Immeubles menaçant ruine: la bombe à retardement

Un immeuble ancien qui s'est effondré le 3 janvier 2026 dans le quartier de Derb Sultan, à Casablanca, n'occasionnant que des dégâts matériels. (S.Belghiti/Le360)

Revue de presseEntre négligence institutionnelle et urgence humanitaire, le drame de Tétouan relance le débat sur la gestion des bâtiments insalubres, symbole d’un système à bout de souffle. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 19/04/2026 à 18h16

Ce n’est plus une fatalité, mais bien un symptôme alarmant. L’effondrement d’une maison dans la médina de Tétouan, emportant la vie de deux enfants, n’est que le dernier épisode d’une série noire qui frappe les villes marocaines. De Fès à Casablanca, en passant par les quartiers informels, les bâtiments vétustes se transforment en pièges mortels, révélant l’ampleur d’un dysfonctionnement structurel dans la gestion du patrimoine bâti, dénonce le quotidien Al Akhbar dans l’éditorial de ce lundi 20 avril. Pourtant, malgré les rapports d’experts, les réunions officielles et les alertes répétées, les solutions tardent à émerger, laissant des milliers de familles exposées à un danger permanent.

Les chiffres sont accablants: des milliers d’immeubles, notamment dans les médinas et les quartiers populaires, menacent de s’écrouler à tout moment. Une situation qui résulte d’années de négligence, de lenteurs administratives et d’un manque criant de moyens, mais aussi d’une absence de volonté politique pour traiter le problème en amont. Les plaintes s’entassent dans les tiroirs, les recommandations restent lettre morte, et les drames se succèdent sans que rien ne change. Pour les familles les plus vulnérables, souvent incapables de financer des travaux ou de se reloger, le droit à un logement décent se confond désormais avec le droit à la vie.

Les collectivités locales, en première ligne, peinent à assumer leurs responsabilités, indique Al Akhbar. Si certaines municipalités se contentent de mesures cosmétiques, comme l’installation de palissades autour des bâtiments dangereux, d’autres multiplient les réunions sans passer à l’action. On recense des milliers de constructions fragilisées, mais les interventions se limitent à des réponses ponctuelles, sans vision globale. Pourtant, les budgets alloués aux projets de réhabilitation des médinas et aux programmes de rénovation existent. Le problème?

«Un manque de transparence dans leur gestion et une absence de priorisation des urgences», estime un élu local. Face à l’urgence, les appels se multiplient pour une refonte complète du système. Il ne s’agit plus d’éteindre les incendies après la catastrophe, mais d’anticiper. Cela passe par un diagnostic précis des bâtiments à risque, des mécanismes incitatifs pour les propriétaires et les locataires, et surtout, une responsabilisation accrue des acteurs concernés. «La logique du bouc émissaire après chaque drame doit cesser. Il faut des comptes, des sanctions, et une stratégie nationale intégrant les risques climatiques», a-t-on encore lu.

En effet, le défi est aussi environnemental. Avec la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, les bâtiments fragilisés deviennent encore plus vulnérables. Si rien n’est fait, les prochaines pluies diluviennes ou séismes pourraient transformer ces immeubles en charniers, avertit Al Akhbar. Une course contre la montre est engagée, mais le temps presse. Chaque jour sans action est un jour de trop.

Par La Rédaction
Le 19/04/2026 à 18h16