Fès: un mois après l’Aïd al-Adha, les prix de la viande rouge restent élevés malgré le repli de la demande

Le prix de gros de la viande bovine oscille entre 105 et 110 dirhams le kilogramme.

Le 28/06/2026 à 09h42

VidéoUn mois après l’Aïd al-Adha, les prix de la viande rouge continuent d’atteindre des niveaux record au Maroc, déjouant les attentes des consommateurs qui espéraient un retour à des tarifs plus abordables. À Fès, comme dans d’autres villes du Royaume, le constat est sans appel. La cherté persiste tandis que la demande s’essouffle.

Dans plusieurs quartiers de la capitale spirituelle, notamment à Talâa Kebira, Bensouda ou encore au centre-ville, les boucheries enregistrent un net ralentissement de leur activité. De nombreux ménages ont réduit leur consommation de viande rouge, voire y ont temporairement renoncé, en raison de la hausse continue des prix et de l’érosion du pouvoir d’achat.

D’après les professionnels du secteur, le prix de gros de la viande bovine oscille entre 105 et 110 dirhams le kilogramme, tandis que celui de la viande ovine se situe entre 140 et 150 dirhams. En détail, les prix grimpent jusqu’à environ 160 dirhams le kilogramme, voire davantage pour certaines pièces de qualité supérieure. Les morceaux premium, tels que le filet ou les côtelettes, peuvent ainsi atteindre entre 190 et 200 dirhams le kilogramme.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. En premier lieu, la diminution du cheptel national après l’Aïd al-Adha, marquée notamment par l’abattage d’un grand nombre de femelles, a contribué à réduire l’offre disponible. À cela s’ajoute la hausse des coûts de production, notamment ceux liés à l’alimentation du bétail, au transport et à la logistique.

Les difficultés d’approvisionnement à l’international aggravent également la pression sur le marché local. Le Maroc dépend désormais d’un nombre restreint de fournisseurs étrangers, principalement le Brésil et l’Uruguay, après la suspension des importations en provenance de certains pays européens. Or, les prix du bétail dans ces pays ont eux-mêmes augmenté, avec une hausse estimée à environ 20% pour les bovins brésiliens.

Autre élément pointé du doigt, le rôle des intermédiaires dans la chaîne de distribution. Selon plusieurs professionnels, la multiplication des acteurs entre l’éleveur et le détaillant contribue à renchérir les prix, tout en réduisant les marges des bouchers, souvent limitées à quelques dirhams par kilogramme.

Les répercussions de cette crise dépassent le seul secteur de la boucherie. Les professionnels de la restauration rapide, en particulier ceux proposant des sandwichs à base de viande hachée, ont dû revoir leurs tarifs à la hausse pour faire face à l’augmentation du coût des intrants. Dans certains cas, le prix d’un sandwich est passé de 10 à 25 dirhams, ce qui pèse lourdement sur la clientèle à revenu modeste, composée notamment d’ouvriers et d’étudiants.

Face à cette situation, de nombreux consommateurs se tournent vers des alternatives plus accessibles, en particulier la viande blanche, dont les prix ont connu une baisse relative ces dernières semaines. Ce changement d’habitudes alimentaires illustre l’impact durable de la hausse des prix sur le quotidien des ménages marocains.

La crise actuelle résulte d’un cumul de facteurs structurels, parmi lesquels les effets répétés de la sécheresse sur le cheptel national, la hausse continue des coûts de production et les dysfonctionnements dans les circuits de distribution. Dans ce contexte, une baisse rapide des prix de la viande rouge semble peu probable à court terme.

Par Youssra Jaoual
Le 28/06/2026 à 09h42