Enfant poussé à boire de l’alcool: indignation générale au Maroc, voici ce que risquent les malfaiteurs

Violence psychologique sur mineur (Photo d'illustration).. DR

Le 29/05/2026 à 14h26

VidéoUne vidéo particulièrement choquante a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux dans la nuit du 28 mai 2026. Les images montrent un enfant âgé d’environ 7 à 8 ans contraint de consommer une boisson alcoolisée en présence d’adultes semblant se trouver en état d’ébriété. Alors que la séquence continue de circuler massivement en ligne, plusieurs associations de défense des droits de l’enfant, dont l’association «Touche pas à mon enfant», appellent à l’ouverture d’une enquête et réclament des sanctions exemplaires à l’encontre des personnes impliquées.

La séquence, devenue virale en quelques heures, montre un jeune garçon tenant une bouteille de bière sous les encouragements insistants de plusieurs adultes qui l’incitent à en boire de longues gorgées. Autour de lui, des bouteilles de bière et de vin sont clairement visibles, dans ce qui apparaît comme une soirée fortement alcoolisée. Les personnes présentes, manifestement sous l’emprise de l’alcool, semblent s’amuser de la scène et éclatent de rire, tandis que l’enfant affiche des signes évidents de malaise. L’un des protagonistes filmés, occupé à danser un téléphone à la main, paraît lui aussi être mineur et âgé d’environ 17 ans.

Mais au-delà de l’acte lui-même, c’est surtout le caractère banalisé de la scène qui a profondément choqué les internautes. Beaucoup dénoncent une atmosphère de dérision et de «divertissement» autour d’un acte mettant gravement en danger la santé physique et psychologique d’un enfant. Plusieurs voix se sont également élevées contre la diffusion massive de la vidéo, appelant à protéger l’identité et l’image du mineur concerné.

Sur le plan juridique, les faits pourraient relever de plusieurs dispositions du Code pénal marocain, notamment les articles 408 et 411. Selon des spécialistes du droit, le fait de forcer un mineur à consommer de l’alcool constitue une atteinte grave à son intégrité physique et psychologique.

La législation marocaine prévoit des sanctions particulièrement sévères lorsque les faits concernent un enfant âgé de moins de 15 ans. Les auteurs de tels agissements s’exposent à des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, voire davantage lorsque les personnes impliquées sont des ascendants, des proches ou des individus exerçant une autorité ou une responsabilité sur l’enfant. Une circonstance aggravante qui pourrait être retenue dans cette affaire si les faits venaient à être établis.

À cela s’ajoute l’article 467 du Code pénal relatif à la mise en danger d’un mineur, qui punit d’un emprisonnement d’un à cinq ans toute personne compromettant la sécurité ou maltraitant un enfant de moins de 18 ans. L’article 461, quant à lui, prohibe strictement l’offre de boissons alcoolisées ou de substances nocives à des mineurs, qualifiant cet acte de crime contre l’enfance passible de lourdes sanctions pénales.

Par ailleurs, si les faits ont été filmés et diffusés, les articles 447 et suivants du Code pénal relatifs à l’atteinte à la vie privée et à l’image pourraient également être mobilisés, notamment en cas de diffusion sans consentement d’images ou de propos portant atteinte à la dignité de la victime. Le Code de la presse et de l’édition encadre également l’exploitation de l’image des mineurs, en interdisant toute publication les exposant dans des situations dégradantes, indécentes ou dangereuses pour leur développement.

Face à cette affaire, plusieurs associations de protection de l’enfance ont vivement réagi, à commencer par l’organisation «Touche Pas à Mon Enfant», présidée par Najat Anwar.

Dans un communiqué, l’association condamne avec fermeté des faits qu’elle qualifie d’«extrêmement graves». «Face à ces scènes choquantes qui heurtent la conscience humaine, nous dénonçons un acte odieux portant atteinte à l’intégrité physique, psychologique et sanitaire de l’enfant», affirme-t-elle.

Le ministère public saisi

L’organisation estime que les faits dépassent largement le cadre d’un simple comportement irresponsable. «Ces agissements ne sauraient être assimilés à une plaisanterie ou à une forme de divertissement. Ils constituent un acte répréhensible et une violation flagrante des droits fondamentaux de l’enfant», poursuit le communiqué, appelant les autorités compétentes à intervenir avec toute la rigueur requise par la gravité des faits.

L’organisation appelle les autorités compétentes à intervenir rapidement afin d’identifier les personnes apparaissant dans la vidéo et déterminer le lieu où les faits se sont déroulés. «Nous demandons l’ouverture immédiate d’une enquête par les services de sécurité et la brigade de lutte contre la cybercriminalité afin que les responsables soient traduits devant la justice», poursuit la responsable.

«La justice doit faire preuve de la plus grande fermeté face à ce type de dérives qui exploitent l’innocence des enfants à des fins de divertissement», conclut-elle, tout en appelant les internautes à cesser de partager la vidéo afin de préserver l’identité du mineur concerné. Ce que soutient également Amina Bouayach, présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) dans un communiqué fraichement publié.

Le CNDH appelle ainsi à une intervention urgente du ministère public «afin de fournir la protection nécessaire à l’enfant et de donner les suites juridiques qui s’imposent, tout en prenant toutes les mesures de nature à garantir qu’il ne soit exposé à aucun préjudice supplémentaire ou ultérieur».

Par Ryme Bousfiha
Le 29/05/2026 à 14h26