Économie: les grands chantiers structurels à l’épreuve des réformes

Le siège de la Berd à Londres.. © EBRD/Dermot Doorly

Revue de presseAlors que les indicateurs de court terme affichent un visage rassurant, les institutions internationales appellent le nouveau gouvernement à s’attaquer d’urgence aux fragilités structurelles du pays. Entre la lutte contre l’informel, la refonte du marché du travail, la transition énergétique et l’amélioration du climat des affaires, le Maroc joue sa carte pour consolider durablement son modèle de croissance. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Économiste.

Le 24/09/2026 à 20h24

Si les indicateurs économiques de court terme sont globalement au vert, les grandes institutions internationales persistent à pointer du doigt les fragilités structurelles qui doivent figurer parmi les priorités de la feuille de route du nouveau gouvernement.

Entre dépendance persistante aux aléas climatiques, secteur industriel en berne et pressions sur l’emploi, le diagnostic dressé par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement dans son rapport régional de septembre 2026 est sans appel: la bonne dynamique agricole actuelle ne doit en aucun cas masquer l’urgence de réformer un modèle de croissance encore trop vulnérable. «À la lumière des perspectives économiques publiées par l’OCDE en juin dernier, quatre chantiers majeurs et interconnectés s’imposent désormais aux décideurs publics pour consolider durablement l’économie nationale», écrit le quotidien L’Économiste dans son édition du vendredi 25 septembre.

Le premier de ces chantiers concerne la lutte contre l’économie informelle et la nécessaire refonte de la fiscalité. L’OCDE érige la réduction de la sphère informelle en priorité absolue pour élargir l’assiette fiscale et sécuriser les recettes de l’État. Concrètement, cette ambition passe par le renforcement des incitations à la formalisation des entreprises et par une nette amélioration du recouvrement de l’impôt. La généralisation effective de la couverture médicale obligatoire joue, à ce titre, un rôle de catalyseur puissant en constituant un levier d’incitation majeur, tandis que la digitalisation accélérée des procédures administratives simplifie les démarches des acteurs économiques.

En même temps, les experts internationaux insistent sur la nécessité d’accroître l’efficience des dépenses publiques afin de préserver des niveaux d’endettement prudents. Cela implique notamment un ciblage beaucoup plus précis des subventions énergétiques en faveur des ménages les plus vulnérables. Couplée au déploiement du Registre social unifié, cette réforme ciblée de la compensation permettra de libérer des marges budgétaires substantielles, indispensables au financement des grands chantiers d’infrastructure du pays.

Le deuxième grand défi concerne l’emploi, la flexibilité et l’inclusion sociale. Malgré une légère baisse attendue, le taux de chômage demeure structurellement élevé et atteindrait treize pour cent selon les estimations de l’OCDE pour l’année 2025. Des disparités régionales et démographiques majeures touchent particulièrement les jeunes, dont le taux d’inactivité ou de chômage s’élève à trente-sept virgule deux pour cent, ainsi que les femmes, pour lesquelles ce taux atteint vingt virgule cinq pour cent.

Pour remédier à cette situation préoccupante, l’institution internationale recommande d’introduire davantage de souplesse dans les contrats de travail, de s’attaquer résolument aux stéréotypes de genre et d’élargir significativement l’accès aux services de garde d’enfants pour favoriser l’activité féminine. Le nouvel exécutif devra également se pencher sur la question cruciale du coût fiscal pesant sur le travail, l’organisation préconisant ouvertement de réduire ce fardeau pour les bas salaires, notamment par une diminution ciblée des cotisations sociales. «Cette mesure fiscale, combinée à une réforme profonde du système éducatif et de la formation professionnelle, constituera la clé de voûte de la réduction de l’inadéquation des compétences sur le marché du travail et d’une amélioration durable de la productivité globale de l’économie», souligne L’Économiste.

Au-delà de ces dimensions macroéconomiques et sociales, les institutions multilatérales identifient d’autres leviers de réforme tout aussi essentiels pour moderniser le pays. Ils touchent à la gouvernance, à la concurrence et à l’amélioration globale du climat des affaires. L’OCDE souligne ainsi la nécessité de renforcer la lutte contre la corruption, d’améliorer le cadre juridique de l’insolvabilité afin de faciliter le redéploiement du capital entre les entreprises et de garantir un environnement propice à l’investissement privé grâce à une simplification de la réglementation.

Ces mesures sont jugées indispensables pour stimuler une concurrence saine et accroître la productivité, un domaine dans lequel le pays accuse encore un retard par rapport aux pays qui lui sont comparables. Dans la même perspective, le rapport annuel du FMI rappelle l’importance de pérenniser les gains institutionnels engrangés ces dernières années et de maintenir une surveillance financière rigoureuse. Dans ce domaine stratégique, le pays continue d’ailleurs de bénéficier de l’accompagnement technique du Centre régional d’assistance technique du Moyen-Orient, une initiative soutenue par l’Allemagne, l’Arabie saoudite, la France, les Pays-Bas, la Suisse et l’Union européenne.

Par La Rédaction
Le 24/09/2026 à 20h24