Le Sahara et la diplomatie marocaine en Amérique latine: le grand réalignement géopolitique

Depuis 1975, le développement du Sud du royaume s’inscrit dans une stratégie d’État structurée, qui a pris une dimension nouvelle avec le lancement, en 2015, du nouveau modèle de développement des provinces du Sud.

Revue de presseÀ travers un redéploiement stratégique méthodique, le Maroc enregistre des percées historiques en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. En poussant plusieurs capitales à rompre avec les réseaux séparatistes traditionnels pour embrasser un partenariat économique et politique pragmatique, Rabat redessine la carte de ses alliances outre-Atlantique. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Ahdath Al Maghribia.

Le 13/08/2026 à 18h11

La diplomatie marocaine a réalisé une succession de percées historiques majeures au sein des pays d’Amérique latine. Ces avancées se sont concrétisées par le démantèlement progressif des fiefs traditionnels du mouvement séparatiste du Polisario, incitant un nombre croissant d’États de la région à retirer leur reconnaissance à cette entité fictive et à exprimer sans ambiguïté leur soutien à la souveraineté du Maroc sur son Sahara, écrit le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 14 août.

Le tournant amorcé par la Colombie constitue l’une des étapes les plus marquantes de cette dynamique. Au regard du poids politique décisif de Bogota sur la scène sud-américaine et de l’historique de ses positions diplomatiques, le réagencement de sa politique étrangère a ouvert la voie à un rapprochement inédit avec le Royaume. Cette évolution offre à Rabat l’opportunité de consolider sa présence dans un pays qui représentait autrefois un théâtre de confrontation diplomatique directe entre le Maroc et ses adversaires.

La portée de ce changement dépasse la simple dimension symbolique. Le Maroc ambitionne de transformer ce rapprochement politique en un réseau d’intérêts stratégiques plus vaste, englobant le commerce, l’investissement et la coopération économique. L’objectif est de conférer aux relations bilatérales une résilience accrue face aux fluctuations politiques et aux alternances gouvernementales, souligne Al Ahdath Al Maghribia. Dans cette perspective, le modèle colombien s’impose comme une référence pour l’action du Maroc en Amérique latine, actant le passage d’une diplomatie d’affrontement et de reconnaissance à une diplomatie fondée sur le partenariat d’intérêts mutuels, plus stable et affranchie des considérations idéologiques.

Les experts en relations internationales et spécialistes des affaires latino-américaines expriment un optimisme grandissant quant aux retombées de cette dynamique diplomatique. Ils considèrent la reconnaissance par la Colombie de la marocanité du Sahara comme une décision souveraine majeure de la nouvelle direction politique de Bogota. Ses effets ne se limitent pas aux seules sphères politique et diplomatique, mais ouvrent également de larges perspectives à la coopération économique et marchande, tout en instaurant une impulsion nouvelle dans l’espace atlantique élargi. Parallèlement, le Royaume continue d’enraciner sa présence en tant qu’acteur stratégique influent au sein du continent américain.

La métamorphose observée en Colombie s’inscrit dans un mouvement plus vaste. La Bolivie, qui a longtemps compté parmi les plus fervents soutiens du Polisario, a infléchi sa position à la suite du retrait de sa reconnaissance de la république auto-proclamée, assénant ainsi un coup dur aux mouvements séparatistes. De son côté, le Pérou a connu des évolutions successives dans sa position à l’égard du conflit du Sahara, évoluant vers une ouverture plus prononcée en faveur de la proposition marocaine d’autonomie. L’ensemble de ces évolutions témoigne de l’ampleur des mutations qui touchent l’environnement diplomatique entourant le Polisario, confronté à de multiples difficultés pour préserver son réseau traditionnel d’alliés, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.

Ces acquis demeurent toutefois étroitement liés aux équilibres politiques locaux, dans une région où les orientations étrangères varient fréquemment au gré des changements de chefs d’État ou de majorités gouvernementales. Cela explique la volonté constante du Maroc d’élargir ses relations diplomatiques pour impliquer les institutions étatiques et les forces économiques dans leur ensemble, plutôt que de se limiter à des ententes conjoncturelles avec des gouvernements éphémères.

Près de quinze pays d’Amérique latine et de la région des Caraïbes soutiennent désormais l’unité territoriale du Maroc, reconnaissent sa souveraineté sur ses provinces du Sud ou appuient l’initiative d’autonomie. Ce chiffre illustre le recul progressif des reconnaissances en faveur du Polisario sur le continent. À cela, s’ajoute l’attitude d’autres États ayant réaffirmé leur soutien à l’initiative d’autonomie, parmi lesquels le Canada, le Chili, l’Équateur, le Panama, le Costa Rica et la Barbade, tandis que des nations majeures comme le Brésil, l’Argentine et la Jamaïque maintiennent une position de neutralité constructive. À l’inverse, un noyau restreint de pays comprenant Cuba, le Venezuela, le Nicaragua, le Mexique et l’Uruguay conserve ses positions traditionnelles de soutien au mouvement séparatiste, en raison d’héritages idéologiques et politiques remontant aux décennies précédentes. Néanmoins, la trajectoire globale confirme que l’activisme diplomatique marocain a réussi à élargir le cercle des soutiens à sa cause nationale et à renforcer la coopération politique et économique dans l’ensemble du continent latino-américain.

Par La Rédaction
Le 13/08/2026 à 18h11