Le Maroc s’impose en 2026 comme le pays réalisant la meilleure performance industrielle du continent africain, devançant des puissances économiques telles que l’Afrique du Sud et l’Égypte. Selon le ministre de l’Industrie, Ryad Mezzour, les produits manufacturés représentent désormais 87% de la valeur des exportations nationales, consolidant ainsi le statut d’État industrialisé du Royaume. «Bien que le ministre concède que de nombreuses fragilités persistent, les perspectives demeurent encourageantes», relève le quotidien L’Economiste dans son édition du mardi 9 juin.
Cette dynamique est confirmée par les résultats du pays en matière d’innovation. Dans la dernière édition de l’Indice mondial de l’innovation publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, le Maroc progresse de neuf places pour atteindre le 57e rang sur 139 économies. Ce bond historique lui permet d’intégrer le top 60 mondial et de conserver sa place de leader africain pour la cinquième année consécutive. Le rapport le classe parmi les rares économies dont les résultats dépassent largement les attentes par rapport à leur niveau de développement, aux côtés de nations comme l’Inde, le Vietnam ou le Brésil.
Les experts précisent toutefois que cette première place continentale traduit la performance de la stratégie et de la diversification du tissu industriel marocain, et non le volume global de sa production. Cette efficacité repose sur des piliers majeurs, au premier rang desquels figure l’automobile. Porté par les usines de Renault et de Stellantis, ce secteur constitue la locomotive des exportations, avec un chiffre d’affaires de près de 17 milliards de dollars et un taux d’intégration locale d’environ 70%. L’aéronautique suit cette tendance avec 3 milliards de dollars de revenus à l’export, un montant que le pays ambitionne de doubler d’ici cinq ans. Enfin, le secteur des phosphates et des engrais demeure un actif stratégique mondial. Le groupe OCP, qui s’appuie sur plus de 70% des réserves mondiales de phosphate, joue un rôle clé dans la sécurité alimentaire internationale en augmentant régulièrement sa production, explique L’Economiste.
Cette attractivité se reflète dans les flux financiers, le Maroc captant chaque année entre 3 et 4 milliards de dollars d’investissements directs étrangers. Ces capitaux s’orientent principalement vers l’automobile, l’aéronautique, l’agro-industrie, la chimie, ainsi que les projets émergents de gigafactories et d’usines de batteries.
Malgré une croissance globale d’environ 5% au premier trimestre 2026 et une reprise agricole favorisée par une pluviométrie abondante, la production manufacturière montre des signes de stagnation. Les tensions géopolitiques, le coût des matières premières, l’inflation et les contraintes logistiques pèsent sur les carnets de commandes, entraînant un ralentissement de la demande à l’exportation. Pour les spécialistes, le principal défi consiste à s’affranchir du modèle de la sous-traitance pour bâtir une véritable souveraineté industrielle. Cela implique une intégration plus poussée, la transformation locale des matières premières, le développement de la recherche et la décarbonation des sites de production.
Sur le front du climat des affaires, lit-on encore dans L’Economiste, «le Royaume conserve son statut de bon élève à l’échelle régionale». Le nouveau rapport Business Ready de la Banque mondiale positionne le Maroc au deuxième rang en Afrique derrière le Rwanda, et à la deuxième place du monde arabe derrière Bahreïn, avec un score de 63,44 points sur 100. L’institution souligne néanmoins l’existence d’un écart d’efficacité: malgré la modernisation des lois et des plateformes numériques, l’exécution administrative sur le terrain accuse parfois des retards. Les chantiers de la justice, de la transparence et de la lutte contre la bureaucratie restent d’actualité, l’enjeu des prochains mois résidant dans l’allègement des procédures au profit des très petites entreprises et des start-up.




