Les résultats provisoires dessinent une nouvelle hiérarchie politique, sans bouleverser l’équilibre général. Le PAM arrive en tête avec 97 sièges, devant le RNI, crédité de 66 élus. Après le dépouillement de Skhirat-Témara, l’Istiqlal annonce lui aussi 66 sièges, mais ce chiffre attend encore la consolidation officielle nationale. Le PJD revient à 54 députés.
Le PAM remporte une victoire nette, mais limitée: ses 97 sièges représentent 24,6% de la Chambre et restent loin des 198 nécessaires pour gouverner seul. Il progresse de dix sièges par rapport à 2021. Sa campagne a pu bénéficier d’un positionnement à la fois proche de la majorité sortante et porteur de renouvellement, avec la visibilité de Fatima-Zahra Mansouri et de Fouzi Lekjaa et des promesses axées sur l’emploi, les revenus et le logement. Mais le recul du RNI a aussi contribué à sa première place. Ces résultats indiquent une progression réelle, pas un plébiscite.
Le changement le plus marquant est la sanction des partis au pouvoir, bien qu’elle soit inégale. En 2021, le PAM, le RNI et l’Istiqlal détenaient ensemble 270 sièges; avec les nouveaux chiffres, ils en totaliseraient 229. Le RNI, qui dirigeait le gouvernement, passe de 102 à 66 sièges. Son recul peut s’expliquer par le coût politique du bilan gouvernemental, dans un contexte où le pouvoir d’achat, l’emploi et les services publics figuraient parmi les principales préoccupations. Le décalage perçu entre les grands projets d’investissement et les difficultés quotidiennes a pu fragiliser son discours économique, tandis que la personnalisation du pouvoir autour d’Aziz Akhannouch a concentré sur le parti une part importante des critiques. Ce sont des explications plausibles, que les seuls résultats ne permettent pas de départager.
Le RNI devra maintenant choisir entre participer à une nouvelle majorité et passer dans l’opposition. Celle-ci pourrait lui donner du temps pour revoir son discours et se rapprocher des attentes des citoyens. Mais elle ne serait une véritable bouffée d’oxygène que si le parti s’en servait pour renouveler son offre et reconstruire la confiance. Une participation au gouvernement lui conserverait une influence directe, tout en l’associant à la continuité du bilan sortant.
«Le Conseil national des droits de l’homme a par ailleurs relevé 44 cas d’utilisation de symboles religieux dans la campagne, six activités électorales dans des lieux de culte et plus de 2.030 contenus numériques mobilisant la religion. »
— Lahcen Haddaf
L’Istiqlal passe de 81 à 66 sièges, soit quinze de moins, mais conserve une place centrale dans l’arithmétique parlementaire. Comme membre de la majorité sortante, il a pu être exposé au mécontentement visant le gouvernement. Son recul reste cependant moins prononcé que celui du RNI; il conserve autant de sièges que lui et demeure bien au-dessus de son résultat de 2016, lorsqu’il en avait obtenu 46. Il s’agit d’un recul par rapport à 2021, même si le parti conserve une représentation parlementaire importante et peut jouer un rôle dans la formation de la prochaine majorité.
Le retour du PJD est tout aussi notable: le parti passe de 13 à 54 sièges, sans retrouver les 125 élus de 2016. Le vote de sanction, la fidélité de son noyau militant, le retour d’Abdelilah Benkirane et sa capacité à incarner une opposition visible ont pu contribuer à ce résultat. Le Conseil national des droits de l’homme a par ailleurs relevé 44 cas d’utilisation de symboles religieux dans la campagne, six activités électorales dans des lieux de culte et plus de 2.030 contenus numériques mobilisant la religion. Ces chiffres documentent un phénomène de campagne; ils n’établissent ni qui a produit chaque contenu ni que cet usage a causé le retour du PJD.
Les évolutions des autres formations sont plus limitées. L’USFP perd huit sièges, passant de 34 à 26, et le PPS en perd trois, de 22 à 19. Le Mouvement populaire gagne un siège et en obtient 29. L’Union constitutionnelle en perd un, tandis que le MDS progresse de cinq à huit sièges. Ces mouvements ne modifient pas les principaux rapports de force, mais confirment la diversité de la représentation parlementaire.
La participation reste le signal le plus préoccupant. Elle s’est établie à 38,02% à la clôture du vote; le ministre de l’Intérieur a ensuite cité 38,08% lors de la présentation des résultats provisoires. Environ six millions de personnes ont voté, sur 15,8 millions d’inscrits. Rapporté à une population estimée de 26,7 millions d’adultes en âge de voter, ce nombre représente environ 22,5%, une estimation distincte du taux officiel, calculé parmi les inscrits. La comparaison avec 2021 doit être nuancée, car les élections législatives, communales et régionales s’étaient tenues le même jour.
La prochaine majorité devrait réunir plusieurs partis. Le trio PAM–RNI–Istiqlal disposerait de 229 sièges; une alliance PAM–Istiqlal–PJD en compterait 217. L’article 47 de la Constitution prévoit la nomination du chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête. Le choix des partenaires déterminera donc la forme de la majorité, tandis que l’Istiqlal, avec le total qu’il revendique, pourrait peser dans les négociations.
Au total, le scrutin produit une recomposition sans rupture: le PAM arrive en tête, le RNI recule fortement, l’Istiqlal conserve un poids décisif et le PJD revient dans le jeu parlementaire. Le prochain gouvernement devra transformer cette nouvelle configuration en réponses visibles sur le pouvoir d’achat, l’emploi, l’école, l’hôpital et les inégalités territoriales. La faible participation rappelle que la question ne sera pas seulement de gouverner, mais aussi de convaincre davantage de citoyens que leur vote peut compter.




