Sahara. Le Mexique, l’Uruguay et les autres: pourquoi des pays d’Amérique Latine cèdent toujours aux sirènes du séparatisme

Des supporters célébrant l'équipe nationale du Maroc à Laâyoune, chef-lieu du Sahara. (H.Yara/Le360)

Alors que le basculement récent de la Colombie confirme la dynamique internationale en faveur de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, quelques capitales d’Amérique latine continuent de faire de la résistance. Entre héritages idéologiques de la Guerre froide, réflexes diplomatiques datés et pressions économiques d’Alger, plongée au cœur des enjeux d’un continent pris entre dogmatisme et réalités géopolitiques, mais qui bouge sérieusement.

Le 26/08/2026 à 07h58

On revient de loin. L’Amérique latine a longtemps été considérée comme un pré carré de la propagande séparatiste. Pourtant, la dynamique géopolitique globale est aujourd’hui marquée par un alignement massif sur la souveraineté du Maroc et sur son Initiative d’autonomie pour le Sahara. Dans ce paysage en pleine mutation continentale, certains États sud-américains continuent néanmoins de céder aux sirènes du séparatisme, maintenant des relations avec la pseudo-«Rasd» au mépris des réalités du terrain. Ce contraste saisissant met en lumière une fracture latino-américaine entre le réalisme politique moderne et un dogmatisme idéologique hérité d’une autre époque.

Le constat s’impose de nouveau à la lumière du tournant majeur opéré récemment par la Colombie qui constitue un événement phare et une rupture géopolitique majeure à l’échelle du continent latino-américain. Actée vendredi 7 août 2026, la reconnaissance par Bogota de la marocanité du Sahara scelle le basculement d’une puissance régionale clé dans le camp de la légitimité. Cette évolution stratégique s’enracine dans un rapprochement économique, humain et culturel sans précédent, comme nous l’expliquait Farida Loudaya, ambassadrice du Maroc en Colombie dans un entretien exclusif.

Pour elle, le retournement de position colombien met un terme définitif aux choix personnels et isolés de l’administration sortante de Gustavo Petro, rétablissant une relation bilatérale cinquantenaire en parfaite adéquation avec le soutien massif du Congrès et du peuple colombiens. L’affirmation sans équivoque de la marocanité du Sahara s’accompagne du retrait immédiat de la reconnaissance de l’entité factice, ainsi que de l’engagement de Bogota, siégeant au Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent, à ne lui accorder aucun soutien dans les instances internationales.

Cette avancée colombienne n’en révèle pas moins la résistance de certains pays du continent, qui persistent à ignorer la tendance mondiale d’appui au Maroc. Cette posture s’inscrit en faux contre le consensus international consolidé par le Conseil de sécurité des Nations unies. Dans sa résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, le Conseil consacre l’initiative marocaine d’autonomie de 2007 comme l’unique base pour une solution politique et écarte toute option de référendum d’autodétermination au profit de négociations fondées sur le plan marocain. Plusieurs fois désignée comme partie au conflit dans ladite résolution, l’Algérie est sommée de s’engager pleinement et de manière responsable dans le processus des négociations politiques. Et elle y a bien été obligée par les Etats-Unis, qui font du règlement de ce dossier une priorité.

Malgré cette clarté multilatérale, une poignée d’États latino-américains continue d’entretenir des liens diplomatiques avec l’entité séparatiste. Le panorama de ces derniers bastions réunit le Mexique, l’Uruguay, le Honduras, ainsi que les régimes idéologiquement alignés du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua. L’Équateur a lui aussi fait partie de cette liste pendant de longues années avant de marquer un tournant décisif. En mai 2024, Quito a officiellement suspendu sa reconnaissance de la pseudo-Rasd, rejoignant la majorité pragmatique du continent et illustrant la réversibilité de ces alliances d’un autre temps.

L’explication de cette résistance diplomatique impose de distinguer les motivations strictement idéologiques des contraintes économiques. Au Mexique, grande puissance régionale avec plus de 2.000 milliards de dollars de PIB, le soutien au Polisario s’appuie sur une lecture figée du principe d’autodétermination, véhiculée par l’exécutif de gauche. Une source avisée rappelle à ce propos que le positionnement mexicain a toujours posé des difficultés conceptuelles. «Beaucoup de pays du continent nous sortent le Mexique comme argument pour expliquer leur propre hésitation à appuyer le Maroc, en sachant que le Royaume continue d’entretenir de bonnes relations diplomatiques et économiques avec Mexico», concède notre interlocuteur. La même source explique que le Mexique demeure un grand pays profondément marqué par des schémas idéologiques anciens, au sein duquel le discours séparatiste s’est historiquement enraciné.

Les fondements du positionnement mexicain en faveur du Polisario sont nombreux. Il y a d’abord la «Doctrine Estrada». La politique étrangère mexicaine s’appuie traditionnellement sur la non-intervention et le droit des peuples à l’autodétermination. Historiquement, le dossier du Sahara y est interprété à travers cette unique et bien rigide grille d’analyse.

Le rôle historique du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) y est essentiel. C’est sous la présidence de José López Portillo, de ce même parti, que le Mexique a reconnu la Rasd en 1979. Pendant plus de quatre décennies, cette reconnaissance est restée un dogme institutionnel. L’ancrage de la gauche au pouvoir, avec l’arrivée d’Andrés Manuel López Obrador, suivie de sa successeuse Claudia Sheinbaum, a maintenu le positionnement mexicain dans le même camp, maintenant des canaux diplomatiques formels avec les représentants du Polisario.

