Au lendemain des résultats définitifs des élections législatives du mercredi 23 septembre 2026, les données publiques de Meta permettent de confronter cette annonce à un autre indicateur: les montants que les partis ont investis dans la publicité sur les plateformes du groupe pendant les semaines précédant le vote.
Les montants présentés ici proviennent donc de la Bibliothèque publicitaire de Meta (Ad Library) et couvrent les 90 jours précédant le 22 septembre. Ils incluent, pour certains partis, les dépenses engagées depuis des pages de personnalités qui leur sont rattachées. Tous les montants sont exprimés en dollars.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) arrive en tête avec 189.384 dollars répartis sur 936 publicités et trois pages. La page principale, la plus active, totalise 176.664 dollars pour 873 publicités. Les deux autres affichent respectivement 11.762 dollars (31 publicités) pour la page Programme RNI et 958 dollars (32 publicités) pour la page de Mohamed Chaouki, rattaché au parti.
Le Parti authenticité et modernité (PAM) suit avec 61.343 dollars, mais pour 1.769 publicités, soit le volume le plus élevé de tous les partis. La page du parti a engagé 32.087 dollars (886 publicités), celle de Fatima Ezzahra El Mansouri 20.506 dollars (663 publicités) et celle de Mehdi Bensaid 8.750 dollars (220 publicités).
L’écart entre les deux formations se lit aussi dans le montant moyen par publicité. Il est d’environ 202 dollars pour le RNI contre environ 35 dollars pour le PAM, soit un rapport de près de six à un.
Le Parti de l’Istiqlal (PI) occupe la troisième place avec 21.256 dollars pour 225 publicités. L’Union socialiste des forces populaires (USFP) totalise 11.892 dollars et 114 publicités, dont 1.081 dollars et 11 publicités pour la page de Driss Lachguar. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a dépensé 5.638 dollars pour 214 publicités.
Les autres montants sont nettement inférieurs. La Fédération de la gauche démocratique (FGD) a dépensé 926 dollars (99 publicités), le Parti socialiste unifié (PSU) 219 dollars (9 publicités), le Parti de la justice et du développement (PJD) 84 dollars (9 publicités) et le Mouvement populaire (MP) 51 dollars (4 publicités).
Au total, le RNI et le PAM représentent 250.727 dollars, soit environ 86% des dépenses relevées. Les sept autres partis se partagent 40.066 dollars.
Le ratio dépense par siège: un écart de 1 à plus de 1.800
Rapporter les dépenses publicitaires au nombre de sièges obtenus permet de comparer des formations de tailles différentes. Le calcul s’appuie sur le classement provisoire de la Chambre des représentants, qui compte 395 sièges.
| Parti | Dépenses (dollars) | Sièges | Dépense par siège (dollars) |
|---|---|---|---|
| RNI | 189.384 | 66 | 2.869 |
| PAM | 61.343 | 97 | 632 |
| USFP | 11.892 | 26 | 457 |
| PI | 21.256 | 65 | 327 |
| PPS | 5.638 | 19 | 297 |
| MP | 51 | 29 | 1,76 |
| PJD | 84 | 54 | 1,56 |
Le RNI affiche le ratio le plus élevé, avec 2.869 dollars par siège. C’est environ 4,5 fois celui du PAM. La comparaison avec l’Istiqlal est plus nette encore: les deux partis obtiennent un nombre de sièges quasi identique, 66 et 65, alors que le RNI a dépensé environ 8,9 fois plus.
À l’autre extrémité, le PJD obtient 54 sièges avec 84 dollars de publicité sur Meta, soit 1,56 dollar par siège. Le MP se situe à un niveau comparable, avec 1,76 dollar par siège. Ce ratio rapporte une dépense à un résultat. Il ne mesure pas l’effet des publicités sur le vote.
Lire aussi : EN DIRECT. Législatives 2026: les dernières informations
Lors du précédent cycle électoral, entre mars et août 2021, les partis marocains avaient consacré environ 177.000 dollars à la publicité électorale sur Facebook. Près de 90% de cette somme provenait d’une seule formation, le RNI.
Les dépenses relevées cette année atteignent 290.793 dollars sur 90 jours, contre six mois en 2021. Les deux périmètres ne sont toutefois pas strictement identiques. Le chiffre de 2021 porte sur la publicité électorale sur Facebook, tandis que le relevé de 2026 couvre l’ensemble des plateformes de Meta et intègre les pages de personnalités rattachées aux partis. La comparaison donne donc un ordre de grandeur, pas une mesure exacte de la progression.
La répartition, elle, a changé. La part du RNI passe de près de 90% à environ 65% du total. Le PAM en représente désormais environ 21%.
Pourquoi l’argent numérique ne suffit pas
Le classement des dépenses et celui des sièges ne coïncident pas. Le RNI, premier en dépenses, est deuxième en sièges. Le PAM, deuxième en dépenses, arrive premier. Le PJD, avant-dernier en dépenses parmi les neuf partis relevés, se classe quatrième en sièges. L’USFP et le PPS, quatrième et cinquième en dépenses, occupent les sixième et septième places du classement provisoire. Seul l’Istiqlal occupe le même rang, le troisième, dans les deux classements.
Dans un bureau de vote à Rabat.. AFP
Ce décalage s’inscrit dans un scrutin marqué par un taux de participation de 38%, le plus faible enregistré depuis 2007.
Les dépenses des partis ne sont pas les seules à avoir porté sur la mobilisation. La page Élections Maroc, qui compte 934.000 abonnés, a diffusé 33 publicités incitant les Marocains à voter, pour un montant de 28.641 dollars. Ce montant est supérieur à celui engagé par l’Istiqlal. Toutes ces publicités ont été supprimées par Meta, faute de la mention obligatoire pour les contenus à caractère politique. Les données disponibles ne permettent pas de mesurer l’effet de cette campagne, pas plus que celui des campagnes menées par les partis, sur la participation.
Lire aussi : Résultats, participation, organisation: les Législatives 2026 en chiffres
Les chiffres de la Bibliothèque publicitaire couvrent par ailleurs uniquement les publicités payantes diffusées sur les plateformes de Meta. Ils n’incluent ni les publications non sponsorisées, ni les autres réseaux sociaux, ni la campagne de terrain.
Élus et partis disposent de 90 jours après le scrutin pour déposer auprès de la Cour des comptes l’état détaillé de leurs dépenses de campagne.
Jusqu’à la réforme de fin 2025, le droit électoral marocain n’encadrait pas la campagne numérique. Ces premiers comptes établis sous le nouveau cadre permettront une vérification qui n’était pas possible jusqu’ici: confronter les montants déclarés par chaque parti aux dépenses observables, publicité par publicité, dans la Bibliothèque publicitaire de Meta.













