Gaz: pourquoi les livraisons vers le Maroc via l’Espagne ont baissé ces derniers jours

La centrale de Aïn Beni Mathar, qui était à l'arrêt depuis le 1er novembre 2021. 

La centrale à gaz d'Aïn Beni Mathar. . DR

Contrairement à ce qu’ont rapporté ces derniers jours certains médias et commentateurs, la baisse des livraisons de gaz au Maroc via l’Espagne n’a aucun lien avec la crise migratoire de Sebta. Elle s’explique par la sortie de la pointe estivale et le recul de la demande d’électricité, apprend Le360 de source bien informée.

Le 25/08/2026 à 14h53

Après avoir atteint un pic d’environ 8.400 mégawatts (MW) début juillet, porté par les températures élevées et la forte activité touristique, la demande nationale d’électricité a sensiblement reculé avec la sortie de la pointe estivale. Elle s’est établie à environ 7.400 MW ce lundi 24 août, soit près de 1.000 MW de moins que lors du pic enregistré au plus fort de l’été.

Le recul a commencé à se faire sentir la semaine dernière avec les deux jours fériés des 20 et 21 août. Dès jeudi dernier, la demande était ainsi retombée à quelque 7.600 MW. La baisse a ensuite été accentuée par l’amélioration des températures et la sortie progressive de la période estivale de pointe.

Dans ce contexte, la diminution des volumes de gaz importés est directement liée au fonctionnement des centrales électriques alimentées au gaz. «Aucune restriction n’est à signaler du côté espagnol», précise notre source.

Le Maroc achète son gaz sur le marché international, notamment auprès des États-Unis et du Pérou, avant son acheminement vers l’Espagne pour y être regazéifié. Le gaz est ensuite injecté dans le réseau marocain via le gazoduc Maghreb-Europe, en direction notamment des centrales à cycle combiné de Tahaddart, près de Tanger, et Aïn Beni Mathar, près de Jerada.

Le gaz représente, bon an mal an, autour de 9% du mix électrique national. Les volumes importés évoluent donc en fonction des besoins des centrales et, par conséquent, de la demande d’électricité.

Fin juillet, les deux centrales à gaz fonctionnaient à plein régime afin de répondre au pic de consommation électrique. Avec le recul de la demande, leur sollicitation diminue mécaniquement, entraînant une baisse des besoins en gaz.

Cette évolution est également liée aux périodes de maintenance des centrales à gaz et à la hiérarchie économique des différentes sources utilisées pour produire l’électricité.

Le gaz n’étant pas la source la moins coûteuse, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) privilégie en priorité les énergies renouvelables et le charbon, avant de recourir au gaz et au fuel lorsque les besoins du système l’exigent.

Autrement dit, la baisse observée ces derniers jours ne traduit pas un changement de politique énergétique espagnole à l’égard du Maroc, mais plutôt un ajustement de la consommation et du dispatching électrique opéré par l’ONEE en fonction des besoins et des coûts de production.

Madrid dément tout «levier énergétique» contre Rabat

Cette clarification s’impose alors que la baisse des livraisons de gaz a été associée, par plusieurs médias et observateurs, à la crise migratoire de Sebta et à la suspicion d’un usage de l’arme énergétique comme moyen de pression contre Rabat.

À l’origine de cette polémique, un sujet diffusé le 18 août dans l’émission «Mañaneros 360» de la télévision publique espagnole RTVE. Dans le contexte de la crise migratoire à Sebta, l’émission avait évoqué l’existence supposée d’un «plan d’urgence» de Madrid qui pourrait prévoir le recours au levier énergétique, voire une suspension des livraisons de gaz au Maroc, en cas de nouvelle crise migratoire.

Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a rapidement démenti ces informations. Madrid a rejeté l’existence d’un quelconque plan ou d’une étude visant à préparer des représailles économiques contre le Maroc, qualifiant ces informations de fausses.

Par Wadie El Mouden
Le 25/08/2026 à 14h53