Le «mercato politique» est une insulte à notre intelligence

Fouad Laroui.

ChroniqueLa conséquence, c’est l’abstention massive. Les citoyens qui n’apprécient pas qu’on les prenne pour des andouilles boudent les urnes.

Le 26/08/2026 à 11h03

Les prochaines élections législatives auront lieu le 23 septembre. Il s’agira de renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants, la chambre dite «basse» du Parlement– mais qui est en fait la plus importante: elle joue un rôle central dans le pouvoir législatif, le contrôle du gouvernement et l’évaluation des politiques publiques.

Quand on est d’humeur lyrique, on qualifie les élections de «noces de la démocratie». Le peuple choisit les «heureux élus» qui feront les lois de demain. Le bulletin que dépose dans l’urne un riche industriel a la même valeur que celui qu’y glisse un modeste cordonnier. Pendant la campagne électorale, on confronte les idées, les projets, les orientations qu’on souhaite donner au pays.

Pour toutes ces raisons, je ne cesse d’inciter mes proches à voter en insistant en particulier auprès des jeunes. Lorsque ceux-ci se révoltent, je leur conseille de rejoindre un parti ou d’en créer un afin d’entrer dans le jeu politique: c’est le seul moyen de changer le cours des choses– à moins qu’on ne veuille le faire par la force mais c’est alors une autre histoire qui se termine presque toujours en tragédie. Le jeu démocratique, il n’y a que ça qui vaille.

Mais il y a un problème. Le jeu démocratique suppose des partis politiques au vrai sens du mot. Un parti rassemble des citoyens qui ont en commun une vision similaire de la société qu’ils jugent souhaitable, pour l’avènement de laquelle ils sont prêts à s’engager, à donner de leur temps et de leur énergie– parfois même à donner leur vie. On peut être contre les communistes ou les sociaux-démocrates ou les libéraux purs et durs ou les islamistes ou l’extrême-gauche ou les écolos mais force est de reconnaître qu’il s’agit là de véritables idéologies qui peuvent servir d’assise à un parti.

Or que constatons-nous ces jours-ci dans notre pays? De la même façon que pendant le «mercato estival» certains footballeurs passent d’un club à un autre au gré de leur seul intérêt personnel, des élus passent d’un parti à un autre pour la seule raison qu’ils estiment augmenter ainsi leurs chances d’être élus. Où sont les convictions, où est l’idéologie, et en quoi ce jeu de chaises musicales sert-il l’intérêt général?

«Si quelqu’un change de parti, il devrait observer une période de latence (cinq ans, par exemple) pendant laquelle il n’aurait pas le droit de se présenter aux élections. On verra ainsi s’il est guidé par un opportunisme de dernière minute ou par de vraies convictions. »

—  Fouad Laroui

Ce mercato politique insulte notre intelligence. Un Bouazza ou une Daouia nous prennent pour des benêts quand ils se mettent soudain à afficher des convictions qu’ils n’avaient pas hier matin et à défendre un programme dont ils n’ont pas lu une seule ligne.

La conséquence de ce mercato, c’est l’abstention massive. Les citoyens qui n’apprécient pas qu’on les prenne pour des andouilles boudent les urnes. Comment voulez-vous que Bouazza ou Daouia tiennent des promesses qu’ils n’ont même pas faites puisqu’ils étaient membres d’un autre parti quand les programmes ont été établis?

Il me semble qu’on peut remédier à cette déplorable transhumance saisonnière. Voici une piste: si quelqu’un change de parti, il devrait observer une période de latence (cinq ans, par exemple) pendant laquelle il n’aurait pas le droit de se présenter aux élections. On verra ainsi s’il est guidé par un opportunisme de dernière minute ou par de vraies convictions.

J’ai déjeuné à Tétouan lundi dernier avec un ancien ministre qui s’est engagé en politique quand il était étudiant, il y a plus d’un demi-siècle, et qui est toujours membre du hizb dans lequel il a fait ses premières armes. Il est aujourd’hui à la retraite mais a toujours sa carte du parti.

Après avoir quitté le restaurant, et puisqu’on a parlé plus haut de football, j’avais l’impression d’avoir déjeuné avec Paolo Maldini ou Ryan Giggs ou Carles Puyol. Leur point commun: ils n’ont jamais quitté le club qui les a formés (respectivement AC Milan, Manchester United et Barcelone). Respect! C’est sur eux, des modèles de loyauté, que nos politiques devraient se modeler et non sur un Nicolas Anelka ou un Zlatan Ibrahimovic qui changeaient de club comme de chemise…

Par Fouad Laroui
Le 26/08/2026 à 11h03