Le lundi 24 août 2026, la diplomatie algérienne a mis en scène ce qu’elle tente de vendre comme une «refondation stratégique». Le Premier ministre malien de transition, Abdoulaye Maïga, est arrivé à Alger pour une visite de travail officielle, accueilli au salon d’honneur de l’aéroport par son homologue algérien, Sifi Ghrieb, puis par le président Abdelmadjid Tebboune. Cet événement survient après plus de deux ans d’une crise diplomatique majeure, marquée par quatorze mois de rupture totale des relations. Mais, sous le vernis des embrassades officielles, se cache une capitulation en règle.
Le rapprochement entre Alger et Bamako ne découle aucunement d’une maestria politique du pouvoir algérien, mais plutôt d’un constat d’échec. Face à la constance malienne, Alger a dû plier. En juillet 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur d’Algérie à Bamako. Le Mali a répondu par la réciprocité en renvoyant son représentant à Alger, permettant la réouverture simultanée des espaces aériens respectifs. Le 9 août 2026, un entretien téléphonique officiel entre les deux Premiers ministres a jeté les bases de la rencontre d’Alger. Enfin, à la mi-août 2026, l’Algérie s’est empressée de servir d’intermédiaire dans un échange de prisonniers: la libération de 80 soldats maliens par les rebelles touaregs, en contrepartie d’éléments capturés par l’armée malienne. Ce revirement brutal a contraint la presse officielle algérienne à abandonner l’injure pour chanter soudainement les louanges d’une «réconciliation active».
La détérioration des relations algéro-maliennes a débuté en décembre 2023. Forte de certitudes héritées d’une époque révolue, l’Algérie s’est cru tout permis en continuant d’infantiliser les autorités de Bamako. Agissant en tuteur autoproclamé, Alger a organisé des réunions officielles et clandestines avec des figures de l’opposition malienne ainsi que des leaders de la rébellion touarègue armée du Nord, le tout sans la moindre concertation avec le gouvernement malien de transition. Cette ingérence directe a déclenché une réaction en chaîne dévastatrice. Bamako a rappelé son ambassadeur à Alger le 20 décembre, dénonçant avec véhémence «des actes hostiles» et l’accueil d’éléments séparatistes ou extrémistes par le pouvoir algérien. L’Algérie a répliqué le lendemain par la même mesure.
Le 25 janvier 2024, le gouvernement malien a abrogé avec effet immédiat l’Accord d’Alger de 2015, intimé à l’Algérie de cesser immédiatement d’interférer dans ses affaires souveraines et rejeté catégoriquement sa médiation. Au printemps 2025, la crise a atteint un point de non-retour sécuritaire. Un drone des forces armées maliennes opérant dans la région frontalière de Tinzawatine a été abattu. Bamako a accusé l’Algérie d’avoir abattu l’appareil pour protéger des combattants séparatistes. Alger a riposté en accusant le Mali d’incursions territoriales. La rupture était consommée. Les espaces aériens ont été fermés.
La capitulation silencieuse du régime Tebboune
L’issue de cet affrontement diplomatique met à nu l’amateurisme du pouvoir algérien. Après avoir mené une campagne haineuse durant laquelle la presse sous ordre a qualifié les officiers maliens de «putschistes», d’«incultes» ou d’«incapables», Alger repasse sous les fourches caudines. La queue entre les jambes, le régime d’Alger abdique. Sans avoir obtenu le moindre engagement de Bamako quant à l’application de ses diktats sécuritaires ou politiques, l’Algérie consent à reprendre une coopération normale. Les vaines menaces d’asphyxie et les tentatives de chantage n’ont fait qu’exposer la faiblesse de sa position stratégique.
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Certains analystes soulignent que l’Algérie doit cette réconciliation forcée à l’action diplomatique… du Maroc. Un effet de levier géopolitique: «C’est la hantise absolue de voir le Royaume s’imposer définitivement au Sahel qui a forcé Abdelmadjid Tebboune à ravaler son orgueil», analyse le journaliste algérien en exil Abdou Semmar. Il en veut pour preuve que, dès l’éclatement de la crise avec Alger le 20 décembre 2023, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, s’est rendu à Marrakech les 23 et 24 décembre pour officialiser l’adhésion complète du Mali à l’Initiative atlantique du Maroc, une démarche offrant au pays du Sahel un accès à l’océan. Pour ne pas se faire éjecter de sa propre frontière sud, le pouvoir algérien s’est vu contraint d’avaler son venin et de supplier Bamako de rouvrir le dialogue. Trop tard.
Une diplomatie pyromane
Le fiasco malien n’est pas un accident isolé: il répond à une même logique hystérique qui a guidé les crises provoquées artificiellement par l’Algérie avec le Niger, l’Espagne et la France. Dans chaque dossier, Alger agit sous le coup de la colère, décrète un blocus ou une rupture brutale, réalise l’ampleur de son isolement, puis réclame piteusement la normalisation en cédant sur toute la ligne. Dès juillet 2023, Alger s’est immiscée dans la transition nigérienne avec arrogance, lançant des invectives morales, menaçant la sécurité frontalière et organisant l’expulsion de migrants dans des conditions brutales. Le Niger a réagi en fermant la porte à l’ancien grand frère algérien. Pour tenter de rétablir les ponts, l’Algérie a notamment dû se résoudre à une capitulation financière en février 2026, lors de la visite à Alger du général Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger. Le régime Tebboune a été contraint d’accorder un chèque d’au moins 50 millions d’euros, financé par le contribuable algérien, pour subventionner des projets locaux au Niger.
