Chirihan Chergui a posé le pied au Vietnam le 6 août, en amont des épreuves de Miss Monde 2026, qui se tiendront du 9 août au 5 septembre. La candidate marocaine y présentera un costume national inspiré du zellige fassi, conçu à Fès. Elle interprétera aussi une danse reggada.
Pour l’occasion, elle a fait entrer l’ammaria, portée sur les épaules selon le rituel traditionnel des mariages au Royaume, dans l’enceinte de la citadelle impériale de Thang Long à Hanoï, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’était vendredi dernier et elle portait un caftan marocain «Al Kharib», de couleur jaune doré, rehaussé de sfifa, d’aqad et d’une mdamma traditionnelle, mettant en valeur la finesse du travail des artisans de son pays.
L’ammaria marocaine dans la citadelle impériale de Thang Long, à Hanoï.
Selon l’entrepreneure originaire de Berkane, cette aventure «est avant tout une façon de mettre en avant l’artisanat et les traditions du Maroc», tout en portant son projet Doors Open, qui accompagne aujourd’hui 17.000 jeunes vers l’indépendance financière.
Le360: Quel est votre parcours et que faites-vous dans la vie?
Je m’appelle Chirihan Chergui, je suis marocaine et je réside en France. J’ai grandi à Berkane jusqu’à mes 17 ans, avant de partir en France pour mes études. J’y ai suivi des classes préparatoires puis une école d’ingénieur, dont je suis diplômée dans le domaine de l’informatique. J’ai ensuite travaillé dans de grands groupes allemands, américains et français, avant de créer, il y a deux ans, mon entreprise dans le domaine de l’Intelligence artificielle. Aujourd’hui, je suis entrepreneure dans la technologie et l’IA. Mon entreprise opère à la fois en France et au Maroc, avec des clients dans les deux pays.
À côté de cette activité, je pratique le modeling à Paris, en tant que passion. Concernant ma sélection, il n’existe pas de concours Miss Maroc officiel, faute d’organisation dédiée à cela. Je suis donc passée directement par mon agence de modeling pour postuler au concours.
Comment vivez-vous votre représentation du Maroc à Miss Monde?
C’est une immense fierté de représenter mon pays, surtout dans une élection comme Miss Monde, qui réunit plus de 130 pays et reste très respectueuse des coutumes marocaines. Le concours met surtout l’accent sur les projets caritatifs des candidates, sur la dimension culturelle et sur la mise en valeur des pays, aussi bien celui des candidates que le pays hôte, à travers de nombreux déplacements. La compétition dure quatre à cinq semaines pour les candidates les mieux classées, ce qui permet de mettre en avant l’aspect touristique du pays organisateur, ainsi que nos propres traditions, à travers les tenues et les coutumes.
Qu’est-ce qui a fait la différence, selon vous, lors de la sélection?
Ce qui a probablement fait la différence, c’est mon projet caritatif à portée internationale, un critère auquel l’organisation Miss Monde accorde une grande importance. Mon projet, Doors Open, «Portes ouvertes», consiste à nouer des partenariats avec des entreprises pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes et leur indépendance financière.
L’organisation Miss Monde travaille étroitement avec les Nations unies, et chaque candidate porte un projet lié à l’un des 17 Objectifs de développement durable. Le mien s’inscrit dans l’objectif 4, la qualité de l’éducation, et l’objectif 10, la réduction des inégalités. Mon parcours professionnel et mon expérience du modeling ont sans doute aussi pesé dans la sélection.
Qu’est-ce qui vous a poussée à vous présenter à ce concours?
Se présenter à ce concours n’était pas une priorité pour moi au départ. Mon agence de modeling m’avait déjà proposé de participer à plusieurs concours de beauté, sans que cela m’intéresse particulièrement. Mais la proposition de concourir pour Miss Monde m’a séduite. Après quelques recherches sur les valeurs défendues par ce concours, j’ai trouvé qu’elles correspondaient aux miennes, notamment la volonté de représenter la culture marocaine et de faire connaître le Maroc au monde. Les concours dits Big Four, les quatre plus grands concours de beauté, sont très populaires en Asie et en Amérique latine, des régions où le Maroc mérite, je pense, d’être un peu plus mis en avant qu’il ne l’est aujourd’hui.
