Sebta. Ces nouvelles révélations qui prouvent l’implication du régime militaire algérien dans les appels à mobilisation sur les réseaux sociaux

Des migrants marchent en direction de Fnideq, après avoir quitté Sebta, le 1er août 2026. (A. Bziouat/AFP). AFP or licensors

À force de jouer les apprentis sorciers de la guerre de l’information, la junte d’Alger s’est une nouvelle fois prise à son propre piège. De l’utilisation ridicule de termes dialectaux algériens aux puces télécoms estampillées des indicatifs +213 et +216, l’implication du régime militaire algérien dans les appels à mobilisation sur les réseaux sociaux ne fait plus aucun doute. L’assaut massif orchestré aux frontières des enclaves de Sebta et de Melilla a laissé des empreintes numériques indélébiles, comme le souligne si bien Abou Wael Riffi dans sa chronique hebdomadaire du dimanche sur Chouf TV.

Le 09/08/2026 à 16h00

C’est un coup de filet numérique dont la junte d’Alger ne se remettra pas de sitôt. En croyant s’échapper par la petite porte de la désinformation et du nettoyage de comptes en catastrophe, le régime militaire s’est enfermé lui-même dans un piège judiciaire et technique sans issue. L’assaut orchestré autour des enclaves de Sebta et de Melilla n’était en aucun cas une déferlante humaine imprévue, mais une provocation mûrie dans les casernes du voisin de l’Est et truffée de preuves qui collent aujourd’hui aux doigts de ses concepteurs comme de la glu.

Pendant des mois, les services de renseignement militaires algériens ont multiplié les appels à l’assaut humain sur Sebta. Des appels sous de faux comptes, des identités inventées, des numéros marocains usurpés. Ils ont essayé le 15 septembre 2025. Échec. Le 11 octobre 2025. Échec. Le 18 janvier 2026. Échec. Le 12 mai 2026. Encore un échec. Rien. Zéro écho… Jusqu’à ce qu’ils tombent sur une pseudo-faille juridique qu’ils ont cru pouvoir exploiter comme des apprentis sorciers, rappelle Abou Wael Riffi dans sa chronique hebdomadaire du dimanche sur Chouf TV.

Le 29 juin 2026, la cinquième section de la chambre du contentieux administratif du Tribunal suprême rend l’arrêt n° 814/2026, rendu public le 8 juillet. Cette décision bloque le refoulement immédiat des migrants arrivés par mer. Selon la haute juridiction, le renvoi systématique ne peut s’appliquer qu’aux frontières terrestres, là où existent des obstacles physiques. En mer, plus de filet. Les services algériens y ont vu leur opportunité. Ils ont aussitôt relancé la machine: messages viraux, fausses promesses de cartes de séjour, de nationalité espagnole, d’emplois à qui arriverait avant le 31 juillet. Ils ont ciblé sciemment les plus fragiles, à savoir des mineurs, des adolescents, des jeunes en décrochage, des chômeurs naïfs. Et cette fois, cela a «marché». Pendant deux heures, des centaines de harragas ont déferlé sur Sebta. Commerces pillés, cafés fermés, désordre… Une scène de chaos temporaire.

Les preuves, les noms et les erreurs qui les trahissent

Des plateformes algériennes ont amplifié l’opération au grand jour. Nommons-les: «Algeria Gate», «Algeria 24», «Military DZ», «L’Armée électronique algérienne». Des influenceurs ont ensuite pris le relais, comme «Jamra», «Alpasino», «Mustapha Bounif» et surtout «Hafsi Ahmed», basé à Londres, qui a coordonné à visage découvert. Un groupe WhatsApp «Harga Sebta@Mlilya» a été géré avec des numéros marocains non attribués. Le tout sous la houlette de structures liées aux services militaires algériens.

Un rapport de 75 pages de l’analyste espagnol José María Gil Garre, directeur de l’Observatoire international de sécurité, a confirmé la manœuvre. Ce document mentionne des numéros aux indicatifs +213 (Algérie) et +216 (Tunisie), partagés en temps réel par le Maroc avec les services espagnols. Chema Gil travaille à partir de sources ouvertes, son travail est public et les preuves sont là.