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Même schéma en Espagne. En mars 2022, à la suite de la décision historique de Madrid de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara, Alger est entrée dans une rage folle. Le régime a rappelé son ambassadeur, suspendu le Traité d’amitié et de bon voisinage vieux de vingt ans, et décrété un gel unilatéral des transactions commerciales non gazières avec les entreprises espagnoles. L’issue a été un camouflet total: l’Espagne n’a pas modifié sa position d’un millimètre. Réalisant que ses sanctions pénalisaient d’abord son économie, Alger a renvoyé en catimini un ambassadeur à Madrid fin 2023, avant de lever discrètement l’ensemble des restrictions commerciales au cours des mois suivants, sans obtenir la moindre concession espagnole.
L’épisode le plus cuisant reste la séquence française. Paris a acté son soutien irréversible à la souveraineté du Maroc sur le Sahara, une orientation directement signifiée par Emmanuel Macron à Abdelmadjid Tebboune le 14 juin 2024, lors du sommet du G7 à Bari. À la suite de l’officialisation de la position française en juillet 2024, Alger a rappelé son ambassadeur, suspendu les coopérations sécuritaires et mobilisé sa rhétorique mémorielle habituelle. Dix-huit mois plus tard, le bluff s’est effondré. En février 2026, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu à Alger et a publiquement dicté la reprise des coopérations au palais d’El Mouradia. En prime: la réadmission systématique des ressortissants algériens sous OQTF. La question du Sahara, qui avait soi-disant causé «la plus grave crise de l’histoire», a tout simplement été enterrée par un régime algérien complètement soumis aux exigences parisiennes.
Le schéma immuable du fiasco algérien
Toutes les interventions extérieures de l’ère Tebboune obéissent à la même mécanique de l’échec, qui se déroule selon quatre phases successives. La première étape commence par la colère et l’hystérie, marquée par des déclarations incendiaires, des rappels précipités d’ambassadeurs ainsi que des menaces de représailles économiques et sécuritaires. S’ensuit une tentative de chantage, caractérisée par la suspension des contrats et des espaces aériens, l’adoption d’une posture de victimisation mémorielle et l’autopersuasion de détenir une position de force.
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Cette démarche conduit inévitablement à l’isolement et à la prise de conscience, à mesure que se vérifie l’inefficacité totale des mesures prises. L’engrenage s’achève par l’abandon et la capitulation, qui se traduisent par des concessions unilatérales. Ce que gagne l’Algérie au terme de cette suite d’hystéries diplomatiques tient en un mot: walou. En multipliant les menaces sans jamais avoir les moyens de les assumer, le régime Tebboune a détruit ce qui restait de la crédibilité de l’État algérien. L’Algérie est désormais perçue par ses partenaires régionaux et mondiaux comme un acteur imprévisible, impulsif, dirigé par des coups de sang émotionnels, et avec lequel aucun engagement à long terme ne peut être scellé en toute confiance.
Cette errance n’a pas de précédent dans la très jeune histoire du pays. Ni sous Houari Boumédiène, ni sous Chadli Bendjedid, ni sous Liamine Zéroual, ni même durant les deux décennies d’Abdelaziz Bouteflika, l’Algérie n’avait été isolée à ce point de son environnement immédiat. Cette diplomatie du coup de tête est la marque exclusive du mandat d’Abdelmadjid Tebboune, caractérisée par une méconnaissance profonde des équilibres géopolitiques mondiaux, une gestion amatrice de l’appareil d’État et une hypertrophie du poids régional de l’Algérie.
L’escroquerie du «pragmatisme»
Pour justifier ces reculades répétées, le régime sort immanquablement un mot magique de son chapeau: le «pragmatisme». Où était logé ce pragmatisme lorsque le pouvoir algérien menaçait de couper le gaz à l’Espagne, fermait son espace aérien aux avions civils, traitait les dirigeants voisins de «putschistes» et distillait le venin de la division ethnique au Sahel? Dans le cas précis du Mali, où se cachait ce prétendu pragmatisme lorsque les médias officiels algériens insultaient du matin au soir le pouvoir de Bamako, lorsqu’un drone malien était abattu par l’armée algérienne et que la diplomatie d’Alger appuyait les mouvements séparatistes? Ce «pragmatisme» tardif n’est que l’habillage piteux de la capitulation.
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Cette séquence révèle la nature profonde du régime algérien: un pouvoir gérontocratique déconnecté des réalités géopolitiques contemporaines, incapable de construire une diplomatie crédible. Ne sachant s’exprimer que par le rapport de force et la menace, le régime se retrouve pris au piège dès lors que ses interlocuteurs refusent le chantage, acculé in fine à négocier en coulisses pour tenter de réparer ses propres sottises et passant son temps à perdre du… temps.
Considérant qu’il ne peut maintenir la cohésion d’un peuple exaspéré par la crise socio-économique sans désigner un péril extérieur, le régime d’Alger ne pourra pas rester longtemps sans fabriquer une nouvelle menace. Le conflit permanent avec le Maroc étant une constante structurelle, la rente mémorielle avec la France étant vitale pour sa survie, le pouvoir algérien a toujours besoin d’un tiers ennemi comme variable pour la surchauffe. En ce moment, ce sont les Émirats arabes unis qui récoltent les attaques abjectes des médias, y compris publics, du régime d’Alger.
Mais il est fort à parier que le pays que Tebboune qualifie avec mépris de «douayla», micro-État, et qui déchaîne l’ire d’une presse servile sera demain revalorisé de bout en bout au nom du sacro-saint pragmatisme. Le même schéma qui a conduit à théâtraliser la réconciliation avec Bamako sera reconduit avec les Émirats. Les dirigeants de ce pays du Golfe, qui opposent un mépris glacial à l’hystérie effervescente du régime d’Alger, savent sans doute que Tebboune enverra bientôt ses ministres à Abou Dhabi pour y faire pénitence.




