La chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Casablanca a rendu, jeudi 25 juin au soir, son verdict dans ce qui restera comme l’un des procès les plus retentissants de l’histoire judiciaire moderne du Royaume. Suivie de près par l’opinion publique nationale et internationale, l’affaire dite «Escobar du Sahara» s’est soldée par de très lourdes condamnations à l’encontre des principaux accusés, mêlant figures politiques et sportives.
Le prononcé du jugement est intervenu au terme de délibérations marathons de près de 12 heures à huis clos, plongeant les travées du tribunal dans une atmosphère de tension extrême.
Les têtes d’affiche...
La cour, présidée par le magistrat Ali Torchi, a eu la main lourde à l’égard des principaux prévenus, balayant ainsi les espoirs d’acquittement que formulaient les équipes de la défense. Abdenbi Bioui (ex-président de la région de la région de l’Oriental) a écopé de 12 ans de prison ferme et d’une amende de 150.000 dirhams. Il a été reconnu coupable de trafic international de drogue, falsification de documents officiels, spoliation immobilière et infractions de change.
Saïd Naciri (ex-président du Wydad de Casablanca et du Conseil préfectoral de la métropole) a été condamné à 10 ans de prison ferme. Malgré ses dénégations sereines lors de son ultime prise de parole, le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public qui s’appuyait sur des expertises techniques accablantes.
Belkacem Mir, ex-parlementaire, a également été condamné à 10 ans de prison ferme pour son implication dans le réseau de trafic et la contrebande d’or. «C’est une nuit noire... Nous sommes foudroyés par la dureté des verdicts. Dix ans, c’est trop!», a déclaré le frère de Saïd Naciri à la sortie de l’audience.
...et les autres
Au-delà du trio de tête, le tribunal a distribué des peines graduées selon le degré d’implication des 20 autres membres de ce vaste réseau criminel. Les lieutenants et logisticiens ont pris entre 8 à 9 ans de prison. Ainsi, Abderrahim Bioui, Larbi Tteibi et Ismaïl El Maalem écopent de 9 ans de prison ferme. Six autres prévenus (Allal, Ahmed et Souleimane Hajji, Abdelkader Abdellaoui, Abdelkader Benouda et Jamel Mouhajir) ont été condamnés à 8 ans de prison ferme assortis d’une amende de 700.000 dirhams chacun pour avoir fourni la couverture logistique et sécuritaire au trafic.
Les intermédiaires et complices ont écopé de 4 à 6 ans de prison. Salima Belhachmi, notaire, et Fouad El Yazidi sont condamnés à 6 ans de prison, tandis que des peines de 5 et 4 ans de prison ferme ont visé plusieurs fonctionnaires territoriaux, éléments de sécurité, gendarmes et une styliste (dont Naoufal Ahmami, Saïd Tandji et Dalila Bezoui), reconnus coupables d’avoir facilité le transit des camions de drogue.
Des peines allant de 2 à 3 ans de détention ont également été prononcées pour complicité mineure. Parmi elles, Fadoua Azirar a écopé de 2 ans de prison ferme mais d’une lourde amende d’un million 250.000 dirhams pour blanchiment d’argent.
À l’inverse, le tribunal a prononcé l’acquittement total de Nasr Eddine Benabid, blanchi de toutes les charges pesant contre lui.
Le volet financier du verdict s’avère particulièrement dévastateur pour le patrimoine des condamnés. Outre la saisie directe de leurs avoirs au profit de l’État (10 millions de dirhams saisis chez Bioui, 8 millions chez son frère, et 6 millions chez Naciri), l’Administration des douanes a obtenu des réparations colossales.
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Les condamnés principaux devront s’acquitter solidairement de dommages-intérêts douaniers calculés proportionnellement aux centaines de tonnes de résine de cannabis exportées illégalement. De plus, les amendes pour infractions au code des changes dépassent les 480 millions de dirhams pour Bioui et 177 millions pour Naciri.
Un dédommagement pour «Escobar»
Fait marquant du procès, la cour a jugé recevable la constitution de partie civile du parrain malien à l’origine du scandale, Haj Ahmed Ben Brahim (dit «Escobar du Sahara»). Les condamnés Bioui, Naciri et Mir devront lui verser solidairement la somme d’un million de dirhams à titre de compensation civile.
L’annonce du verdict a plongé les couloirs du tribunal de Casablanca dans la stupeur. En l’absence de leurs avocats, alors engagés dans une grève ouverte nationale contre un projet de loi régissant leur profession, les familles des détenus ont dû affronter la sentence seules.
Plusieurs proches, venus en nombre des quatre coins du pays dans l’espoir d’allègements de peine, se sont effondrés sous le coup du choc psychologique. Entre cris de détresse et malaises dans le hall de la cour d’appel, les familles ont clamé l’innocence de leurs proches, qualifiant le dossier de «cabale infondée». Les collectifs de défense comptent désormais sur la phase d’appel pour tenter d’infirmer ce jugement de première instance.




