Des dirigeants du PJD marquent une rupture manifeste avec la ligne officielle en s’opposant ouvertement à la décision de leur secrétaire général, Abdelilah Benkirane, d’écarter toute participation à la prochaine coalition gouvernementale. Benkirane a choisi de fermer la porte à un retour au pouvoir aux côtés de formations telles que le PAM, arguant que cette option est définitivement tranchée, bien que le mot de la fin revienne au Conseil national du parti. Mais une fronde discrète, quoique déterminée, s’organise en interne, écrit le quotidien Assabah dans son édition du week-end du 26 et 27 septembre.
Abdellah Bouanou, membre du secrétariat général de la formation islamiste, mène, aux côtés d’autres figures influentes, une fronde silencieuse contre ce qu’ils qualifient de décision hâtive. Ces derniers plaident pour le maintien de l’option gouvernementale et reprochent à la direction du parti de verrouiller les issues avant même l’ouverture des consultations officielles pour la désignation du chef du gouvernement.
Cette position tranchée a provoqué une onde de choc au sein des instances dirigeantes, élargissant considérablement le cercle des cadres désireux de voir la Lampe s’engager dans l’exécutif à venir. Ce débat interne houleux devrait s’inviter avec force lors de la prochaine réunion du Conseil national, où l’opportunité d’une participation gouvernementale constituera le point central des tractations, lit-on dans Assabah.
L’empressement de Benkirane à fermer la porte à toute alliance soulève de nombreuses interrogations quant à la vision stratégique du parti pour la prochaine mandature, tout en posant la question de l’identité et de l’orientation du futur chef du gouvernement. Selon la Constitution marocaine, la nomination du chef de l’exécutif doit provenir du parti arrivé en tête des élections législatives, un scrutin qui a vu le PJD essuyer un recul historique, passant de cent treize sièges à seulement cinquante-quatre.
Cette configuration inédite place le parti à la croisée des chemins. Opter pour l’opposition dès le départ, comme le souhaite Benkirane, lui confère une posture de contestation frontale, mais le prive de tout levier d’action institutionnelle. À l’inverse, une frange du parti estime que l’équation de la majorité s’avère particulièrement complexe, et que nouer des alliances avec des formations comme le PAM nécessiterait des compromis politiques ardus, de telles alliances demeurant toutefois théoriquement envisageables, pourvu qu’elles soient justifiées auprès de l’opinion publique et de la base militante.
La nature de la phase politique actuelle pousse l’ensemble des acteurs à privilégier la négociation, ce qui met à rude épreuve la cohésion interne du PJD, d’autant que le parti doit composer avec le recul de son poids parlementaire et la nécessité de restructurer ses alliances. Face à ces défis, des voix s’élèvent déjà en interne pour suggérer des profils alternatifs dotés d’une solide expérience institutionnelle et d’un vaste réseau de relations politiques, citant notamment Fouzi Lekjaa, Fatima-Zahra Mansouri, Mohamed El Gherras et Mohamed Cheikh Biadillah. Ces figures, selon les tenants de cette ligne pragmatique, posséderaient la stature nécessaire pour gérer une phase politique délicate et redéfinir la place du PJD sur l’échiquier politique national.



