Majorité gouvernementale: trois scénarios sur la table

Fatima Zahra El Mansouri et Mehdi Bensaïd lors de la conférence de presse donnée par le PAM à Rabat ce jeudi 24 septembre 2026. (A.Et-Tahiry/Le360)

Revue de presseLe prochain gouvernement sera bien évidemment constitué, comme les précédents, sur la base d’une alliance entre plusieurs partis. Aucun parti n’ayant eu la majorité absolue, il va falloir concocter, au vu des résultats des législatives du 23 septembre, une alliance d’au moins trois partis. Va-t-on prendre les mêmes et recommencer, les trois partis composant le gouvernement sortant étant à nouveau les premiers de cordée, même si c’est dans un ordre différent? C’est possible, mais peu probable, car d’autres scénarios sont également sur la table. Les détails dans cette revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 24/09/2026 à 22h02

La mise sur pied de la prochaine alliance formant la majorité gouvernementale pourra se faire selon trois scénarios, basés sur le respect de la logique du changement dans la continuité et de la volonté populaire exprimée à travers les urnes, ainsi que sur la nécessité de rectifier le cheminement des chantiers de réforme, surtout dans leur volet social. C’est, en gros, le résumé de l’analyse faite par Mohamed Lazrak, professeur de droit public à l’université Mohammed V de Rabat, et que rapporte le quotidien Assabah dans son édition du vendredi 25 septembre.

Lazrak considère que les résultats des élections du 23 septembre ont dévoilé une recomposition au sein du champ partisan marocain, qui a débouché sur une «mini-alternance politique». En effet, c’est le Parti authenticité et modernité (PAM) qui arrive pour la première fois en tête des législatives avec 97 sièges, délogeant ainsi le Rassemblement national des indépendants (RNI), avec ses 66 sièges. Tous deux sont suivis par leur allié dans le gouvernement sortant, l’Istiqlal, qui a recueilli 65 sièges. Ce trio est talonné de près par le Parti de la justice et du développement, qui a réalisé une percée remarquable par rapport à 2021.

Même si, en vertu de l’article 47 de la Constitution, c’est au parti arrivé en tête des législatives de constituer et de diriger la coalition gouvernementale, il n’en demeure pas moins que le respect des principes de la démocratie s’impose pour déterminer la nature de cette majorité gouvernementale. En d’autres termes, selon Lazrak, la majorité gouvernementale ne doit pas être purement arithmétique, c’est-à-dire basée sur le seul nombre de sièges, mais avant tout être basée sur un contrat visant à ramener la confiance et capable de renforcer les institutions.

Pour le professeur de droit, le premier scénario, et de loin le plus plausible, reste celui du maintien de la coalition sortante (PAM, RNI, PI), qui dispose d’une majorité absolue de 228 sièges. Ce scénario a le mérite de permettre la constitution rapide d’un gouvernement qui dispose d’une expérience d’ensemble et qui va faire passer rapidement les lois qu’il a déjà en projet…

Mais malgré les points forts de la reconduction de la même majorité, Lazrak estime que ce scénario n’en comporte pas moins des dangers, comme celui de donner l’image du retour de la majorité précédente, qui joue aux chaises musicales sans que rien ait changé. «De même, une coalition comportant en son sein le RNI signifie une régression électorale puisque ce parti a été sanctionné par les urnes. Son maintien au gouvernement ne doit donc pas répondre à des considérations d’équilibrages politiques, au détriment d’un nouveau changement fondateur», estime Lazrak.

Pour ce dernier il existe un second scénario qui colle le mieux aux messages que les électeurs ont envoyés à la classe politique ce 23 septembre. Il s’agit d’une coalition PAM, PI et PJD, forte de sa majorité absolue de 216 sièges. Or, ce scénario est plombé par les désaccords profonds entre le PAM et le PJD. Mais rien n’empêche que des discussions entre les deux partis, surtout au vu de la percée spectaculaire du PJD, soient engagées pour trouver un terrain d’entente. Sinon, il faut s’attendre à un bras de fer permanent entre le vaisseau amiral de l’opposition parlementaire et celui de la majorité gouvernementale. Et c’est la décision politique qui risque d’en pâtir, ajoute Lazrak.

Un troisième scénario est également possible, à savoir une alliance PAM, PI, USFP et PPS, soit une majorité absolue de 207 sièges. Cette coalition présente l’avantage, selon Lazrak, de donner à la majorité gouvernementale un cachet clairement social et réformateur. Mieux, elle va créer un rééquilibrage salvateur entre l’opposition d’hier et la nouvelle majorité. Ce scénario enverra le RNI à l’opposition aux côtés du PJD, avec tout ce que cela implique.

Par La Rédaction
Le 24/09/2026 à 22h02