Il est parfaitement normal et compréhensible qu’une large partie de l’opinion publique espagnole ait été profondément choquée par l’arrivée soudaine et sans précédent de dizaines de milliers de migrants en situation irrégulière à Ceuta. Si un phénomène comparable s’était produit au Maroc, les Marocains auraient très probablement réagi de la même manière.
Il est profondément humain que, lorsqu’une société est confrontée à un événement d’une telle ampleur, la première réaction soit le rejet, la colère, l’indignation ou la révolte. À cet égard, une partie de l’indignation- et même certains commentaires empreints d’un réflexe atavique- exprimés en Espagne au lendemain de la crise de Ceuta sont parfaitement compréhensibles et, jusqu’à un certain point, légitimes.
Le problème que je constate en Espagne est toutefois d’une tout autre nature. Alors même que le président du gouvernement, Pedro Sánchez, le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, et le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, se sont efforcés de rassurer l’opinion publique en expliquant qu’il n’existait absolument aucun élément sérieux permettant de conclure que le Maroc avait agi délibérément ou de mauvaise foi, ni qu’il avait cherché à instrumentaliser cette situation comme moyen de pression politique, et qu’aucun élément objectif ou crédible ne venait étayer la thèse du «chantage» défendue ces derniers jours par des voix radicales de part et d’autre de l’échiquier politique espagnol, une véritable avalanche de pseudo-analyses a, néanmoins, envahi les médias et les réseaux sociaux. Toutes prétendent, sans la moindre preuve, que le Maroc serait directement à l’origine de ce qui s’est produit à Ceuta.
Pourquoi le Maroc se tirerait-il une balle dans le pied?
Pour quiconque cherche réellement à comprendre le contraste saisissant entre, d’un côté, le discours officiel de gratitude exprimé par Madrid envers le Maroc et, de l’autre, les diatribes anti-marocaines qui ont envahi une partie de l’espace médiatique, politique et intellectuel espagnol, la question fondamentale est en réalité très simple: pourquoi le Maroc ferait-il une chose pareille? Car lorsqu’on cherche à comprendre un événement comme la crise de Ceuta, la première question à se poser est toujours la même: à qui profite-t-il? Or, en l’espèce, il est évident que ce n’est pas au Maroc.
Il ne fait aucun doute que ce qui s’est produit a gravement porté atteinte à l’image internationale du Royaume. Dès lors, tout analyste sérieux désireux de comprendre les ressorts de cette tragédie devrait se demander pourquoi Rabat aurait volontairement provoqué une crise dont il savait pertinemment qu’elle nuirait lourdement à sa propre réputation internationale.
Pourtant, la réalité- que j’ai longuement documentée dans mes ouvrages publiés en 2024 et en 2026 sur le conflit du Sahara, ainsi que dans mon livre paru en 2021 consacré à la longue et tumultueuse histoire des relations maroco-espagnoles- est que la plupart des intellectuels, analystes et commentateurs espagnols semblent incapables d’aborder le Maroc avec le recul, la sérénité et la rigueur qu’exige toute analyse sérieuse. Ils interprètent presque systématiquement les faits à travers un prisme de suspicion permanente. Ils n’accordent jamais au Royaume le bénéfice du doute. Ils ne prennent jamais le temps de se demander: «Et si le Maroc ne l’avait pas fait délibérément? Et si nous examinions les faits sous différents angles afin de déterminer si les éléments disponibles conduisent à une autre explication?»
Mais non. Dès les premières heures de la crise, une avalanche d’accusations, d’invectives et de procès d’intention s’est abattue sur le Maroc. Dans un imaginaire biaisé- souvent imprégné d’une vision paternaliste, culturaliste et parfois même racialisée des Marocains- l’explication la plus spontanée consistait à dénoncer un prétendu chantage marocain. En dépit d’éléments de preuve de plus en plus nombreux allant exactement dans le sens inverse, beaucoup ont préféré tenir pour acquis que Rabat avait volontairement ouvert la frontière afin de faire pression sur Madrid.
