Tensions dans la majorité gouvernementale: le pouvoir d’achat et les subventions ébranlent la coalition

Réunion du Conseil de gouvernement, le 30 janvier 2026.

Revue de presseAlors que les législatives sont prévues en septembre prochain, la coalition gouvernementale marocaine traverse une crise interne majeure, marquée par des reports de réunions et de vives divergences idéologiques. Entre la défense d’une économie de marché portée par le Rassemblement national des indépendants et le plaidoyer de l’Istiqlal contre l’économie de rente, la fracture se creuse. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 28/06/2026 à 18h40

Le climat politique au sein de la coalition gouvernementale marocaine traverse une zone de fortes turbulences, exacerbée par le report successif de plusieurs réunions cruciales de la majorité. La dernière tentative de dialogue, initialement prévue à la fin du mois de juin, n’a débouché sur aucun résultat tangible. Ce blocage est principalement attribué à un manque de quorum légal parmi les groupes de l’opposition, ce qui paralyse les dynamiques de concertation. Devant cette situation d’inertie, les leaders du parti de l’Istiqlal et du Parti Authenticité et Modernité ont relancé leurs avertissements à l’égard de leurs partenaires de coalition, ciblant notamment la gestion des subventions publiques. Selon eux, l’inefficacité de la distribution du soutien financier de l’État place l’ensemble de la majorité dans une position politique de plus en plus délicate face à l’opinion publique, relaie Assabah de ce lundi 29 juin.

À l’approche des élections législatives, programmées pour le 23 septembre prochain, le débat s’intensifie et prend des allures de pré-campagne. Cette échéance électorale, qui n’est plus distante que de quelques mois, devrait contraindre la majorité à réévaluer en profondeur ses orientations politiques pour garantir sa cohésion, sous peine de voir l’alliance se fracturer définitivement. En réponse aux critiques internes, Mohamed Charki, le nouveau président du Rassemblement national des indépendants (RNI), a pris la parole pour répliquer de manière indirecte aux attaques formulées par Nizar Baraka, le secrétaire général de l’Istiqlal, concernant la gestion des prix, du commerce et des circuits de distribution.

Le leader du RNI a vigoureusement défendu les choix macroéconomiques de l’Exécutif, a-t-on lu dans Assabah. Il a rappelé avec fermeté que le Maroc avait résolument opté pour une économie de marché ouverte depuis plusieurs décennies, et qu’il était désormais impossible de faire marche arrière ou de revenir à des modèles de gestion étatique dépassés. Selon sa vision, le rôle moderne de l’État ne doit plus être interventionniste, mais doit se limiter à garantir la libre concurrence, la transparence et la régulation à travers des instances publiques indépendantes, tout en continuant à ouvrir les secteurs clés au capital privé pour stimuler la croissance.

Cette vision libérale se heurte frontalement à la posture plus interventionniste de l’Istiqlal. Lors d’un discours prononcé à Sidi Kacem, Nizar Baraka a vivement critiqué ce qu’il qualifie d’économie de rente, de monopoles et de favoritisme. Le ministre de l’Équipement et de l’Eau a affirmé sa volonté politique de rompre définitivement avec ces pratiques spéculatives qui nuisent directement au pouvoir d’achat des citoyens. Pour y parvenir, il préconise une intervention plus directe de l’État, notamment à travers la création de structures ou de sociétés publiques de distribution chargées de réguler le marché des produits de première nécessité et de court-circuiter les intermédiaires.

En parallèle de ces divergences idéologiques, des tensions majeures émergent au sein même de l’institution législative, écrit Assabah. Des accusations graves ciblent deux parlementaires appartenant à la majorité gouvernementale. Ces derniers sont soupçonnés d’avoir fondé des sociétés écran ou opportunistes dans le seul but de capter des millions de dirhams de subventions publiques allouées à l’importation de bétail. L’enquête interne et les rumeurs qui courent au Parlement indiquent que ces élus auraient réalisé d’importants bénéfices personnels sans que cet effort budgétaire de l’État ne se traduise par une baisse des prix sur les marchés de consommation.

Cette affaire de profiteurs de crise éclate alors que la population subit de plein fouet une inflation galopante et une hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires de base. Le coût des viandes rouges, du poisson, des fruits et des légumes, ainsi que le prix des bêtes de sacrifice lors des périodes de fêtes, ont atteint des niveaux prohibitifs pour les ménages modestes. Cette déconnexion apparente entre les aides de l’État et la réalité du panier de la ménagère place aujourd’hui les partis de la majorité face à un sérieux désaveu et à un grand embarras politique vis-à-vis de leur électorat, à l’aube d’un scrutin législatif décisif.

Par La Rédaction
Le 28/06/2026 à 18h40