Axe El Guerguerat-Nouakchott: la portée stratégique et diplomatique du nouvel accord routier maroco-mauritanien

Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, et son homologue mauritanien, Ely Ould El Veirik, ministre de l’Équipement et des transports, ont signé un accord visant la réhabilitation et l’élargissement de la route reliant le passage frontalier d’El Guerguerat à Nouakchott.

Les ministres marocain et mauritanien de l’Équipement ont signé, lundi 21 septembre à Rabat, une convention-cadre relative à l’élargissement de la route reliant El Guerguerat aux principales villes mauritaniennes de Nouadhibou et Nouakchott, ainsi qu’au Sénégal. Au-delà de la portée stratégique de cet accord, le gouvernement mauritanien a franchi un important pas diplomatique en démentant les allégations de l’Algérie, qui affirmait jusqu’ici que la Mauritanie n’avait jamais reconnu officiellement la légalité du passage d’El Guerguerat.

Le 22/09/2026 à 17h55

Les ministres de l’Équipement Nizar Baraka et Ely Ould El Veirik ont signé, lundi à Rabat, un accord visant la réhabilitation et l’élargissement de la route reliant le passage frontalier d’El Guerguerat à la capitale mauritanienne, Nouakchott, en passant par la ville de Nouadhibou, capitale économique du pays.

Les réseaux routiers entre les deux pays voisins ont été connectés et sécurisés depuis le 13 novembre 2020, suite à l’intervention des Forces armées royales qui ont rétabli la libre circulation des biens et des personnes entre le Maroc, la Mauritanie et les pays de l’Afrique de l’Ouest, mettant définitivement fin aux obstructions des milices du Polisario.

Cependant, l’intensité du trafic qu’a connu ces dernières années la route côtière entre le Maroc et la Mauritanie, empruntée quotidiennement par des dizaines, parfois des centaines de poids lourds, a mis à rude épreuve la maintenance de cette infrastructure entre mer et désert. C’est pour mettre à niveau ce tronçon de la route Tanger-Lagos qu’un partenariat a été scellé entre le Maroc et la Mauritanie pour la réfection de la route allant d’El Guerguerat à Nouakchott. Bureau d’études, mise à disposition des compétences des deux pays, dispositif de suivi et de contrôle des travaux: rien n’a été laissé au hasard par la convention signée lundi à Rabat, dont la presse mauritanienne s’est largement fait l’écho.

Ainsi, le site Zoom Info a estimé que cet accord-cadre «confère à cette route une dimension régionale dépassant le simple cadre du transport bilatéral, pour créer un corridor terrestre continu reliant le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal».

Le média mauritanien précise que la route reliant Nouakchott, Nouadhibou et le PK 55 (poste frontalier mauritanien, jumeau de celui d’El Guerguerat) est longue d’environ 480 kilomètres. Elle «représente l’axe terrestre principal pour le trafic routier de poids lourds et de passagers entre le Maroc et la Mauritanie, tandis que les projets en cours au sud (du Maroc) permettront de l’étendre vers le Sénégal».

Zoom Info estime également qu’avec la réalisation de ces projets, «les contours d’un axe terrestre stratégique se dessineront clairement, reliant Tanger au sud du Maroc, puis Nouadhibou, Nouakchott et Rosso, pour atteindre Saint-Louis et Dakar, renforçant ainsi la connexion entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest via le territoire mauritanien».

Cette route est en effet un important tronçon régional dont l’élargissement va compléter les projets routiers en cours d’achèvement au Maroc, où la voie express Tiznit-Dakhla qui se dirige vers le nord de la Mauritanie est quasiment terminée. Parallèlement, le tronçon autoroutier reliant Dakar à Saint-Louis, ville située à la frontière sud de la Mauritanie, est en fin de réalisation. Sans parler de la construction du pont enjambant le fleuve Sénégal qui va fluidifier le transport routier entre la Mauritanie, le Maroc, le Sénégal et toute l’Afrique de l’Ouest.

Ce nouvel accord routier maroco-mauritanien, après celui reliant Smara à Bir Mogreïn, ville la plus au nord de la Mauritanie, risque de faire grincer des dents à Alger, dont le régime a toujours prétendu que la Mauritanie ne reconnaissait pas la légalité du passage d’El Guerguerat, faute d’accord signé entre les deux pays à son sujet. Or, ce passage s’est imposé comme un véritable poumon économique pour la Mauritanie, dont une grande partie des importations y transitent désormais.

D’ailleurs, pour concurrencer vainement El Guerguerat, qu’Alger a vu, pour une fois à juste titre, comme une reconnaissance tacite de la marocanité du Sahara par Nouakchott, le régime algérien a multiplié les gesticulations à travers des projets sans lendemain avec la Mauritanie. Le passage frontalier entre les deux pays est mort-né, au même titre que la zone de libre-échange. Même la route Tindouf-Zouerate, dont le président algérien Abdelmadjid Tebboune a fait semblant de lancer les travaux en février 2024 en présence de son homologue mauritanien venu spécialement à Tindouf, a été remisée, elle aussi, dans les mirages du désert.

Par Mohammed Ould Boah
Le 22/09/2026 à 17h55