Les attaques contre le Maroc et contre le roi Mohammed VI se sont multipliées, tandis que presque personne ne prenait le temps d’examiner les faits, leur contexte et leur logique. S’ils l’avaient fait, ils auraient été amenés à se poser la question la plus élémentaire qui soit: quel avantage politique, géopolitique, économique ou réputationnel le Maroc aurait-il retiré d’une telle opération? La réponse est absolument aucun. Mais cette réponse ne convenait pas à ceux qui avaient déjà désigné leur coupable. Ils ont donc continué à accuser le Maroc, transformant des allégations infondées, hostiles et spéculatives en vérités supposées.
Au milieu de cette avalanche de contre-vérités, de spéculations et de paternalisme teinté de préjugés, l’une des théories les plus extravagantes à avoir gagné du terrain prétend que le Maroc aurait délibérément coordonné son action avec Israël et les États-Unis afin de faire pression sur l’Espagne, voire de la punir en raison de ses positions sur la Palestine et l’Iran. Cet argument est vide de toute substance et ne résiste pas au moindre examen sérieux.
Les relations hispano-marocaines ne relèvent pas des prétendus «longs bras» d’Israël
Le Maroc est un État souverain qui conçoit, élabore et conduit sa politique étrangère exclusivement en fonction de ses propres intérêts nationaux. Il est difficile d’imaginer que Rabat accepte sciemment de mettre en péril sa relation stratégique avec l’Espagne ou de sacrifier d’importants intérêts économiques, sécuritaires et diplomatiques simplement pour servir l’agenda d’un autre État, qu’il s’agisse d’Israël ou de n’importe quel autre pays. Tout simplement, ce n’est pas ainsi que l’État marocain pense, définit ou met en œuvre sa politique étrangère.
S’il est un pays avec lequel le Maroc entretient aujourd’hui la relation la plus stratégique- et qu’il ne peut absolument pas se permettre de compromettre durablement- c’est bien l’Espagne. La géographie, l’interdépendance économique, l’intensité des échanges commerciaux et l’extraordinaire densité des liens humains qui unissent les deux pays, notamment la présence de plus d’un million de Marocains vivant en Espagne, font de l’Espagne un partenaire d’une importance absolument capitale pour le Maroc.
Inversement, le Maroc est devenu, au fil des années, un partenaire tout aussi indispensable à la stabilité, à la prospérité et à la sécurité de l’Espagne. Aucun autre voisin méridional de l’Union européenne n’entretient aujourd’hui avec Madrid un niveau comparable d’interdépendance économique, sécuritaire, migratoire et humaine.
C’est précisément cette réalité qui rend profondément peu crédibles les récits simplistes et complotistes cherchant à faire croire que Rabat aurait sciemment provoqué une crise susceptible de mettre en péril une relation bilatérale dont il dépend autant que l’Espagne elle-même. Une lecture froide des faits montre au contraire que le Maroc avait infiniment plus à perdre qu’à gagner dans ce qui s’est produit à Ceuta.
Les relations entre les deux pays n’ont jamais été aussi solides depuis plus d’un demi-siècle
Les relations entre le Maroc et l’Espagne traversent aujourd’hui la période la plus favorable qu’elles aient connue depuis plus d’un demi-siècle. Depuis l’indépendance du Maroc, jamais les deux gouvernements n’avaient entretenu un niveau aussi élevé de compréhension mutuelle, de confiance et de respect réciproque. De la même manière, jamais auparavant les deux pays n’avaient atteint un degré aussi avancé d’intégration et d’interdépendance économiques. Il en va de même de leur coopération en matière de sécurité et de gestion des migrations, quoi qu’en disent certains commentateurs de pacotille.
