BTP: le Maroc préserve ses grands chantiers malgré un marché mondial ramené à 2,3%

Chantier en construction.

Le BTP a connu en 2025 une évolution positive due aux grands chantiers lancés en perspective du mondial 2030. . DR

Le ralentissement attendu du secteur mondial de la construction commence à produire ses premiers effets sur les coûts industriels et logistiques. Malgré un environnement international plus instable, le Maroc maintient une dynamique soutenue dans le BTP grâce à l’investissement public et à la poursuite des grands projets d’infrastructures.

Le 29/05/2026 à 08h49

La montée des tensions géopolitiques autour du Golfe a modifié les équilibres du secteur mondial de la construction. Fitch Solutions a ainsi abaissé sa prévision de croissance mondiale pour la filière à 2,3% en 2026, contre 2,7% auparavant, estimant que les perturbations énergétiques et logistiques liées au conflit américano-iranien risquent de prolonger les déséquilibres déjà observés sur plusieurs chaînes d’approvisionnement industrielles.

Le rapport insiste notamment sur les perturbations maritimes autour du détroit d’Ormuz, corridor stratégique pour les flux énergétiques mondiaux. Les premières répercussions apparaissent déjà sur plusieurs matières premières industrielles. L’aluminium a ainsi atteint 3.621,50 dollars la tonne au London Metal Exchange à la mi-avril, soit un niveau inédit depuis quatre ans. Parallèlement, Fitch Solutions souligne parallèlement une remontée des coûts du transport maritime, des carburants ainsi que des équipements industriels mobilisés dans les grands projets d’infrastructures.

Même si le Maroc n’est pas explicitement cité dans l’étude, les mécanismes décrits concernent directement l’économie nationale. Le Royaume demeure fortement dépendant des importations énergétiques et plusieurs segments du BTP restent liés à des intrants importés, notamment l’acier, l’aluminium, certains équipements industriels ainsi qu’une partie des composants utilisés dans les infrastructures techniques.

Le marché marocain de la construction conserve toutefois une dynamique plus favorable que plusieurs économies de la région MENA. Le Haut-commissariat au plan (HCP) prévoit une progression du secteur du BTP de 3,9% en 2026, portée par la poursuite des investissements dans les infrastructures ferroviaires, portuaires, routières et touristiques.

La préparation de la Coupe du Monde 2030 continue également d’alimenter plusieurs marchés liés aux équipements sportifs, à l’hôtellerie, aux transports urbains et aux infrastructures territoriales. Ce mouvement maintient un niveau élevé de commandes pour les opérateurs nationaux.

Le soutien budgétaire reste lui aussi déterminant. La loi de finances 2026 prévoit près de 380 milliards de dirhams d’investissements publics, un niveau historiquement élevé qui continue d’alimenter les grands chantiers nationaux. Les programmes liés au rail, aux ports, aux infrastructures hydrauliques et aux équipements urbains soutiennent ainsi l’activité du BTP malgré un environnement international devenu moins favorable.

Cette dynamique contraste avec les nouvelles projections régionales de l’agence de notation. Cette dernière estime désormais que la croissance de la construction au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) devrait ralentir à 1,7% en 2026, contre 4,2% en 2025, sous l’effet des perturbations géopolitiques et du renchérissement des coûts énergétiques.

La facture énergétique, le principal point de vulnérabilité

Cette résistance relative du marché marocain n’efface toutefois pas plusieurs fragilités structurelles. Le premier canal de transmission du choc international reste énergétique.

Les données de l’Office des Changes montrent que la facture énergétique marocaine a dépassé 114 milliards de dirhams en 2025. Les hydrocarbures continuent ainsi de représenter l’un des principaux postes d’importation du Royaume. Toute hausse durable des cours pétroliers pourrait donc se répercuter rapidement sur les coûts de production du BTP.

Fitch Solutions souligne précisément ce mécanisme. Le rapport explique que l’augmentation des prix du carburant affecte simultanément le coût du transport, les dépenses logistiques des entreprises de construction ainsi que les prix de fabrication des matériaux industriels.

Le secteur marocain reste particulièrement exposé à ces évolutions en raison de la forte intensité énergétique de plusieurs activités, notamment la production du ciment, le transport des matériaux, l’utilisation d’équipements lourds, l’importation d’acier et d’aluminium ainsi que la logistique des grands chantiers. Une remontée prolongée des cours pétroliers pourrait ainsi réduire progressivement les marges des opérateurs nationaux, même dans un environnement marqué par le maintien de la demande publique.

Par conséquent, malgré une activité soutenue, de nombreuses entreprises marocaines pourraient voir leurs coûts grimper progressivement. La combinaison de la hausse des matériaux industriels, du renchérissement du fret maritime, de l’augmentation des dépenses énergétiques et du coût du financement risque de peser sur la rentabilité globale des acteurs du BTP.

Le cabinetb américain estime d’ailleurs que les effets les plus durables du conflit pourraient provenir des déséquilibres persistants des chaînes d’approvisionnement mondiales davantage que des seules opérations militaires. Cette évolution pousse déjà plusieurs entreprises à revoir leurs stratégies d’approvisionnement, leurs mécanismes de couverture énergétique ainsi que leurs prévisions budgétaires liées aux grands projets.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 29/05/2026 à 08h49