Classement: le Maroc écarte l’Afrique du Sud et devient la première puissance industrielle du continent

Au sein de Safran Aircraft Engines Services Morocco.

Le Maroc s’impose comme la principale plateforme industrielle du continent dans plusieurs filières stratégiques, selon l’«Indice de l’industrialisation en Afrique 2025» publié par la Banque africaine de développement. Le Royaume consolide sa position grâce à la montée en puissance de son industrie exportatrice, à l’intégration de ses infrastructures logistiques et à la diversification progressive de son appareil productif.

Le 26/05/2026 à 13h34

L’industrie marocaine ne se contente plus de briller, elle domine désormais le continent. L’Africa Industrialisation Index (AII) 2025, publié par la Banque africaine de développement (BAD), consacre le Royaume comme la première puissance industrielle d’Afrique, pour la première fois depuis le lancement de cet indice en 2010.

Le rapport de la BAD souligne que le Maroc figure désormais parmi les rares économies africaines ayant réussi à articuler politique industrielle, logistique portuaire, intégration commerciale et attractivité internationale. Cette convergence permet au Royaume de s’imposer comme l’un des principaux centres manufacturiers africains dans l’automobile, l’aéronautique, les phosphates transformés et plusieurs métiers industriels connectés aux marchés européens.

Cette progression traduit une transformation plus profonde du modèle économique marocain. Longtemps concentrée sur des secteurs traditionnels, l’industrie nationale s’appuie désormais sur des écosystèmes intégrés capables d’attirer les grands groupes internationaux tout en développant progressivement des capacités locales de sous-traitance et d’exportation.

Le Maroc consolide sa domination dans l’automobile africaine

L’automobile demeure le principal moteur de cette montée en puissance industrielle. Le rapport de la BAD confirme que le Royaume conserve sa position de premier exportateur automobile du continent, grâce à l’expansion continue des plateformes industrielles de Tanger et Kénitra.

Cette dynamique dépasse désormais la simple logique d’assemblage. Le Maroc développe progressivement une chaîne de valeur plus dense, intégrant câblage, composants, ingénierie industrielle et métiers liés à la mobilité électrique.

La compétitivité logistique joue un rôle central dans cette évolution. Tanger Med permet au Royaume de connecter rapidement ses plateformes industrielles aux marchés européens, africains et méditerranéens, réduisant les délais de transport et renforçant l’attractivité des sites industriels marocains.

Cette combinaison entre industrie et logistique constitue l’un des principaux facteurs différenciants mis en avant par la BAD. Peu de pays africains disposent simultanément d’infrastructures portuaires de classe mondiale, d’accords commerciaux étendus et d’écosystèmes industriels exportateurs aussi intégrés.

Le rapport souligne également la progression continue de l’industrie aéronautique marocaine, devenue l’un des segments les plus avancés du continent.

Casablanca, Nouaceur et plusieurs plateformes industrielles spécialisées accueillent désormais des activités liées au câblage, à l’assemblage de composants, à la maintenance et aux systèmes aéronautiques de précision.

Cette évolution illustre une montée en gamme progressive de l’industrie marocaine vers des métiers nécessitant davantage de compétences techniques, de conformité industrielle et d’intégration technologique.

La BAD considère que cette trajectoire distingue le Maroc de plusieurs économies africaines encore fortement dépendantes des exportations de matières premières brutes. Le Royaume parvient au contraire à renforcer son insertion dans les chaînes de valeur industrielles mondiales.

Le Maroc dépasse ses concurrents directs

Selon la BAD, l’Afrique du Sud conserve une base manufacturière plus ancienne et plus diversifiée que celle de nombreux pays africains, notamment dans l’automobile, la sidérurgie et la chimie lourde. Toutefois, le rapport souligne que plusieurs segments sud-africains subissent désormais les effets du ralentissement logistique, des difficultés énergétiques et d’une compétitivité industrielle moins dynamique qu’au cours des décennies précédentes. Cette situation ouvre progressivement un espace au Maroc sur les filières exportatrices intégrées aux marchés européens, particulièrement dans l’automobile et les plateformes logistiques.

Quant à l’Égypte, elle demeure l’un des principaux pôles industriels du continent, portée par l’ampleur de son marché intérieur ainsi que par ses capacités dans les secteurs du textile, des matériaux de construction et de la pétrochimie. La BAD souligne toutefois que le modèle industriel égyptien reste davantage tourné vers la consommation domestique et les industries à forte intensité énergétique.

Positionnée à la 6ème place loin derrière le Maroc, l’Algérie conserve certaines capacités industrielles dans la pétrochimie et certaines industries publiques héritées des décennies précédentes. Pourtant, le rapport de la BAD laisse apparaître un retard persistant dans la diversification manufacturière et l’intégration aux chaînes de valeur mondiales.

En outre, l’économie algérienne demeure fortement dépendante des hydrocarbures, tandis que les exportations industrielles hors énergie restent limitées comparativement aux grands pôles manufacturiers africains. Cette dépendance réduit la capacité du pays à développer une base exportatrice diversifiée capable de rivaliser avec les plateformes industrielles intégrées du Maroc, notamment dans l’automobile, l’aéronautique ou la logistique industrielle tournée vers l’Europe et l’Afrique.

Tanger Med devient un levier continental

Le rapport insiste particulièrement sur le rôle stratégique des infrastructures logistiques marocaines dans la transformation industrielle du pays. Tanger Med apparaît désormais comme l’un des principaux hubs maritimes et industriels du continent africain. La BAD considère que cette infrastructure modifie la place du Maroc dans les flux commerciaux régionaux et internationaux. Cette évolution dépasse largement le seul secteur portuaire. Le développement des zones industrielles connectées au complexe portuaire permet de créer un modèle intégré associant production, logistique et exportation.

Cette organisation industrielle réduit les coûts logistiques, améliore la compétitivité des entreprises et accélère l’intégration des chaînes de production marocaines aux marchés européens et africains.

Le Royaume bénéficie également de sa proximité géographique avec l’Europe, facteur devenu stratégique dans un contexte mondial marqué par la réorganisation des chaînes d’approvisionnement et la recherche de plateformes industrielles proches des marchés de consommation.

Le rapport de la BAD souligne ainsi que les capacités industrielles marocaines dans les engrais renforcent également le positionnement géoéconomique du Royaume sur le continent africain.

Une avancée régionale dans l’intégration industrielle

Le Maroc apparaît également comme l’un des pays africains les plus avancés dans l’intégration des infrastructures industrielles, logistiques et énergétiques.

Le rapport estime que cette cohérence constitue l’un des principaux facteurs expliquant la résilience industrielle marocaine dans un environnement mondial marqué par les perturbations commerciales et énergétiques.

Cette performance reste d’autant plus significative que plusieurs économies africaines continuent de subir des déficits logistiques, des coûts énergétiques élevés et une faible intégration industrielle régionale.

Le Royaume bénéficie au contraire d’une stratégie industrielle déployée sur plusieurs décennies, combinant investissements publics, partenariats internationaux et développement progressif des écosystèmes industriels.

Cette stabilité contribue à renforcer la visibilité du Maroc auprès des investisseurs étrangers cherchant des plateformes industrielles capables d’assurer continuité logistique, accès aux marchés et sécurité opérationnelle.

Le rapport de la BAD laisse ainsi apparaître une tendance lourde: le Maroc fait désormais partie du groupe restreint des économies africaines capables de transformer leur politique industrielle en avantage géoéconomique continental.

Par Mouhamet Ndiongue et Lahcen Oudoud
Le 26/05/2026 à 13h34