Du jour de vote au jour de fête?

Fouad Laroui.

ChroniqueIl y aurait peut-être deux façons, aux antipodes l’une de l’autre, de rendre au vote son attrait.

Le 23/09/2026 à 12h00

Aujourd’hui mercredi on vote un peu partout– c’est le cas de le dire– dans notre beau pays. Ce devrait être un jour de fête, comme c’est le cas dans plusieurs pays. Ça ne l’est pas.

En Australie, chaque élection s’accompagne de fêtes de quartier avec des democracy sausages («saucisses de la démocratie»). Des barbecues sont installés devant les bureaux de vote. Les électeurs peuvent déguster des saucisses grillées et la bière coule à flot– les profits vont à des œuvres caritatives. On fait bombance. Tout va bien.

Sur l’île de Porto Rico, autre exemple, c’est la joie. Les élections ont lieu dans une ambiance de carnaval. De joyeux cortèges parcourent les rues des villes, les voitures klaxonnent à qui mieux mieux, on pavoise avec des drapeaux et des décorations de toutes les couleurs, la musique résonne à tous les coins de rue. Conséquence: le taux de participation aux élections dépasse régulièrement les 80%…

Dans d’autres pays, les jours de vote sont fériés et les transports publics sont gratuits pour permettre aux citoyens de se déplacer. Les familles en profitent pour d’abord voter ensemble puis passer ensuite le reste de la journée à la plage ou dans les parcs– ou même dans des centres commerciaux qui organisent des événements spéciaux pour l’occasion. On se repose ou on s’amuse.

Pas de ça chez nous, malheureusement. Ici, l’atmosphère est plutôt morose. La désaffection des jeunes est particulièrement inquiétante. Pourquoi? Sur ce point, tout a déjà été dit et je ne prétends pas apporter quelque chose de nouveau. La crise de confiance envers la classe politique est patente.

C’est triste. Dans la plupart des pays, le suffrage universel a été obtenu grâce à d’immenses sacrifices. En France, il a fallu pas moins de trois révolutions (1789, 1830, 1848) pour l’installer durablement. En Afrique du Sud, la majorité noire ne l’a obtenu qu’après une lutte sanglante qui a duré plusieurs décennies. Quant aux fameuses «suffragettes» en Angleterre, certaines ont donné leur vie pour que les femmes aient aussi le droit de vote. Pour n’en citer qu’une, Emily Wilding Davison est morte le 4 juin 1913 après avoir été violemment heurtée par le cheval du roi George V alors qu’elle réclamait le droit de vote.

«Sommes-nous moins joyeux que les Porto-Ricains?»

—  Fouad Laroui

Chez nous, il n’y a pas eu besoin de grandes batailles pour l’obtenir. Le suffrage universel a été instauré par un dahir en date du 1er septembre 1959. Signé par le roi Mohammed V, ce dahir a permis d’organiser le tout premier scrutin démocratique de l’histoire du Maroc (les élections communales du 29 mai 1960). Il a accordé le droit de vote à l’ensemble des citoyens marocains, hommes et femmes, pourvu qu’ils soient majeurs et sains d’esprit.

C’est peut-être là que le bât blesse. N’ayant pas eu à nous battre pour obtenir le droit de vote, nous n’y accordons pas beaucoup d’importance. C’est une loi de la psychologie.

Que faire? En reprenant ce que nous venons de voir, il y aurait peut-être deux façons, aux antipodes l’une de l’autre, de rendre au vote son attrait.

1. Une idée complètement folle– un scénario de politique-fiction– serait d’abolir carrément les élections. On fermerait le Parlement, comme en Tunisie. Ce faisant, on créerait un choc, puis un sentiment de vide, puis une revendication. Les gens, surtout les jeunes, descendraient dans la rue pendant des années pour réclamer le droit de vote. Il y aurait des manifestations, des échauffourées, peut-être des martyrs. Conquis de haute lutte, le suffrage universel serait pris au sérieux. Après ça, les gens iraient voter.

2. Une idée moins folle serait de faire du jour de vote– férié, bien sûr– un jour de réjouissance comme en Australie ou à Porto Rico. Les votants iraient en famille aux bureaux de vote, ce qui habituerait les enfants à cette fête de la démocratie et les inciteraient plus tard, devenus adultes, à prendre le chemin de l’isoloir.

Des fêtes partout, de Tanger à Dakhla! Des concerts, de la danse, des agapes… Nos chhiwates et notre thé à la menthe ne valent-ils pas les saucisses et la bière des Australiens? Sommes-nous moins joyeux que les Porto-Ricains? Notre musique ne vaut-elle pas la leur? Alors? Qu’attendent le ministère concerné et les partis politiques pour adopter cette proposition de bon sens?

Par Fouad Laroui
Le 23/09/2026 à 12h00