Selon le dernier indice d’industrialisation publié par la Banque africaine de développement (BAD), le Maroc a ravi la première place du classement continental à l’Afrique du Sud, qui occupait cette position historique depuis quinze ans. «Ce basculement majeur s’explique par la modernisation continue de l’appareil productif marocain, portée par deux décennies de politiques publiques volontaristes, face au déclin simultané de la compétitivité et des infrastructures de l’économie sud-africaine», indique le magazine Jeune Afrique dans une analyse dédiée.
D’après le rapport de l’institution financière, le Maroc devance désormais l’Afrique du Sud au sein d’un top 10 complété par l’Égypte, la Tunisie, Maurice, l’Algérie, l’Eswatini, le Sénégal, la Namibie et la Côte d’Ivoire. À l’échelle globale, la BAD note des progrès mesurables mais géographiquement inégaux sur le continent, même si 41 des 54 pays africains ont réussi à améliorer leurs scores de performance.
Le positionnement du Maroc résulte de stratégies sectorielles initiées dès 2005, axées sur la diversification des exportations et l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. «Dans l’aéronautique, le Royaume est devenu la première destination de sous-traitance du continent, accueillant plus de 150 entreprises mondiales, dont les constructeurs et équipementiers Boeing, Airbus, Safran et Thales», souligne Jeune Afrique. Les exportations de cette filière ont atteint 26,4 milliards de dirhams en 2024, contre 7,7 milliards dix ans plus tôt.
Dans l’automobile, devenu le premier poste d’exportation du pays avec un chiffre d’affaires annuel de près de 19 milliards d’euros et 250 000 emplois, le Maroc a consolidé sa domination sur le segment des véhicules particuliers avec 493 004 unités produites en 2025. Cette performance dépasse nettement celle de l’Afrique du Sud, tombée à 329 600 unités selon l’Association sud-africaine des constructeurs automobiles (NAAMSA).
«Des limites structurelles subsistent néanmoins dans la trajectoire marocaine», note Jeune Afrique. La Commission royale sur le nouveau modèle de développement, dirigée alors par Chakib Benmoussa, avait souligné que ces succès industriels n’ont pas encore entraîné une transformation globale de la structure économique du pays. Le rapport pointe des stratégies menées en silos, une coordination insuffisante entre les ministères et des synergies limitées, ce qui a laissé certains secteurs en deçà de leurs objectifs initiaux.
En Afrique du Sud, les difficultés industrielles proviennent principalement de la crise profonde de ses deux grands monopoles d’État, Eskom pour l’électricité et Transnet pour la logistique. Les délestages électriques récurrents ont pénalisé l’industrie lourde et contraint les entreprises à financer des solutions d’autoproduction coûteuses. Parallèlement, la dégradation du réseau ferroviaire géré par Transnet a reporté le fret vers les routes, créant d’importants goulots d’étranglement dans les ports de Durban et du Cap et forçant les industriels à supporter des frais de stockage élevés. Face à cette situation, Pretoria a lancé l’opération Vulindlela, une initiative conjointe de la présidence et du Trésor national, pour accélérer les réformes structurelles.
À l’échelle internationale, l’Afrique représente toujours moins de 2 % de la production manufacturière mondiale. Pour Harouna Kaboré, président de Witba Invest et co-rédacteur du rapport de la BAD, «le principal défi du continent ne réside plus aujourd’hui dans la conception des plans industriels, mais dans la discipline et la rigueur de leur mise en œuvre effective».




