Portant sur un échantillon de 25.392 entreprises, dont 22.501 TPE (85%), 3.322 PME (13%) et 569 grandes entreprises (2%), l’étude d’Inforisk met en évidence une amélioration notable des délais de paiement au Maroc.
Les résultats sont sans équivoque. Les délais de paiement globaux ont reculé de 22 jours entre 2023 et 2024, passant de 172 à 150 jours. Une évolution qui traduit, selon Amine Diouri, directeur Produits, Marketing & Communication et responsable du programme Inforisk Trade, une dynamique désormais bien enclenchée. «La loi 69-21 est efficace. Les chiffres ne mentent pas. Ils sont incontestables. Les délais de paiement globaux baissent de manière progressive et continue», souligne-t-il, contacté par Le360.

L’année 2024 marque un tournant pour les très petites entreprises, qui apparaissent comme les grandes gagnantes de cette réforme. Leurs délais clients ont chuté de 32 jours, passant de 199 à 167 jours.
Une amélioration directement liée à l’élargissement du champ d’application de la loi aux entreprises réalisant plus de 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires, mais aussi à un mécanisme de diffusion progressive au sein du tissu économique. «Les TPE sont effectivement les principales bénéficiaires de la loi 69-21, avec une baisse de 32 jours des délais qui passent de 199 à 167 jours. Et cela grâce à un effet de diffusion. Les grandes entreprises travaillent davantage avec les ETI (entreprises de taille intermédiaire) et PME. Lors de la première phase de la loi (second semestre 2023), nous avons constaté que les PME avaient bénéficié du meilleur comportement de paiement des entreprises de plus de 50 millions de dirhams. Les PME, elles, sont plus en lien avec les TPE. Et comme elles ont bénéficié d’un délai de paiement amélioré, elles l’ont répercuté sur leurs clients “Petites Entreprises”. D’où la diffusion progressive de la loi», explique Amine Diouri.
Dans cette logique, les TPE ont également ajusté leur propre comportement en réduisant leurs délais fournisseurs de 14 jours, passant de 107 à 94 jours.
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Pour les PME, l’amélioration est plus mesurée, avec une baisse de 6 jours des délais clients (de 94 à 88 jours), tandis que leurs délais fournisseurs restent stables.
Les grandes entreprises, quant à elles, affichent une relative stabilité. Leurs délais clients ont légèrement augmenté de 7 jours, tout en restant en dessous de 80 jours, et leurs délais fournisseurs se maintiennent à 75 jours.
Ces évolutions confirment la poursuite de l’effet de diffusion, déjà observé en 2023 lorsque les entreprises de plus de 50 millions de dirhams de chiffre d’affaires avaient été les premières concernées, avec des retombées positives sur les PME.
Un changement profond de comportement
Au-delà des chiffres, la loi 69-21 semble avoir induit un véritable changement de culture au sein des entreprises. «Nous constatons un changement de mindset des entreprises par rapport à la question des délais de paiement. Auparavant, et sous la coupole des précédentes lois sur les délais de paiement, celles-ci ne leur faisaient pas peur. La loi 69-21 apporte un véritable changement. une tierce partie, l’Etat via la DGI, vient se mettre dans la relation Client-Fournisseur. La DGI oblige le client à respecter le délai légal via des déclarations certifiées trimestrielles (pour les entreprises de plus de 50 MDHS de chiffre d’affaires) ou annuelles (pour celles de plus de 10 MDHS) et surtout l’application de sanctions pécuniaires fortes», détaille Amine Diouri.
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L’étude met également en lumière une évolution qualitative du crédit interentreprises. Si celui-ci reste globalement stable en valeur (-2%), il demeure la première source de financement des entreprises privées, tandis que le crédit bancaire progresse plus rapidement (+17%).
Pour Amine Diouri, l’essentiel est ailleurs. «À défaut d’une baisse importante en valeur, nous constatons un assainissement du crédit fournisseurs: un pourcentage d’encours majoritaire sans retard de paiement et une part de retards de paiement qui se réduit fortement», constate-t-il.

Cette amélioration se traduit notamment par une hausse du taux de paiement à l’heure, qui atteint 82% en 2024, ainsi que par une forte baisse des retards supérieurs à 90 jours, désormais limités à 10% contre 22% en 2022.
Des disparités sectorielles persistantes
Malgré cette dynamique positive, des écarts importants subsistent entre les secteurs d’activité. Ceux-ci s’expliquent notamment par la structure du tissu économique – certains secteurs étant dominés par les TPE – mais aussi par des spécificités propres, comme les modèles de paiement, le degré de concurrence ou encore les cycles de production.
Ainsi, des secteurs comme l’hôtellerie affichent naturellement des délais courts, tandis que d’autres, comme le BTP ou les services, restent marqués par des délais plus longs.

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Si la loi 69-21 a indéniablement enclenché une dynamique vertueuse, elle ne constitue pas l’unique réponse à la problématique des retards de paiement. «D’autres leviers, autres que la loi, peuvent être activés pour aider les entreprises à mieux gérer leur trésorerie et leur recouvrement», insiste Amine Diouri.
Il met notamment en avant l’importance de l’organisation interne et de la data. «La problématique des retards de paiement se joue d’abord au sein même de l’entreprise. Tout se résume en termes d’organisation, de process, de systèmes d’information performants… et de data. L’intelligence apportée par la Data permet aux décideurs de prendre les meilleures décisions au bon moment, concernant la sélection de clients solvables, l’anticipation des risques d’impayés en fonction de la santé financière du client et de son comportement de paiement sur le marché», souligne-t-il.
Enfin, sur le plan international, le Maroc présente un paradoxe. Bien positionné en matière de respect des délais légaux, il reste en retrait concernant les retards de paiement supérieurs à 90 jours.
Une situation qui pourrait néanmoins évoluer favorablement, au regard de la tendance actuelle. L’amélioration continue observée depuis 2023 laisse entrevoir une poursuite de la baisse des retards longs dès 2025, confirmant ainsi l’ancrage progressif d’une nouvelle discipline de paiement au sein de l’économie nationale, conclut l’étude d’Inforisk.



