Introduites en 2017 avec l’ambition de renouveler l’intermédiation financière au Maroc, les banques participatives affichent près d’une décennie plus tard un bilan globalement mitigé. Alors que l’essor global du secteur reste en-dessous des prévisions les plus optimistes, «un instrument financier a néanmoins réussi à s’imposer de manière spectaculaire: la Mourabaha», indique le magazine Finances News Hebdo, selon lequel cette formule de prêt bancaire, «initialement conçue comme une simple option parmi d’autres, est devenue un pilier incontournable de l’industrie, captant à elle seule plus de 82% des financements participatifs et s’adjugeant près de 10% du marché national du crédit immobilier». Cette performance est «d’autant plus notable que la finance participative, toutes activités confondues, peine encore à franchir le seuil des 3% de l’ensemble des financements bancaires du Royaume. En s’implantant solidement dans le segment ultra-concurrentiel du crédit à l’habitat, la Mourabaha a su faire mentir les pronostics de stagnation», signale le magazine.
«Reposant sur l’achat préalable d’un bien par la banque qui le revend ensuite à son client avec une marge bénéficiaire connue à l’avance, son mécanisme a immédiatement séduit les ménages désireux d’accéder à la propriété en conformité avec leurs principes», écrit le magazine, qui relaie le fait que «l’engouement est tel que l’encours global alloué à l’habitat dépasse aujourd’hui le cap des 30 milliards de dirhams». Cependant, selon Finances News Hebdo, ce succès commercial, qui n’est pas uniquement «le fruit d’une adhésion populaire», résulte d’un long processus institutionnel, «qui a nécessité la mise en place d’un écosystème complet».
Pour permettre l’essor de la Mourabaha, il a fallu «harmoniser le cadre fiscal, adapter la réglementation bancaire et mobiliser un réseau d’acteurs clés incluant les promoteurs immobiliers et les notaires», indique le magazine. Selon l’expert Ahmed Tahiri Jouti, «cette structuration fait du financement immobilier le segment le plus mature et le plus abouti de la finance participative marocaine, avec un niveau de pénétration conforme aux projections de départ».
Cette domination sans partage soulève toutefois «des questions sur le manque de diversification du secteur. Près de dix ans après le lancement des banques participatives, les solutions dédiées aux entreprises, les instruments d’investissement ou encore les mécanismes de partage des profits et des pertes restent largement en retrait, faute d’une maturité technique et d’un cadre aussi incitatif», écrit Finances News Hebdo.
«L’hégémonie de la Mourabaha tend toutefois à s’atténuer légèrement», signale le magazine: «Alors qu’elle concentrait plus de 92% des financements en 2017 et 2018, sa part s’est aujourd’hui stabilisée autour de 82%». Selon Finances News Hebdo, il s’agirait d’une «lente transition vers d’autres produits, qui confirme que si la diversification progresse à petits pas, la Mourabaha demeure le seul véritable vecteur de croissance de la finance participative au Maroc».




