à fin 2026, soit l’équivalent de plus de 55,65 milliards de dollars, avant de grimper à 515,3 MMDH (plus de 57 milliards de dollars) au terme de 2027, correspondant à cinq mois et demi d’importations de biens et services. À fin juillet 2026, les avoirs officiels de réserve avaient atteint 497,98 MMDH, en hausse de 22,7% sur un an, selon BAM.
Cette hausse intervient alors que les échanges extérieurs restent soumis à plusieurs pressions, se traduisant par une dégradation du compte courant en 2026. Son déficit passerait de 2,4% du PIB en 2025 à 4,6% cette année, avant de revenir à 3% en 2027, selon les projections de la Banque centrale. Cette évolution traduit notamment le renchérissement des produits pétroliers et de certains intrants, mais aussi la poursuite d’un effort d’investissement qui soutient les importations de biens d’équipement.
Le déficit commercial amorti par les services
La facture énergétique devrait ainsi s’alourdir de 28,4% en 2026 pour atteindre 138,1 MMDH, avant de revenir à 116 MMDH en 2027, selon les mêmes prévisions. Les achats de produits bruts progresseraient, eux, de 53,4% cette année, puis de 8,3% en 2027.
Les données disponibles à fin juillet 2026 illustrent déjà cette pression. Le déficit commercial marocain s’est, en effet, creusé pour atteindre 244,69 MMDH, en hausse de 26,5% sur un an, sous l’effet d’une progression deux fois plus rapide des importations que des exportations. Le taux de couverture s’est ainsi établi à 55%, contre 58,8% à fin juillet 2025.

Les importations de biens ont dépassé 544 MMDH, en hausse de près de 16%. Les achats de produits finis d’équipement ont progressé de 20,8%, à 133,20 MMDH, tandis que la facture énergétique a augmenté de 29,1%, à 81,20 MMDH. Les produits bruts affichent, pour leur part, une hausse de 52,2%, à 36,94 MMDH.
Les importations de biens d’équipement devraient rester importantes sur l’ensemble de l’année. Bank Al-Maghrib prévoit une progression de 15,6% en 2026 puis de 8,8% en 2027, pour atteindre 250,7 MMDH.
Face à cette progression des importations, les exportations de marchandises augmentent également, mais à un rythme inférieur. Elles se sont établies à 299,35 MMDH à fin juillet 2026, en hausse de 8,4%.
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L’automobile reste le premier contributeur aux exportations, avec 107,15 MMDH, en hausse de 14,9%, portée par la construction et le câblage. Les exportations aéronautiques progressent également de 19,7%, à 20,57 MMDH.
Les phosphates et dérivés constituent en revanche un point de faiblesse sur les sept premiers mois de l’année. Leurs exportations ont reculé de 7,8%, à 50,95 MMDH, sous l’effet du repli des engrais naturels et chimiques.
Les chiffres de l’Office des changes montrent que les exportations de services jouent un rôle important dans l’équilibre des échanges extérieurs. Elles ont atteint 193,38 MMDH à fin juillet, en hausse de 13,1%, contre 97,90 MMDH pour les importations de services, en progression de 12,9%. L’excédent de la balance des services ressort ainsi à 95,48 MMDH, contre 84,34 MMDH un an auparavant.
Le tourisme et les MRE assurent
Les recettes voyages, principale composante de cet excédent, se sont établies à 79,01 MMDH, en hausse de 13,4%. Avec des dépenses voyages de 19,92 MMDH, le solde de la balance voyages atteint 59,09 MMDH, en progression de 15,7%.
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger constituent une autre source importante de devises. Ces fonds ont atteint 74,79 MMDH à fin juillet 2026, en hausse de 8,1%.
De même, les recettes des investissements directs étrangers (IDE) ont connu une hausse de 6,3%, s’établissant à 39,11 MMDH, tandis que les dépenses ont reculé de 47%, à 9,64 MMDH. Le flux net d’IDE ressort ainsi à 29,47 MMDH, contre 18,59 MMDH à fin juillet 2025.
L’évolution annuelle des transferts des MRE à fin juillet. (Source: Office des changes).

Les investissements directs marocains à l’étranger ont, eux aussi, progressé. Les recettes atteignent 10,16 MMDH, en hausse de 22,2%, tandis que les dépenses augmentent de 53,7%, à 17,03 MMDH. Le flux net ressort à 6,87 MMDH.
Sur l’ensemble de 2026, Bank Al-Maghrib prévoit par ailleurs des recettes d’investissements directs étrangers correspondant à un flux annuel équivalent à 3,5% du PIB. À ces entrées s’ajouteront les financements extérieurs prévus du Trésor.
Les projections de Bank Al-Maghrib reposent ainsi sur la combinaison de plusieurs sources de devises. Le creusement du déficit du compte courant, alimenté notamment par la facture énergétique et les importations liées à l’investissement, serait compensé par les recettes de services, les transferts des MRE, les investissements directs étrangers et les financements extérieurs.
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Les exportations devraient également apporter un soutien supplémentaire, sous l’effet notamment de la reprise du secteur automobile après sa quasi-stabilité en 2025, avec des exportations qui atteindraient 202,2 milliards de dirhams en 2027.
BAM table également sur la poursuite de la dynamique des recettes de voyages pour atteindre 160 MMDH en 2027, tandis que les transferts des MRE se consolideraient à 136,3 MMDH sur la même année.
La progression des réserves s’inscrit donc dans une configuration extérieure contrastée: le déficit commercial des marchandises se creuse, mais les excédents de services, les transferts des MRE, les flux nets d’IDE et les financements extérieurs contribuent à soutenir les entrées de devises.
Les projections de Bank Al-Maghrib indiquent ainsi que, malgré la dégradation temporaire du compte courant, les réserves devraient continuer à augmenter au cours des deux prochaines années.