En reconnaissant le Plan marocain d’autonomie comme la seule base sérieuse et réaliste permettant de parvenir à un règlement du différend sur le Sahara, le gouvernement espagnol a finalement accordé au Maroc ce que Rabat cherchait à obtenir depuis les années 1960. Cette évolution signifie que l’Espagne s’est engagée à ne plus adopter, et même à rejeter, toute démarche susceptible d’entraver les efforts du Maroc visant à recouvrer sa souveraineté sur le Sahara. Pourquoi le Maroc mettrait-il aujourd’hui en péril l’ensemble de ces acquis diplomatiques pour obtenir un avantage tactique aussi éphémère que dérisoire?
Quiconque soutient que le Maroc aurait utilisé les événements de Ceuta comme un ballon d’essai en vue d’organiser une marche comparable à la Marche Verte afin de mettre un terme à la présence espagnole dans l’enclave ne fait rien d’autre que se livrer à des spéculations sans fondement et à propager des absurdités.
Pour le Maroc, le Sahara a toujours primé sur Ceuta et Melilla
Le Maroc n’a absolument aucun intérêt à rouvrir aujourd’hui la question de Ceuta et Melilla, que ce soit avec l’actuel gouvernement espagnol ou avec celui qui sera issu des prochaines élections générales. Comme je l’ai expliqué dans trois des quatre ouvrages que j’ai consacrés aux relations maroco-espagnoles, depuis les premiers jours de l’indépendance du Royaume, la priorité absolue de Rabat a toujours été la récupération du Sahara.
La preuve en est que, lors d’un entretien avec le ministre espagnol de l’Information et du Tourisme de l’époque, Manuel Fraga Iribarne, le 9 juillet 1963, le roi Hassan II lui déclara qu’il était prêt à mettre entre parenthèses les revendications territoriales du Maroc sur Ceuta et Melilla pendant trois ou quatre générations, si l’Espagne acceptait d’ouvrir des négociations sur l’avenir du Sahara.
Trois mois plus tôt, lors d’une rencontre avec l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, Manuel Aznar, le 22 avril 1963, le souverain marocain était allé encore plus loin dans ses concessions afin de convaincre Madrid d’engager des négociations sur la restitution du Sahara au Maroc. En contrepartie de l’ouverture de négociations directes sur le contentieux territorial en suspens, Hassan II proposa à l’Espagne une participation préférentielle à l’exploitation des ressources naturelles du Sahara, la conclusion d’un pacte de sécurité concernant les îles Canaries, ainsi que la possibilité d’établir une base militaire espagnole au Sahara.
Plus important encore, Hassan II informa son interlocuteur qu’il était disposé à reléguer la question de Ceuta et Melilla au second plan, à condition que l’Espagne comprenne et respecte le fait que la priorité absolue du Maroc était le recouvrement de sa souveraineté sur le Sahara et sur Ifni.
Autre preuve de la bonne foi du roi Hassan II, ainsi que de la confiance qu’il plaçait dans la volonté du général Franco de répondre favorablement à ce geste, le Maroc s’abstint, à la suite de leur rencontre à l’aéroport de Madrid-Barajas le 6 juillet 1963, de soulever la question de Ceuta et Melilla devant la Quatrième Commission des Nations unies. Et cela à une époque où les puissances coloniales, dont l’Espagne, étaient tenues de soumettre la liste des territoires non autonomes restant à décoloniser.
Pendant plus d’une décennie par la suite, le Maroc s’abstint totalement de soulever cette question devant la Quatrième Commission. La seule exception intervint le 27 janvier 1975, lorsque Rabat évoqua le dossier dans le but de faire pression sur l’Espagne et de la dissuader d’adopter toute mesure susceptible de compromettre les efforts du Maroc visant à recouvrer sa souveraineté sur le Sahara.
Depuis lors, les rares occasions où le Maroc a laissé entendre qu’il pourrait utiliser la question de Ceuta et Melilla comme moyen de pression sur l’Espagne ont toujours coïncidé avec des décisions espagnoles que Rabat considérait comme ouvertement hostiles à la légitimité de la revendication marocaine sur ses provinces du Sud.