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Ma participation vise aussi à donner l’exemple à d’autres jeunes filles marocaines et à faire évoluer le regard porté sur les concours de beauté, qui comportent une dimension culturelle, touristique, voire économique importante pour les pays hôtes. Depuis sa création, le concours Miss Monde a permis de lever un milliard de dollars au profit d’associations caritatives, dans les pays hôtes comme dans ceux des lauréates. Je pense qu’il est important que le Maroc en fasse partie.
Comment se sont déroulés vos préparatifs pour les différentes épreuves du concours?
Le concours Miss Monde comporte plusieurs épreuves, chacune nécessitant une préparation spécifique. La première concerne le costume national, porté par chaque candidate pour représenter son pays. Dans mon cas, il s’agit du caftan marocain. Je l’ai conçu en collaboration avec la styliste Hind Iraqui, de Fès, et avec Mme Benjelloun, neggafa dans la même ville. Ce costume reprend la thématique du zellige fassi et sera présenté lors des premières épreuves du concours.
Originaire de Berkane, Chirihan Chergui représente le Maroc à la 73ème édition de Miss Monde, qui se tiendra au Vietnam du 9 août au 5 septembre 2026.
Il y a ensuite une épreuve sportive, pour laquelle je m’entraîne régulièrement, notamment sur l’endurance et le cardio. L’épreuve Head to Head porte, quant à elle, sur la prise de parole en public, à travers des débats sur des sujets humanitaires liés aux objectifs des Nations unies, comme le climat ou l’égalité des chances. Le challenge Talent permet à chaque candidate de présenter un savoir-faire, un instrument de musique par exemple. J’ai choisi une danse traditionnelle de ma région, l’Oriental, la reggada, vêtue d’une blousa oujdia.
Enfin, l’épreuve Beauty with Purpose porte sur la défense de notre projet caritatif. C’est l’occasion pour moi de présenter Doors Open, mon initiative pour l’insertion des jeunes. Je pense que c’est un enjeu important au Maroc. Beaucoup de jeunes peinent à trouver les bonnes opportunités et à se former pour atteindre leur indépendance financière. Le projet accompagne aujourd’hui 17.000 jeunes, grâce à des partenariats avec plusieurs entreprises et universités, dont l’entreprise américaine Abrid, fondée par un Marocain.
Il y a également le challenge Top Model, pour lequel j’ai suivi un coaching spécifique, malgré mon expérience du milieu, car le jury a ses propres attentes. À cela s’ajoutent les préparatifs liés aux tenues et aux vidéos de présentation, dont celle consacrée au Maroc, disponible sur le site de Miss Monde. Elle met en avant la culture marocaine, ses paysages, le fait que la première université au monde fondée par une femme se trouve au Maroc, ainsi que notre hospitalité et notre passion pour le football.
Quelles ont été les étapes les plus exigeantes de cette préparation?
Ce qui a été le plus exigeant pour moi, c’est la gestion du temps. Il faut consacrer beaucoup d’heures à la préparation, en parallèle de la direction de mon entreprise et de mes salariés, avec de nombreux projets prenants. Alhamdulillah, j’ai pu mener mes préparatifs comme il se doit, grâce au soutien de ma famille et de mes amis. Faute d’organisation officielle au Maroc, je n’ai pas eu la possibilité de déléguer certaines tâches, contrairement à des candidates d’autres pays. Je reste néanmoins confiante et j’espère, grâce à mes efforts, représenter le Maroc comme il se doit.
Comment s’est passée votre arrivée au Vietnam?
Je suis arrivée au Vietnam le 6 août, en avance par rapport au début des épreuves. Je tenais avant tout à rencontrer l’ambassadeur du Maroc au Vietnam et son équipe. Ce type de concours n’est pas seulement une affaire d’écharpe et de scène, c’est aussi un rendez-vous diplomatique.
