Combien de personnes sont réellement entrées à Sebta? 40.000, 60.000, 72.000 ou 80.000? Combien sont retournées au Maroc? En reste-t-il 2.000, 2.500 ou 6.000 dans la ville? Près d’une semaine après le début de la crise migratoire, l’Espagne demeure incapable de présenter un bilan unique et un tant soit peu stable.
Depuis le jeudi 30 juillet, les estimations se succèdent, sont rectifiées, puis contredites. Madrid avance ses chiffres, Juan Jesús Vivas, à la tête de la ville de Sebta, en donne d’autres et l’écart atteint parfois plusieurs dizaines de milliers de personnes. Une cacophonie difficilement compréhensible depuis l’extérieur qui, près d’une semaine plus tard, empêche toujours d’établir une lecture claire et partagée de la crise.
Jeudi: de quelques milliers à plus de 40.000
La journée du 30 juillet a débuté sur un bilan de 1.500 à 2.000 entrées irrégulières enregistrées au cours des dix jours précédents. Mais la pression s’est brusquement intensifiée et, pendant plusieurs heures, les autorités se sont contentées d’évoquer des «milliers» de personnes franchissant la frontière par voie terrestre et maritime.
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Les premières estimations des forces de sécurité, diffusées vendredi matin alors que les événements venaient à peine de se produire et que les arrivées se poursuivaient encore, ont fait état de plus de 40.000 personnes. L’évolution fulgurante de la situation pouvait alors expliquer l’absence d’un décompte précis. Mais elle a également marqué le début d’une succession de chiffres contradictoires qui allait se prolonger au fil des jours.
Vendredi: 50.000 pour Madrid, 60.000 pour Vivas
La première grande contradiction publique est apparue vendredi. Le ministère de l’Intérieur a estimé qu’environ 49.000 à 50.000 personnes étaient entrées à Sebta. Juan Jesús Vivas, lui, a porté ce chiffre à 60.000, soit déjà un écart de 10.000 personnes entre les deux estimations.
La confusion s’est encore accentuée avec les retours vers le Maroc. Le ministère de l’Intérieur a d’abord annoncé 25.000 départs à 13h00, puis 37.500 à 15h30 et enfin 48.300 à 18h00. Selon le bilan de Madrid, moins de 2.000 personnes se trouvaient encore à Sebta.
Mais ce calcul ne tenait plus dès lors que l’on retenait le chiffre avancé par Vivas. Si 60.000 personnes étaient entrées et que 48.300 avaient regagné le Maroc, près de 12.000 restaient encore à localiser ou à comptabiliser. Aucune autorité n’a expliqué où elles se trouvaient ni les raisons d’un tel écart.
Le week-end n’a pas dissipé les doutes
Samedi, Madrid a maintenu son estimation d’environ 50.000 entrées et de plus de 48.000 retours. Vivas continuait, de son côté, à évoquer 60.000 arrivées. La situation commençait à se stabiliser sur le terrain, mais les chiffres restaient prisonniers d’un incompréhensible bras de fer institutionnel.
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Une nouvelle contradiction est apparue lundi 3 août. Le gouvernement central estimait qu’environ 2.500 personnes se trouvaient encore à Sebta, tandis que les chiffres communiqués depuis la ville faisaient état de 3.000 à 5.000 personnes. Les bilans des victimes divergeaient eux aussi: Madrid évoquait alors 74 morts, contre 88 recensés à Sebta.
Marlaska ajoute 22.000 entrées
Mardi 4 août, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a une nouvelle fois bouleversé le récit chiffré de la crise. Il a porté à 72.000 le nombre de personnes entrées irrégulièrement à Sebta, affirmant que 70.000 d’entre elles avaient déjà regagné le Maroc.
Madrid ajoutait ainsi 22.000 entrées à son précédent bilan de 50.000, sans expliquer publiquement l’origine de cette révision. Selon cette nouvelle estimation, quelque 2.000 personnes se trouvaient encore à Sebta. Marlaska a présenté ces chiffres à ses homologues de l’Union européenne, tout en assurant que la situation était sous contrôle et que l’espace Schengen n’avait pas été mis en péril.
Vivas réplique avec 80.000 entrées et 6.000 personnes encore présentes
Un jour plus tard, Juan Jesús Vivas est venu une nouvelle fois bousculer les chiffres de Madrid. Ce mercredi 5 août, il a évalué à 80.000 le nombre total d’entrées et estimé qu’environ 6.000 personnes erraient encore dans la ville.
L’écart avec les données du ministère de l’Intérieur est considérable: 8.000 entrées et 4.000 personnes supplémentaires toujours présentes. Autrement dit, selon Vivas, Sebta abriterait encore trois fois plus de personnes que ne le reconnaît Marlaska.
«Comment est-il possible que nous ignorions toujours combien de personnes se trouvent à Sebta?», s’est interrogé Vivas sur TVE. Il a également déploré que les personnes encore présentes dans la ville n’aient pas été identifiées et que les procédures d’expulsion correspondantes n’aient pas été engagées. Ses déclarations finissent par confirmer que, six jours après le début de la crise, les autorités espagnoles elles-mêmes en ignorent toujours l’ampleur exacte.
Le Maroc apporte d’autres chiffres
À cette cacophonie vient s’ajouter le bilan officiel communiqué par le Maroc le 2 août 2026. Le ministère marocain de l’Intérieur a indiqué qu’environ 40.000 personnes avaient participé à des tentatives de franchissement irrégulier en direction de Sebta, contre 1.135 vers Melilla. Il a précisé que toutes les personnes ayant réussi à atteindre Melilla avaient été immédiatement reconduites.
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Rabat a expliqué que ce bilan reposait sur des systèmes techniques de surveillance et de suivi déployés sur le terrain, le présentant comme la «référence officielle» face à d’autres chiffres dépourvus, selon le ministère, de fondement objectif.
Le Maroc a également fait état de onze décès sur son territoire: dix personnes mortes par noyade et une autre à la suite d’une chute accidentelle depuis une zone rocheuse proche de Sebta. Concernant les décès enregistrés dans la ville, le ministère a indiqué poursuivre les vérifications avec la partie espagnole afin d’en déterminer le nombre exact ainsi que l’identité et la nationalité des victimes.