L’un de ces épisodes fut la visite de Javier Rupérez dans les camps de Tindouf en octobre 1978. Rupérez, alors responsable des affaires étrangères de l’Union du centre démocratique (UCD), le parti du président du gouvernement espagnol Adolfo Suárez, effectua une visite qui annonçait le changement ultérieur de la politique espagnole à l’égard du Front Polisario. Ce changement se concrétisa un an plus tard lorsque Adolfo Suárez rencontra à Alger le secrétaire général du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz, en marge de sa visite officielle en Algérie.
En réaction à cette visite, que le Maroc considérait comme clairement hostile et contraire tant à la lettre qu’à l’esprit de l’Accord tripartite de Madrid signé par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie le 14 novembre 1975, le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Boucetta, déclara, lors d’une intervention à l’Institut stratégique de l’Université de Georgetown le 9 octobre, que le Maroc entendait récupérer Ceuta et Melilla.
«L’intégrité territoriale du Maroc n’est pas encore achevée, puisque le Royaume n’a toujours pas récupéré les villes marocaines de Ceuta et Melilla, ni plusieurs petits îlots situés au large de sa côte méditerranéenne.» Environ une semaine plus tard, le chef de la diplomatie marocaine réitéra cette position en déclarant: «Ceuta et Melilla sont marocaines et le resteront, tout comme Gibraltar est espagnol.»
Depuis lors, à l’exception de 1995, lorsque l’Espagne débattait des statuts d’autonomie des deux enclaves, le Maroc a, dans une très large mesure, relégué ses revendications sur Ceuta et Melilla au second plan. Non pas parce que Rabat y aurait renoncé, mais parce qu’il a constamment considéré que la préservation et le renforcement de son partenariat stratégique avec l’Espagne, tout en accordant une priorité absolue au dossier du Sahara, servaient mieux ses intérêts nationaux à long terme.
En décembre 2008, le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, qualifia le Plan marocain d’autonomie de proposition « sérieuse et crédible » ainsi que de «contribution positive» à la résolution du conflit du Sahara. À cette époque, il semble qu’un accord tacite se soit instauré entre Rabat et Madrid, selon lequel le Maroc continuerait à reléguer la question de Ceuta et Melilla au second plan en contrepartie de ce qui était alors perçu à Rabat comme une approche espagnole plus constructive et plus objective du différend sur le Sahara.
Cet accord tacite fut, toutefois, remis en cause après la reconnaissance, en décembre 2020, par le président américain Donald Trump, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, lorsque la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha González Laya, formula une série de déclarations largement perçues à Rabat comme hostiles à la position marocaine sur le Sahara. Peu après, le chef du gouvernement marocain de l’époque, Saad Eddine Othmani, fit plusieurs déclarations rappelant celles prononcées quatre décennies plus tôt par l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohamed Boucetta.
Cependant, depuis que l’Espagne a officiellement reconnu la primauté du Plan marocain d’autonomie comme la seule base sérieuse et réaliste permettant de parvenir à un règlement du différend sur le Sahara- objectif que le Maroc poursuivait avec constance depuis plus de quatre décennies- il n’existe plus aujourd’hui la moindre raison objective qui puisse conduire Rabat à remettre la question de Ceuta et Melilla à l’ordre du jour de ses relations bilatérales avec Madrid. Bien au contraire, toute la logique de la politique étrangère marocaine depuis plus d’un demi-siècle montre que Rabat a systématiquement choisi de préserver sa relation stratégique avec l’Espagne chaque fois que cela servait sa priorité nationale absolue: la récupération du Sahara. C’est précisément cette continuité historique qui rend particulièrement peu crédible l’idée selon laquelle le Maroc aurait soudainement décidé d’instrumentaliser les événements de Ceuta pour rouvrir le dossier des deux enclaves.