J’ai été accueillie chaleureusement par l’ambassade du Maroc, qui a pris grand soin de moi, y compris en prenant régulièrement de mes nouvelles auprès de l’hôtel. Nous avons aussi beaucoup échangé sur la relation entre le Maroc et le Vietnam, ce qui a nourri ma réflexion et m’a aidée à me préparer aux questions que je pourrais recevoir pendant la compétition sur ce sujet.
Je tenais également à représenter l’ammaria dans un lieu emblématique du Vietnam, la citadelle impériale de Thang Long, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, en portant le caftan marocain, lui aussi inscrit au patrimoine de l’UNESCO. Les épreuves officielles du concours débutent dimanche.
Comment comptez-vous mettre en avant le Maroc durant cette compétition?
Je veux mettre en avant le patrimoine marocain à travers les bijoux, les vêtements et la danse traditionnelle. Les candidates sont aussi invitées à apporter des souvenirs de leur pays. J’ai ainsi ramené plusieurs objets représentatifs de notre culture, notamment dans le domaine de la beauté, comme l’aker fassi, l’eau de rose, le khôl, le bois d’Essaouira et serghina, ainsi que le caftan marocain et l’ammaria, symboles des coutumes de la mariée marocaine. Il y a aussi la danse, avec la reggada, et les bijoux de la région du Souss.
Au-delà de ces éléments matériels, je veux montrer la tamaghrabit, cette manière d’être des Marocains faite d’hospitalité, de chaleur humaine et d’ouverture aux autres cultures. C’est un aspect important, d’autant que les candidates sont observées au quotidien, dans leur comportement avec les autres. Le simple fait d’être marocaine et de porter cette tamaghrabit m’aidera beaucoup dans ce concours.
Quel message souhaitez-vous porter en tant que représentante du Maroc?
Chaque candidate porte un message, parfois au nom de son pays. Le mien est particulièrement pertinent pour le Maroc d’aujourd’hui. Il se résume ainsi en anglais: «No dream is too big, no nation is too small, and no limit is too high for anyone to attain», ce qui signifie qu’aucun rêve n’est trop grand, qu’aucun pays n’est trop petit et qu’il n’existe aucune limite que l’on ne puisse atteindre à force de travail et de persévérance. Je pense que ce message est représentatif à la fois du Maroc et de ma personnalité, moi qui suis quelqu’un de très persévérant.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre initiative Portes ouvertes et son lien avec SOS Village?
Mon initiative Portes ouvertes est une plateforme, disponible aussi en application, qui existe déjà au Maroc et qui va bientôt être lancée en Égypte. SOS Village en fait pleinement partie, même si le projet est plus large. Ce partenariat vise notamment à accompagner les jeunes après leurs 18 ans, une période où il est parfois difficile de s’orienter en entrant dans le monde adulte. Le projet Doors Open est d’ailleurs né de ce constat, fait en travaillant directement avec les jeunes.
Que représente cette aventure pour vous, à titre personnel?
C’est une immense fierté de représenter mon pays sur la scène internationale. J’avais déjà représenté le Maroc, plus jeune, au sein de la délégation marocaine à la NASA, alors que j’étais encore lycéenne. Je retrouve aujourd’hui un sentiment similaire à porter le drapeau marocain dans un autre pays.
Sur le plan personnel, je suis certaine que cette aventure sera très enrichissante, à travers les nombreuses rencontres qu’elle va m’apporter. Mais c’est surtout pour moi une façon de donner l’exemple et de faire évoluer les stéréotypes qui entourent les concours de miss depuis les années 1950, souvent réduits à la seule beauté. Je veux montrer que ce type de concours est aussi un levier de diplomatie, de tourisme et de culture pour les pays participants.
J’espère aussi inspirer d’autres jeunes Marocaines à représenter leur pays, car le Maroc compte de nombreuses jeunes femmes talentueuses capables de le faire avec brio. C’est aussi une façon d’ouvrir des portes, en écho à mon projet Doors Open, pour donner envie à d’autres de suivre cette aventure et, peut-être, susciter un jour la création d’un véritable concours Miss Maroc officiel.



