Mais le plus ridicule, ce sont les erreurs de langage. Dans les appels à manifester le «9 août», ils écrivent أوت et أغسطس, alors que les Marocains disent غشت. Ils parlent de «wilayas»… Terme purement algérien. Aucun Marocain n’utilise ce mot pour désigner les régions. Ces détails, en apparence anodins, sont des signatures, puisqu’ils prouvent que les auteurs ne sont en aucun cas marocains et qu’ils sont de l’autre côté de la frontière orientale.

Le régime a donc tenté de relancer la machine. Des pages usurpant l’identité visuelle de «GENZ212» ont appelé à des rassemblements les 7 et 8 août, puis à un mouvement national le 9 août. Relais assurés par «Instance d’Algérie», «La Voix d’Algérie», Mansour Kaddour Benattia et Samir Debkaoui. Puis la page «Maghrébins qui ne sont pas marocains», forte de 220.000 abonnés, gérée sous l’identité de «Mohsine Kadi» et liée à «MLmm212». Cette page avait été créée en 2021 sous le nom «anti_zlayjiya», puis rebaptisée en 2024. Son propriétaire, Abdelhay Ennajari, d’Errachidia, avait déjà purgé une peine de prison pour atteinte à l’intégrité territoriale. Les vrais membres de GENZ ont immédiatement démenti.

L’Europe serre le nœud

Le plus inquiétant pour Alger, c’est la réaction européenne. Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté numérique, de la sécurité et de la démocratie, a convoqué Meta et TikTok. Pour elle, «les plateformes doivent agir de manière décisive pour préserver l’intégrité de l’espace numérique, en particulier en situation de crise». Elle a exigé un renforcement de la surveillance et de la coopération avec les vérificateurs de faits. L’UE a annoncé un suivi immédiat.

Comprenez: à Bruxelles, on est convaincu qu’il y a eu manipulation organisée. L’Espagne et le Maroc ont saisi les plateformes, le FBI est aussi dans la boucle. Les traces numériques ne disparaissent pas. Même si les pages ont été effacées dans la nuit du 7 au 8 août, les serveurs de Meta et TikTok gardent tout: IP, comptes, horodatages, numéros, historiques. Une commission rogatoire suffit et les plateformes sont obligées de livrer. Pas de diversion possible. Le régime militaire algérien a peur et il a raison d’avoir peur. Cette fois, les preuves ne sont pas des «accusations marocaines», puisqu’elles sont techniques, linguistiques et chronologiques. Le plan du voisin de l’Est a échoué sur toute la ligne.

D’ailleurs, le Maroc a immédiatement décidé d’accueillir 24h/24 tous les migrants entrés à Sebta. Des centaines d’autobus ont été mobilisés. En 24 heures, les retours ont commencé. Mineurs remis aux parents sous procès-verbal, personnes recherchées déférées, identités vérifiées… La ville a repris son rythme. Et au moment où les estimations espagnoles parlaient de 2.000 à 4.000 personnes restantes, sur le terrain, les correspondants de Chouf TV n’en ont vu que des groupes dispersés de moins de 1.000.

Lors de la réunion de la Commission européenne, le ministre espagnol de l’Intérieur a officiellement salué la coopération marocaine, sa rapidité et son efficacité. Le régime algérien voulait faire accuser le Maroc de «non-coopération». C’est l’inverse qui s’est produit. Aujourd’hui, les traces sont là, les noms sont connus et les erreurs de langage sont documentées. L’Europe a ouvert le dossier et les plateformes vont devoir ouvrir leurs serveurs. Le régime militaire algérien a voulu jouer les apprentis sorciers de la guerre hybride. Il a révélé sa méthode, ses agents, ses comptes et son amateurisme. Ceux qui pensaient pouvoir frapper dans l’ombre se retrouvent exposés en pleine lumière. Le jour des comptes, technique et judiciaire, approche. Et cette fois, il n’y aura pas de «diversion» possible.

Par Hajar Kharroubi
Le 09/08/2026 à 16h00