Maroc-Espagne: Margarita Robles reconnaît l’«appel d’air» provoqué à Sebta par l’arrêt du Tribunal suprême

La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles. (Photo by JOHN THYS / AFP). AFP or licensors

La ministre espagnole de la Défense a attribué les arrivées massives des 30 et 31 juillet à une mobilisation née sur Facebook, alimentée par une lecture intéressée de l’arrêt qui interdisait le refoulement immédiat des personnes ayant franchi la frontière à la nage. Margarita Robles a ajouté que des messages faisant état d’une prétendue baisse des effectifs marocains pendant la Fête du Trône avaient achevé de précipiter l’afflux.

Le 25/08/2026 à 13h02

La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a reconnu mardi devant le Congrès que l’arrêt du Tribunal suprême relatif aux refoulements à la frontière de Sebta avait créé un «appel d’air» et contribué aux arrivées massives de migrants enregistrées les 30 et 31 juillet.

Pour étayer ses explications, Robles s’est appuyée sur un rapport de l’état-major de la Défense espagnole, qui retrace en trois phases la montée en puissance de la mobilisation. La première, qualifiée de «migration concentrée», a débuté après la publication, le 8 juillet, de la décision de justice établissant que les personnes ayant rejoint la ville à la nage ne pouvaient être immédiatement refoulées par voie maritime.

À partir de cette date, «plusieurs centaines» de personnes ont commencé à traverser, avant que leur nombre n’augmente progressivement pour atteindre plusieurs milliers. La ministre a évoqué un «appel d’air favorisé par une interprétation intéressée de l’arrêt», largement relayée sur les réseaux sociaux.

À ce premier message s’en est ajouté un autre, présentant la Fête du Trône au Maroc comme une occasion propice pour franchir la frontière. D’après les explications de Robles, des groupes Facebook ont propagé l’idée que les effectifs policiers seraient moins nombreux du côté marocain en raison des célébrations.

Une mobilisation «auto-organisée» sur les réseaux sociaux

La ministre a soutenu que ce qui a été qualifié d’«assaut massif» ne répondait pas à une organisation centralisée, mais relevait d’une forme d’«auto-organisation» des migrants eux-mêmes. Ces derniers se seraient dirigés vers la frontière sous l’effet d’un «message d’opportunité» et de publications faisant état d’une «prétendue absence d’obstacles» pour entrer à Sebta.

La version présentée par la Défense place ainsi les réseaux sociaux au cœur de la mobilisation. Selon Robles, la vitesse de propagation des messages a empêché les forces de sécurité de «réagir à temps» lorsque les tentatives de passage se sont multipliées simultanément, par milliers.

Robles a également assuré qu’il était matériellement impossible «d’empêcher, par le recours à la force, ces déferlements de centaines ou de milliers de personnes». Une intervention de cette nature aurait eu, a-t-elle averti, des conséquences dramatiques. «Le nombre de morts aurait été incalculable», a-t-elle déclaré lors de son audition devant la commission de la Défense.

Les propos de Robles font écho aux explications fournies par le Maroc dès le 2 août. Le ministère de l’Intérieur avait alors indiqué que les autorités avaient déployé une réponse proactive et globale, fondée sur la détection précoce des signaux, le renforcement de la vigilance, la mobilisation des services de sécurité et l’intensification de la surveillance terrestre et maritime. Ce dispositif avait permis de maîtriser la situation, de protéger les vies humaines, de préserver l’ordre public et de sécuriser les frontières, dans le respect de la loi et du principe de proportionnalité. Rabat avait par ailleurs attribué ces tentatives de passage à la diffusion d’informations trompeuses sur les réseaux sociaux, aux réseaux de trafic d’êtres humains et à une lecture erronée des décisions de la justice espagnole.

Un commandement unifié

L’audition de Margarita Robles ouvre une semaine au cours de laquelle huit ministres devront rendre compte, devant le Congrès, de la réponse apportée par le gouvernement espagnol à une crise déclenchée 26 jours plus tôt par l’entrée d’environ 80.000 migrants.

Parallèlement, Pedro Sánchez a présidé mardi la première réunion du Conseil de sécurité nationale consacrée à Sebta. Les vice-présidents du gouvernement, plusieurs ministres, les principaux responsables de la sécurité de l’État ainsi que Juan Jesús Vivas, qui a participé à distance, ont pris part à la réunion.

Cette rencontre a permis d’officialiser la création d’un commandement unifié chargé de gérer la crise. La coordination sera confiée au ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, qui dirigera un comité réunissant également Juan Jesús Vivas, le délégué du gouvernement, des représentants du Centre national de renseignement ainsi que les différents ministères concernés.

Par Faiza Rhoul
Le 25/08/2026 à 13h02