Si telle avait réellement été l’intention du Maroc, le communiqué publié par le ministère marocain de l’Intérieur au début de cette semaine aurait presque certainement qualifié Ceuta et Melilla d’«enclaves occupées» ou de «villes marocaines sous occupation». Or, Rabat a fait le choix, pleinement conscient et mûrement réfléchi, de ne recourir à aucune de ces formulations. Ce choix n’avait rien d’anodin. Il traduisait la volonté du Maroc de ne pas jeter de l’huile sur le feu et de préserver l’accord tacite qui prévaut depuis des années entre les deux gouvernements consistant à maintenir ce différend en dehors du cadre de leurs discussions bilatérales.
Comme le roi Hassan II l’avait un jour confié à l’ambassadeur d’Espagne au Maroc, Manuel Aznar, la doctrine marocaine a toujours consisté à laisser le temps accomplir son œuvre, dans l’espoir que ce contentieux puisse, un jour, trouver une issue qui ne provoque ni tensions inutiles ni dommages durables aux relations entre les deux pays.
Quiconque entreprend d’analyser les traversées massives de Ceuta avec calme, sang-froid et dans le strict respect des faits est inévitablement conduit à une conclusion: le Maroc n’avait absolument aucun intérêt à provoquer cette crise. Ce qui s’est produit est le résultat de la convergence d’une série de facteurs objectifs qui se sont trouvés réunis à un moment donné.
L’obsession de l’Algérie pour le Maroc offre une hypothèse bien plus plausible
Comme je l’ai soutenu dans un précédent article, la vague migratoire des 29 et 30 juillet est le produit de la convergence de plusieurs facteurs: des difficultés économiques accumulées pendant des années, de puissants facteurs d’attraction migratoire, des rumeurs amplifiées par les réseaux sociaux, ainsi qu’une décision d’une juridiction espagnole que beaucoup ont interprétée comme ouvrant une voie d’accès juridique à l’Europe. Les récits politiques simplistes peuvent faire les gros titres et générer des clics, mais ils ne font, en réalité, que masquer les dynamiques structurelles qui continuent d’alimenter la migration irrégulière.
Et il se pourrait bien que le principal bénéficiaire de toute cette affaire ne soit ni le Maroc ni l’Espagne, mais l’Algérie. Il n’est manifestement pas dans l’intérêt de l’Algérie que le Maroc entretienne avec l’Espagne des relations solides, prospères et stratégiquement étroites. Voir le Maroc isolé sur le plan régional et soumis à une couverture médiatique internationale négative portant atteinte à son image sert indéniablement les intérêts d’un pays qui n’a toujours pas accepté, ni véritablement digéré, la décision de l’Espagne de soutenir la position marocaine sur le Sahara.
Il n’est donc pas inconcevable que les services de renseignement algériens aient pu jouer un rôle dans l’amplification, par le biais des réseaux sociaux, de la rumeur selon laquelle la nouvelle interprétation retenue par le Tribunal constitutionnel espagnol aurait, de facto, créé une voie permettant à toute personne parvenant à rejoindre Ceuta à la nage de ne pas être immédiatement renvoyée au Maroc.
Il convient certes de souligner qu’aucun élément de preuve accessible au public ne permet, à ce stade, d’étayer une telle hypothèse. Pour autant, cette possibilité ne saurait être écartée d’emblée. Depuis plus de deux décennies, l’affaiblissement des relations maroco-espagnoles et le ralentissement, voire le renversement, de la dynamique diplomatique favorable dont bénéficie le Maroc sur le dossier du Sahara figurent au tout premier rang des priorités géopolitiques d’Alger.
L’Algérie n’est peut-être ni le principal, ni l’unique acteur ayant contribué à cette affaire. Mais le simple fait qu’elle soit, objectivement, l’acteur régional qui a le plus à gagner de la crise de Ceuta ainsi que des théories complotistes qui l’ont accompagnée suffit à conférer une réelle crédibilité à cette lecture alternative, qui apparaît, au regard des faits, nettement plus cohérente et plus plausible que les récits conspirationnistes imputant la responsabilité de cette crise au Maroc.