Un changement de dynamique majeur au niveau du Congrès et des milieux d’affaires mexicains commence néanmoins à se faire sentir. Le 26 février 2025, le PRI a opéré un virage à 180 degrés. Recevant des parlementaires marocains, son président Alejandro Moreno ainsi que des parlementaires ont publiquement réaffirmé leur soutien à la souveraineté du Maroc sur son Sahara, qualifiant le Plan d’autonomie marocain d’initiative la plus crédible. «Malgré cela, ainsi que la présence d’une ambassade marocaine active et d’opportunités économiques majeures, les gouvernements mexicains successifs conservent une position inamovible, ce qui impose d’envisager une nouvelle approche stratégique à l’égard de ce pays», note cet analyste, bien au fait des rouages diplomatiques.

Pour le Mexique comme pour le reste du continent, l’Algérie a longtemps occupé le terrain et a investi massivement pendant plus de quatre décennies pour ancrer le Polisario sur le continent sud-américain. L’Algérie finance, entre autres, la logistique des délégations du Polisario et fournit des bourses d’études ou des programmes de formation. L’alliance idéologique avec des pays comme Cuba et le Venezuela a fait le reste. La Havane et Caracas servent de relais stratégiques pour maintenir le Polisario à l’agenda des réseaux diplomatiques régionaux (comme l’ALBA: Alliance bolivarienne pour les Amériques). Pour des pays de la région, les considérations de politique intérieure ou la recherche de visibilité auprès des réseaux progressistes internationaux priment sur l’analyse de la réalité du terrain et des résolutions de l’ONU.

À l’opposé du cas mexicain, l’attitude de pays comme l’Uruguay relève d’une vulnérabilité économique et de la peur de représailles commerciales de la part d’Alger. En face, le Maroc n’a pas traditionnellement figuré parmi leurs premiers partenaires commerciaux, ce qui limite le coût économique d’une position diplomatique défavorable à Rabat.

Notre source confirme, en l’occurrence, que les autorités uruguayennes privilégient l’équilibre de leur balance commerciale en raison de leurs intérêts majeurs avec l’Algérie, cédant ainsi à des pressions économiques directes. Cette stratégie d’intimidation s’est d’ailleurs manifestée lors du changement de cap de l’Équateur en 2024. L’Équateur a longtemps méconnu la réalité marocaine au profit du récit du Polisario, avant de réussir son virage diplomatique. Mais lorsque Quito s’est aligné sur la souveraineté marocaine, Alger a immédiatement ordonné l’arrêt des importations de bananes équatoriennes, alors même qu’elle en était le principal acheteur sur le continent africain. Les raisons de la rareté de la banane en Algérie et les prix astronomiques que ce véritable produit de luxe a atteints chez le voisin sont à chercher dans ce bras de fer. Malgré un préjudice financier important et une immense pression du redoutable lobby bananier équatorien, le président Daniel Noboa a refusé tout rétropédalage, maintenant fermement la position de son pays. «La décision de l’Équateur de retirer sa reconnaissance du Polisario s’est heurtée à de vives rétorsions. Si le gouvernement du président Noboa a eu le courage de maintenir sa position souveraine sans rétropédaler, permettant ainsi de consolider durablement les relations bilatérales avec le Maroc, d’autres pays hésitent encore», nous résume-t-on.

Afin d’inverser définitivement cette tendance, la diplomatie marocaine dispose de leviers stratégiques majeurs qu’il convient de renforcer. Comme le suggère notre source informée, il devient nécessaire de repenser l’approche diplomatique envers des pays comme le Mexique, en s’appuyant sur les relais parlementaires et l’opposition institutionnelle qui soutiennent déjà le Plan d’autonomie. Sur le plan économique, le Maroc dispose d’une arme de persuasion massive grâce au groupe OCP, garant de la sécurité alimentaire mondiale et fournisseur indispensable d’engrais pour l’agriculture latino-américaine. Le développement du soft power culturel et l’intensification de la diplomatie parlementaire constituent d’autres axes fondamentaux pour sceller ce basculement géopolitique.

En somme, le basculement complet du continent sud-américain en faveur de la marocanité du Sahara n’est plus qu’une question de temps. Objet d’un investissement public considérable, d’une stratégie de développement dédié et d’une attention internationale croissante, le Sahara est appelé à se transformer définitivement, passant d’un sujet de friction diplomatique à un carrefour d’échanges et de prospérité. Cette mutation s’inscrit au cœur de l’Initiative atlantique lancée par le roi Mohammed VI, qui ambitionne notamment de désenclaver les pays du Sahel en leur offrant un accès direct à l’Océan Atlantique. Dans ce schéma visionnaire, le futur port de Dakhla Atlantique jouera un rôle d’infrastructure pivot. En connectant l’Amérique latine aux marchés africains et européens, cette plateforme portuaire de classe mondiale démontrera aux chancelleries latino-américaines que l’avenir réside dans le co-développement et la realpolitik, reléguant le dogme séparatiste au rang de souvenir anachronique.

Preuve que les plaques tectoniques sont en train de bouger, une source bien au fait de la réalité sud-américaine prédit que le prochain changement pourrait émaner d’un des pays que l’on attend le moins sur le continent: le Venezuela. «L’évolution du contexte politique au Venezuela laisse espérer une ouverture prochaine», nous promet-on.

Par Tarik Qattab
Le 26/08/2026 à 07h58